mercredi 22 juillet 2026

On ne s'endure plus les deux fesses collées ensemble!

 


Dans le Journal de Québec il y a quelques jours, je lisais un article qui posait une question existentielle pour notre monde actuel : "Y a-t-il trop d'écureuils dans nos habitats urbains?". C'est que, voyez-vous, ces rongeurs immondes osent creuser des trous dans les jardins, dans les pots de fleurs, dans les plates-bandes afin d'y cacher des provisions pour l'hiver à venir. Ce sont de véritables nuisances! Et je ne parle pas ici de leur propension à se prendre pour des oiseaux et à dévaliser les mangeoires, ou pire, carrément à les ronger.

J'entends vos cris d'orfraie et je les recueille. Quand j'étais encore proprio, j'ai eu moi-même maille à partir avec ces petites bêtes que l'Homme et moi nous amusions à baptiser du nom de Kroutchfer. Allez savoir pourquoi mais c'est le patronyme que l'Homme m'a appris à utiliser lorsque nous avons fait du camping ensemble pour la première fois. C'est resté et tous les écureuils et tamias rayés qui ont croisé notre route par la suite étaient tous désignés ainsi, et ils le sont encore quand ils se promènent sur la pelouse devant notre terrasse. Alors, oui, ces petites bêtes sont venues détruire nos mangeoires jusqu'à ce que nous trouvions un modèle totalement à leur épreuve. Et c'était fabriqué au Québec en plus! Le fait qu'ils venaient manger les graines qui tombaient au sol ne nous a jamais dérangés. Nous poussions même l'audace à les fournir en arachides toute la saison froide durant. 

Malgré le fait qu'un de nos voisins nous avait déjà fait le reproche de trop les apprécier, lui qui les qualifiaient littéralement de "rats", jamais je n'ai songé que des animaux que nous côtoyons depuis toujours puissent susciter autant de haine. Comprenez moi bien, je ne nie pas qu'ils peuvent parfois être la cause de dégâts. C'est juste l'ampleur du sentiment suscité par leur présence qui me gêne. Je m'en suis d'ailleurs rendue compte lors d'une excursion cette semaine dans un parc près de chez nous. L'Homme et moi devisions avec un habitant du coin que nous avions intercepté pour nous aider à trouver le début du sentier pédestre. Pendant qu'il nous donnait ses indications, un gentil tamia a traversé la piste juste devant nous. Et le voilà parti à décrier les ravages de ces sales bêtes dans son jardin et sur le terrain de son voisin qui, s'il consacrait plus de temps à le nettoyer, ferait en sorte de diminuer le trafic des rongeurs autour de chez lui. Je n'ai rien dit. Quand je suis revenue à la maison, j'ai vu plein de terre à côté d'un de mes pots de fleurs. La plante n'était pas abimée. J'ai sorti mon balai et j'ai ramassé le tout. Je me demande si un plant d'arachides va pousser à côté de mon pétunia...

Dans Le Devoir en fin de semaine, on parlait du chant des oiseaux dans nos villes. À cause du bruit incessant de l'activité humaine. ces pauvres bêtes doivent maintenant hurler pour se faire entendre. Je ne savais pas que leurs cris servaient aussi à repérer un représentant de l'autre sexe ni à délimiter leur territoire. C'est donc très important qu'ils puissent s'entendre gazouiller. On penserait que le chant des oiseaux, c'est apaisant. Oh que non! Ça dérange beaucoup au contraire. Ça nous réveille le matin, surtout quand les corneilles crient très fort en passant d'un arbre à l'autre. Vivement la musique dans les écouteurs ou la radio à plein volume pour enterrer tout ça! J'ai connu quelqu'un dont le mari voulait faire abattre les arbres devant leur maison pour ne plus entendre ce tintamarre matinal. Moi qui souris quand j'entends les oiseaux chanter au moment de mon réveil. Je m'ennuie tellement d'avoir les fenêtres fermées l'hiver et d'être privée du bruit de la nature. En ce moment, j'écris porte et fenêtre grandes ouvertes en me laissant bercer par l'agitation du vent dans les arbres. C'est absolument merveilleux et ce l'est encore plus quand s'ajoute à ce souffle paisible l'éclat des cris des enfants qui jouent pas loin. Encore là, je ne fais pas l'unanimité puisque des enfants qui s'amusent, ça dérange aussi. Des fois, les gens ne veulent pas vivre près d'une école ou encore voir débarquer une garderie à côté de chez eux. J'ai vécu une trentaine d'années à un coin de rue d'une école primaire et je m'ennuyais l'été des cris des enfants dans la cour. J'avais toujours hâte à septembre pour entendre la rentrée et les cloches qui dictaient l'arrivée, le départ et les récréations. Comme le dit si bien Dans Bigras dans une de ses chansons : "Si tu me surprends à fermer les fenêtres parce que le bruit des enfants me monte à la tête, tue-moi!".

Est-ce qu'on est rendu là? On dirait qu'on ne supporte plus rien. On dirait qu'on ne sait plus comment vivre ensemble. Tout nous tape sur les nerfs et on s'enferme. Devant nos écrans qu'on consulte frénétiquement. On se coupe de liens réels. Certains peinent à répondre au téléphone : "Mais qu'est-ce que je vais dire? Pourquoi qu'on m'appelle? Je laisse sonner. Tant pis". On s'enferme mais on se referme surtout. Les autres deviennent nos ennemis, surtout quand ils ne font pas ce que je veux. Entretenir des relations?  Pas le temps. Jamais le temps. Dire bonjour aux personnes croisées pendant la journée? Inutile. Retourner au travail en présentiel et être obligé de parler à des collègues? La croix et la bannière. On attend l'autobus en ligne, le nez rivé sur nos téléphones "intelligents" à côté des itinérants qui envahissent les espaces publics faute de services appropriés. Qu'importe. On ne voit rien. On n'entend rien. 

