dimanche 30 août 2026

De choses horticoles et d'autres

 


J'adore jardiner même si maintenant, condo habitant, je donne dans le micro. J'ai fait le deuil de mes magnifiques plates-bandes et de mon étang paisible. Y a eu le déménagement, bien sûr, qui fait en sorte qu'une terrasse, comme dirait l'Homme, ça mesure seulement 9 par 13. Il se plaît d'ailleurs à me le rappeler tous les printemps quand je commence à m'épivarder un peu trop dans la pépinière. Que voulez-vous, y a toujours une plante qui me fait de l'oeil même après que j'ai rempli mon panier de tous les végétaux pouvant être mis en pot sur ma désormais très minuscule surface de plaisir horticole! Encore une petite dernière pour la route, je trouverai bien un endroit pour l'installer.


Mais peu importe mon aptitude à utiliser au max et avec un relatif succès l'espace dont je dispose dorénavant, je continue à admirer inlassablement les oeuvres de ma jardinière préférée et j'ai nommé : Dame Nature! Elle, rien ne l'arrête. Ni les craques de trottoir, ni les champs abandonnés, ni les amas de pierres. Elle ne se décourage jamais. Même après avoir réussi de peine et de misère à faire pousser de la beauté le long d'un site improbable et avoir vu son oeuvre faucher sans un remords par un quidam municipal ou autre, elle remet sur le sentier cent fois son ouvrage. Et le miracle se produit toujours. Au moment où on s'y attend le moins, au détour d'une clôture toute croche, d'une piste sortie de nulle part, on les voit : des merveilles inattendues, des couleurs parfaitement assorties. J'éprouve une admiration sans bornes pour sa ténacité et son indomptable courage.


Outre l'envie que je ressens devant ses talents, je demeure subjuguée devant sa facilité apparente à cultiver la plante suprême que j'essaie vainement de faire pousser, soit la Joie. Combien de fois n'ai-je pas esquissé un sourire au travers de mes larmes en m'arrêtant brusquement devant l'une de ses surprises. Voilà que j'oublie momentanément mon chagrin pour examiner l'arrangement floral qui éblouit subitement mes yeux. Et que dire des ingrédients secrets qu'elle ajoute pour cultiver cette plante formidable. Elle fait souffler doucement une légère brise ou elle dégage une odeur suave pas nécessairement perceptible si nos sens ne sont pas aux aguets. Elle nous ramène rapidement et sans trop qu'on s'en rende compte à l'instant présent : le seul qui importe. 

Oui, moi je considère que la Joie, c'est un peu comme une plante. D'ailleurs, on se plaît très souvent à dire qu'il faut la cultiver, n'est-ce pas? C'est sûr qu'on peut la trouver bien ailleurs que dans les plates-bandes de Dame Nature mais, dans mon cas, c'est l'endroit où je la trouve le plus facilement. Le hic, c'est qu'une fois que je l'ai trouvée, je ne sais pas trop comment l'accueillir. Comme je viens de le dire, je peux la cueillir en la contemplant et en la fixant (sans doute trop souvent) en photo sur mon téléphone. Mais une fois ce geste fait, cet arrêt sur image accompli, est-ce que j'arrive ensuite à pleinement l'accueillir? Je ne crois pas.


Je n'ai pas la Joie facile. Elle passe souvent comme un éclair. Je voudrais tellement qu'elle reste mais, une fois que je l'ai cueillie, elle ressemble à un bouquet qu'on met dans un pot et qui se fane trop vite. C'est comme tout ce qui est beau dans la vie et qu'on voudrait conserver à jamais. Impossible. Tout change. Tout passe. Il me semble que je me sentirais mieux si je pouvais baigner dans la Joie de façon plus permanente. Bon, faut dire que je suis une grande mélancolique et que ce trait de caractère s'accorde difficilement avec la Joie. Perdue dans mes souvenirs, j'étouffe la Joie ou je la fais fuir. Elle n'a que faire de mes regrets et de mes peines. C'est une plante légère, un peu folle, qui passe comme un coup de vent. Elle ressemble à ces fleurs qui s'épanouissent et s'évanouissent dans un jour. Si tu n'as pas pris le temps de les admirer, c'est trop tard. 

Cette obsession que j'entretiens de vouloir à tout prix cultiver la Joie est quand même récente. Elle remonte à un an environ. Un jour, j'en ai eu un peu assez de mon océan de chagrin et j'ai eu la chance de tomber sur un livre (Mon kit de Joie de Martin Larocque) qui m'a fait beaucoup réfléchir. C'est là que je me suis rendue compte à quel point je ne pouvais pas cultiver la Joie car je ne savais même plus ce que c'était. Oui je suis capable encore de rire. Et je suis capable d'être reconnaissante devant la beauté de la vie. Et je peux cueillir la Joie. Mais la cultiver et l'accueillir, c'est autre chose. Je la vois ailleurs. Rarement en moi. Ou très brièvement.

Je crois que j'ai déjà su accueillir la Joie mais, tout comme Dame Nature voit parfois ses oeuvres massacrées devant elle, moi j'ai vu ma Joie être arrachée de mon coeur et je n'ai rien pu faire pour la retenir. Depuis, je sème vainement des graines de Joie. Des fois, je deviens pleine d'espérance car je vois une mini tige sortir de terre. Je l'arrose. Je la mets au soleil. Je lui parle. Je surveille le moindre de ses progrès. Je me dis, ça y est, elle va devenir plus forte, plus grande. Elle va s'épanouir grâce à mes bons soins et un jour, enfin, je vais pouvoir de nouveau l'accueillir. 

Hélas, mes efforts demeurent vains. Mais je ne lâche pas. Je ne lâcherai jamais. Comme Dame Nature, cent fois, mille fois, des millions de fois, je ferai de mon coeur le terreau fertile dont ma Joie a besoin pour revenir.