Papa est mort. Cet homme a été présent dans ma vie pendant 70 ans! J'ai été drôlement chanceuse de l'avoir aussi longtemps. Oui, je dis chanceuse d'avoir pu profiter de ses connaissances, de ses valeurs, de ses expériences. Oui, j'affirme chanceuse d'avoir pu l'entendre me raconter comment ça se passait dans les années dont je ne me souviens même pas. Oui, tellement chanceuse d'avoir eu une belle vie de famille et de n'avoir jamais manqué de rien. Enfin, extrêmement chanceuse d'avoir été là pour ses dernières années de vie, d'avoir pu l'accompagner dans la maladie et les pertes que cela engendre, mais surtout de l'avoir vu faire preuve de courage et de résilience, et de continuer envers et contre tout à être reconnaissant pour tous ses petits bonheurs quotidiens.
Papa est mort. Je suis maintenant officiellement orpheline. Ça fait drôle. C'est moi l'aînée maintenant. Celle qui se retrouve sur la ligne de front comme maman se plaisait à le dire. Une autre belle expression que je chéris. Les soeurs et moi, on les répète souvent les "dictons" de maman, comme une façon de la garder encore et toujours avec nous. De ce temps-là, on se rappelle que "le coffre-fort suit pas le corbillard!". Quelle image efficace quand même pour dire que l'argent ne fait pas le bonheur et surtout ne change rien à la fin qui nous attend toutes et tous!
Papa est mort. Et j'étais là, avec la soeur Psy, pour recueillir son dernier souffle. Je ne sais pas encore comment j'ai fait pour rester jusqu'à la fin. Quand maman est morte, j'étais dans le corridor de l'hôpital. C'est là que j'ai attendu la nouvelle de son décès. Je crois bien que vingt-neuf ans plus tard, j'étais enfin prête. Pourtant je ne me sentais pas plus courageuse. C'est juste les années qui passent je crois. Avoir traversé le départ de mes tantes, oncles, cousins et cousines, amis et amies, voisins et voisines, félins et félines. Oui, mes chats m'ont aidée aussi à apprivoiser la mort. Ma Mignonne chérie entre autres a fait en sorte que je sois à ses côtés pour traverser de l'autre côté. On ne s'habitue pas à la peine, ni au fait que la fin doit arriver. C'est juste l'acceptation qui arrive je crois. En tout cas, aussi paradoxal que cela puisse l'être, je suis infiniment reconnaissante à mon papa d'avoir fait en sorte, comme Mignonne, que je sois avec lui pour ne plus entendre son souffle. C'est à la fois une douleur horrible et un privilège exceptionnel. C'est un déchirement total : vouloir que la souffrance se termine une fois pour toutes pour la personne aimée et vouloir encore entendre une autre respiration parce qu'on ne veut pas que la relation se termine pour nous.
Alors, voilà. Papa est mort. Cet homme qui m'a coûté beaucoup de sous en thérapie, ben, j'avais fini par faire la paix avec lui, dans ma tête mais surtout dans mon coeur. C'est juste que j'ai vieilli... et lui aussi. Quand on s'aime, on accepte er on comprend mieux les manquements. Quand on devient parent, on se rend bien compte qu'on est juste des humains qui font de leur mieux, avec leurs bons (et moins bons) coups.
Papa est mort mais il m'a laissé beaucoup. Grâce à lui, je sais l'importance d'avoir des valeurs, de les défendre et de se tenir debout. Grâce à lui, je sais que les femmes sont égales aux hommes et qu'elles peuvent faire et décider ce qu'elles veulent (merci aussi à maman pour ça!). Grâce à lui, je sais c'est quoi une famille tissée serrée (merci d'ailleurs à la fantastique équipe Grand-Papa Pierre qui s'est composée spontanément de nos neveux et nièces venus aussi veiller avec nous notre papa adoré). Grâce à lui, je sais c'est quoi vivre de vraies vacances en famille avec des parents disponibles pour jouer avec nous, je sais c'est quoi des vrais Noëls avec tout le monde autour de la table qui rit et se taquine, je sais c'est quoi des bbq où on mange les meilleures côtelettes de porc au monde. Oui, grâce à lui, je sais surtout c'est quoi être aimée.
Papa est mort. Il me reste maintenant à dire comme lui : "Vive la vie, vive l'amour, vive la compagnie!"


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