On veut juste la paix, la sainte paix, c'est-tu possible ça? Mais est-ce bien de paix qu'on parle ici ou de solitude? Qu'est-ce qu'on nous apprenait déjà dans le temps? Ah oui, l'humain n'est pas fait pour vivre seul. Dans ce cas, il devrait être capable d'apprécier le chant des oiseaux, de chérir les animaux, de protéger la nature, de prendre soin des autres. Levons la tête vers le ciel. Respirons un bon coup. Cultivons la joie, une semence dont la plante est particulièrement difficile à récolter par les temps qui courent. Mais, surtout, de grâce, endurons-nous!



jeudi 16 juillet 2026

Un 7 mai de l'an 2026

 


Papa est mort. Cet homme a été présent dans ma vie pendant 70 ans! J'ai été drôlement chanceuse de l'avoir aussi longtemps. Oui, je dis chanceuse d'avoir pu profiter de ses connaissances, de ses valeurs, de ses expériences. Oui, j'affirme chanceuse d'avoir pu l'entendre me raconter comment ça se passait dans les années dont je ne me souviens même pas. Oui, tellement chanceuse d'avoir eu une belle vie de famille et de n'avoir jamais manqué de rien. Enfin, extrêmement chanceuse d'avoir été là pour ses dernières années de vie, d'avoir pu l'accompagner dans la maladie et les pertes que cela engendre, mais surtout de l'avoir vu faire preuve de courage et de résilience, et de continuer envers et contre tout à être reconnaissant pour tous ses petits bonheurs quotidiens.

Papa est mort. Je suis maintenant officiellement orpheline. Ça fait drôle. C'est moi l'aînée maintenant. Celle qui se retrouve sur la ligne de front comme maman se plaisait à le dire. Une autre belle expression que je chéris. Les soeurs et moi, on les répète souvent les "dictons" de maman, comme une façon de la garder encore et toujours avec nous. De ce temps-là, on se rappelle que "le coffre-fort suit pas le corbillard!". Quelle image efficace quand même pour dire que l'argent ne fait pas le bonheur et surtout ne change rien à la fin qui nous attend toutes et tous!

Papa est mort. Et j'étais là, avec la soeur Psy, pour recueillir son dernier souffle. Je ne sais pas encore comment j'ai fait pour rester jusqu'à la fin. Quand maman est morte, j'étais dans le corridor de l'hôpital. C'est là que j'ai attendu la nouvelle de son décès. Je crois bien que vingt-neuf ans plus tard, j'étais enfin prête. Pourtant je ne me sentais pas plus courageuse. C'est juste les années qui passent je crois. Avoir traversé le départ de mes tantes, oncles, cousins et cousines, amis et amies, voisins et voisines, félins et félines. Oui, mes chats m'ont aidée aussi à apprivoiser la mort. Ma Mignonne chérie entre autres a fait en sorte que je sois à ses côtés pour traverser de l'autre côté. On ne s'habitue pas à la peine, ni au fait que la fin doit arriver. C'est juste l'acceptation qui arrive je crois. En tout cas, aussi paradoxal que cela puisse l'être, je suis infiniment reconnaissante à mon papa d'avoir fait en sorte, comme Mignonne, que je sois avec lui pour ne plus entendre son souffle. C'est à la fois une douleur horrible et un privilège exceptionnel. C'est un déchirement total : vouloir que la souffrance se termine une fois pour toutes pour la personne aimée et vouloir encore entendre une autre respiration parce qu'on ne veut pas que la relation se termine pour nous.

Alors, voilà. Papa est mort. Cet homme qui m'a coûté beaucoup de sous en thérapie, ben, j'avais fini par faire la paix avec lui, dans ma tête mais surtout dans mon coeur. C'est juste que j'ai vieilli... et lui aussi. Quand on s'aime, on accepte er on comprend mieux les manquements. Quand on devient parent, on se rend bien compte qu'on est juste des humains qui font de leur mieux, avec leurs bons (et moins bons) coups.

Papa est mort mais il m'a laissé beaucoup. Grâce à lui, je sais l'importance d'avoir des valeurs, de les défendre et de se tenir debout. Grâce à lui, je sais que les femmes sont égales aux hommes et qu'elles peuvent faire et décider ce qu'elles veulent (merci aussi à maman pour ça!). Grâce à lui, je sais c'est quoi une famille tissée serrée (merci d'ailleurs à la fantastique équipe Grand-Papa Pierre qui s'est composée spontanément de nos neveux et nièces venus aussi veiller avec nous notre papa adoré). Grâce à lui, je sais c'est quoi vivre de vraies vacances en famille avec des parents disponibles pour jouer avec nous, je sais c'est quoi des vrais Noëls avec tout le monde autour de la table qui rit et se taquine, je sais c'est quoi des bbq où on mange les meilleures côtelettes de porc au monde. Oui, grâce à lui, je sais surtout c'est quoi être aimée.

Papa est mort. Il me reste maintenant à dire comme lui : "Vive la vie, vive l'amour, vive la compagnie!"