Dans le Journal de Québec il y a quelques jours, je lisais un article qui posait une question existentielle pour notre monde actuel : "Y a-t-il trop d'écureuils dans nos habitats urbains?". C'est que, voyez-vous, ces rongeurs immondes osent creuser des trous dans les jardins, dans les pots de fleurs, dans les plates-bandes afin d'y cacher des provisions pour l'hiver à venir. Ce sont de véritables nuisances! Et je ne parle pas ici de leur propension à se prendre pour des oiseaux et à dévaliser les mangeoires, ou pire, carrément à les ronger.
J'entends vos cris d'orfraie et je les recueille. Quand j'étais encore proprio, j'ai eu moi-même maille à partir avec ces petites bêtes que l'Homme et moi nous amusions à baptiser du nom de Kroutchfer. Allez savoir pourquoi mais c'est le patronyme que l'Homme m'a appris à utiliser lorsque nous avons fait du camping ensemble pour la première fois. C'est resté et tous les écureuils et tamias rayés qui ont croisé notre route par la suite étaient tous désignés ainsi, et ils le sont encore quand ils se promènent sur la pelouse devant notre terrasse. Alors, oui, ces petites bêtes sont venues détruire nos mangeoires jusqu'à ce que nous trouvions un modèle totalement à leur épreuve. Et c'était fabriqué au Québec en plus! Le fait qu'ils venaient manger les graines qui tombaient au sol ne nous a jamais dérangés. Nous poussions même l'audace à les fournir en arachides toute la saison froide durant.
Malgré le fait qu'un de nos voisins nous avait déjà fait le reproche de trop les apprécier, lui qui les qualifiaient littéralement de "rats", jamais je n'ai songé que des animaux que nous côtoyons depuis toujours puissent susciter autant de haine. Comprenez moi bien, je ne nie pas qu'ils peuvent parfois être la cause de dégâts. C'est juste l'ampleur du sentiment suscité par leur présence qui me gêne. Je m'en suis d'ailleurs rendue compte lors d'une excursion cette semaine dans un parc près de chez nous. L'Homme et moi devisions avec un habitant du coin que nous avions intercepté pour nous aider à trouver le début du sentier pédestre. Pendant qu'il nous donnait ses indications, un gentil tamia a traversé la piste juste devant nous. Et le voilà parti à décrier les ravages de ces sales bêtes dans son jardin et sur le terrain de son voisin qui, s'il consacrait plus de temps à le nettoyer, ferait en sorte de diminuer le trafic des rongeurs autour de chez lui. Je n'ai rien dit. Quand je suis revenue à la maison, j'ai vu plein de terre à côté d'un de mes pots de fleurs. La plante n'était pas abimée. J'ai sorti mon balai et j'ai ramassé le tout. Je me demande si un plant d'arachides va pousser à côté de mon pétunia...
Dans Le Devoir en fin de semaine, on parlait du chant des oiseaux dans nos villes. À cause du bruit incessant de l'activité humaine. ces pauvres bêtes doivent maintenant hurler pour se faire entendre. Je ne savais pas que leurs cris servaient aussi à repérer un représentant de l'autre sexe ni à délimiter leur territoire. C'est donc très important qu'ils puissent s'entendre gazouiller. On penserait que le chant des oiseaux, c'est apaisant. Oh que non! Ça dérange beaucoup au contraire. Ça nous réveille le matin, surtout quand les corneilles crient très fort en passant d'un arbre à l'autre. Vivement la musique dans les écouteurs ou la radio à plein volume pour enterrer tout ça! J'ai connu quelqu'un dont le mari voulait faire abattre les arbres devant leur maison pour ne plus entendre ce tintamarre matinal. Moi qui souris quand j'entends les oiseaux chanter au moment de mon réveil. Je m'ennuie tellement d'avoir les fenêtres fermées l'hiver et d'être privée du bruit de la nature. En ce moment, j'écris porte et fenêtre grandes ouvertes en me laissant bercer par l'agitation du vent dans les arbres. C'est absolument merveilleux et ce l'est encore plus quand s'ajoute à ce souffle paisible l'éclat des cris des enfants qui jouent pas loin. Encore là, je ne fais pas l'unanimité puisque des enfants qui s'amusent, ça dérange aussi. Des fois, les gens ne veulent pas vivre près d'une école ou encore voir débarquer une garderie à côté de chez eux. J'ai vécu une trentaine d'années à un coin de rue d'une école primaire et je m'ennuyais l'été des cris des enfants dans la cour. J'avais toujours hâte à septembre pour entendre la rentrée et les cloches qui dictaient l'arrivée, le départ et les récréations. Comme le dit si bien Dans Bigras dans une de ses chansons : "Si tu me surprends à fermer les fenêtres parce que le bruit des enfants me monte à la tête, tue-moi!".
Est-ce qu'on est rendu là? On dirait qu'on ne supporte plus rien. On dirait qu'on ne sait plus comment vivre ensemble. Tout nous tape sur les nerfs et on s'enferme. Devant nos écrans qu'on consulte frénétiquement. On se coupe de liens réels. Certains peinent à répondre au téléphone : "Mais qu'est-ce que je vais dire? Pourquoi qu'on m'appelle? Je laisse sonner. Tant pis". On s'enferme mais on se referme surtout. Les autres deviennent nos ennemis, surtout quand ils ne font pas ce que je veux. Entretenir des relations? Pas le temps. Jamais le temps. Dire bonjour aux personnes croisées pendant la journée? Inutile. Retourner au travail en présentiel et être obligé de parler à des collègues? La croix et la bannière. On attend l'autobus en ligne, le nez rivé sur nos téléphones "intelligents" à côté des itinérants qui envahissent les espaces publics faute de services appropriés. Qu'importe. On ne voit rien. On n'entend rien.
On veut juste la paix, la sainte paix, c'est-tu possible ça? Mais est-ce bien de paix qu'on parle ici ou de solitude? Qu'est-ce qu'on nous apprenait déjà dans le temps? Ah oui, l'humain n'est pas fait pour vivre seul. Dans ce cas, il devrait être capable d'apprécier le chant des oiseaux, de chérir les animaux, de protéger la nature, de prendre soin des autres. Levons la tête vers le ciel. Respirons un bon coup. Cultivons la joie, une semence dont la plante est particulièrement difficile à récolter par les temps qui courent. Mais, surtout, de grâce, endurons-nous!


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