dimanche 11 janvier 2026

Un peu, assez, trop?


Le monde ne va pas bien. C'est le moins que l'on puisse dire. Cela me rend malade d'anxiété. Il m'arrive maintenant d'écouter les nouvelles et de pleurer. Plus capable de voir des personnes souffrir. Je voudrais toutes les prendre dans mes bras et leur dire que je suis là et que je les aime. J'aimerais pouvoir les aider à avoir la vie meilleure dont elles rêvent toutes. Je souhaiterais les convaincre qu'il y a encore de l'espoir et de la compassion. Mais je doute. 

"Arrête d'écouter les nouvelles si ça te fait aussi mal". C'est ça qu'on dit aux gens comme moi. Car je fais partie de ces faibles qui se laissent émouvoir pour tout et pour rien. Vous savez, je n'écoute pas les nouvelles en boucle toute la journée mais je m'informe. Je veux pas seulement savoir, je veux comprendre. Oui, comprendre comment entre autres on peut arriver à se laisser toucher juste un peu. Savoir comment mesurer la dose exacte de notre empathie, celle qui permet de continuer à dormir sans s'inquiéter des humains qui dorment dans les ruines de la guerre ou sur les trottoirs de nos villes. Comment sentir juste un peu la détresse d'une maman qui voit son enfant mourir de faim dans ses bras ou le chagrin d'un papa qui enterre un membre de sa famille. 

Oui, comment arriver à être juste assez. Assez forte pour assister régulièrement au spectacle de personnes qui viennent s'enquérir de la possibilité de recevoir une aide alimentaire mais qui ne l'obtiennent pas toujours, qui se butent à des portes fermées, à des services qui débordent et à des intervenants épuisés d'avoir à dire non. Assez solide pour ne pas imaginer ce que ce doit être d'avoir le ventre vide et de rêver, comme une personne démunie me l'a déjà raconté, à la dernière pomme qui reste dans le frigo. Tu sais que si tu la manges, c'est fini. Y aura plus rien. Mais ton ventre crie famine. Il t'empêche de dormir. Alors tu te lèves et tu dévores le fruit défendu. Tu manges même les pépins. Et, après, ben, après tu pleures parce que tu sais qu'il ne reste rien à manger.

Même si je n'ai jamais connu une telle situation de dénuement, je me souviens de l'époque de vaches maigres que l'Homme et moi avons traversée au début de notre vie à deux. Jamais assez de sous pour faire toutes les rangées de l'épicerie. Fallait tout compter à la cenne près pour être en mesure de payer une fois arrivés à la caisse. Et je me souviens d'un soir où nous étions sortis pour marcher un peu. Nous nous sommes retrouvés devant la pâtisserie du quartier. Et là, nous avons eu le goût démesuré de savourer un dessert, nous avons eu une envie irrésistible de nous gâter un peu. C'était peut-être un jour ou deux avant la paye. Il nous restait 2 $. Le prix d'une pâtisserie (ça fait longtemps, cette histoire). On a discuté un peu sur le fait que ce n'était pas raisonnable de dépenser inutilement ce qui nous restait. On a choisi d'écouter le non bon sens et on a croqué la pâtisserie défendue. Après, nous aussi on a pleuré parce qu'on savait qu'il ne nous restait plus rien. Peut-être que c'est à cause de ça que je n'arrive pas à être juste assez

Faut-il vraiment avoir souffert pour comprendre la souffrance de l'autre? Je me pose la question. Les gens qui n'ont jamais manqué de rien seraient-ils donc incapables de constater la détresse des personnes démunies? Et les gens qui n'ont jamais vécu la guerre seraient-ils donc insensibles à l'horreur des bombes qui tuent? Est-ce que par peur de perdre ce que l'on a, il faut se blinder pour demeurer aveugle à la misère de ceux qui nous entourent? Je ne sais pas. J'essaie de comprendre ce qui pousse quelqu'un à en vouloir toujours plus, à ne jamais se satisfaire d'avoir juste ce qu'il faut.

Ce qui m'amène à une autre réflexion que j'entends de plus en plus souvent : on aide peut-être trop. Et, ce faisant, on ne rend pas service aux personnes aidées qui se fient ainsi aux miettes qu'on veut bien laisser tomber de nos tables pour ne rien faire pour s'en sortir. Oui, paraît qu'on peut aider trop. Est-ce qu'on peut aussi partager trop, être trop solidaire, se montrer trop compatissant et, tant qu'à faire, aimer trop?

Si vous voulez mon avis, on pourrait toutes et tous être un peu plus attentifs aux personnes qui nous entourent. On pourrait les considérer assez pour leur sourire, les aider au besoin, les écouter et se montrer solidaire. Enfin, on ne pourra jamais, jamais trop ouvrir notre coeur à nos soeurs et frères humains!