lundi 27 septembre 2021

Lettre à Madeleine


 Mon jardin adoré, mon Vénérable, mes espiègles

Chère Madeleine, chère Maison,

cela va bientôt faire un an que je t'ai quittée. Ma peine s'atténue... un peu. Quand je pense à toi, c'est sûr que c'est le jardin qui me revient en mémoire. Ce jardin où j'ai tant travaillé mais où j'ai aussi beaucoup appris. Oui j'ai appris l'humilité d'abord du néophyte qui veut créer un magnifique endroit mais qui ne s'y connait comme pas du tout. J'ai dû faire mes classes, accepter les échecs, vivre les pertes. Puis, tout doucement, "parce que la Nature est généreuse comme dit l'Homme", j'ai commencé à ressentir juste le plaisir de travailler la terre. J'ai accepté de me tromper et de recommencer le printemps suivant car ainsi va la sagesse du temps qui passe et des saisons qui reviennent. Pour avoir un autre bel été, il faut d'abord accepter de vivre le dépouillement de l'automne, puis la mort de l'hiver. Mais est-ce vraiment la mort? Le vrai jardinier sait fort bien que sous les amas de neige se cache la vie qui sera toute prête à pointer le bout de son nez quand le soleil reviendra.

Oui ma petite Maison, tu m'as donné un abri mais aussi un endroit de paradis où je pouvais régulièrement vivre l'émerveillement, la reconnaissance, le plaisir de me plonger dans la vérité vraie. Quand je prenais des cours de yoga et que la prof nous disait de nous transporter dans un endroit que nous aimions, immanquablement je me retrouvais au pied de mon Vénérable, plus grand que nature, avec ses racines qui plongeaient profondément dans le sol. Je me voyais étendue à son pied, nichée tout près de son tronc dont je pouvais presque sentir les aspérités. Et j'admirais. C'était beau partout où mon regard se posait. Les hostas et les sceaux de Salomon, les échinacées, les fougères, et tous ces trop nombreux pots que je ne finissais pas de remplir quand la belle saison arrivait. Que dire de mes jardinets, cadeaux que je réclamais à chaque fête des mères, et dans lesquels je cultivais tomates, poivrons et fines herbes! 

J'ai souvent été témoin de drames dans mon jardin. Je pleurais mais je trouvais la force d'en sortir grandie même l'année où j'ai perdu tous mes espiègles dans l'étang. J'y vivais surtout des miracles cependant.  Comme de recevoir de l'amie N. quatre nouveaux mousquetaires pour nager dans ma pièce d'eau. Je ne voulais plus voir de vie dans mon bassin mais, encore une fois, j'avais une leçon à apprendre : la vie est plus forte que tout. 

Chère Maison, je ne te cache pas que j'ai trouvé l'été qui vient de passer vraiment très difficile. En plus de vivre un nouveau déménagement, j'ai dû accepter que je ne sortirais pas mon chariot de jardinage cette année pour m'élancer dans les plates-bandes et vivre des heures de pur bonheur. Ce chariot, c'est le plus beau et le plus extraordinaire cadeau que j'ai reçu dans ma vie. Quand l'Homme me l'a offert, j'ai littéralement capoté! Je pouvais y mettre tous mes outils de jardinage, en plus des plantes, et grâce à ses roues motrices (j'exagère un peu ici), je roulais vers la félicité dès que je sortais du garage. Je sais, je sais que les regrets ne servent à rien et que les larmes qui coulent de mes joues en ce moment ne ramèneront pas ces instants d'extase, d'où l'importance de savourer pleinement le moment. Et je l'ai fait, je peux te l'assurer.

Sache, petite Maison, que je dispose quand même maintenant d'une terrasse où je peux encore exercer mes talents de jardinière. L'Homme m'a d'ailleurs dit aujourd'hui que nous prouverons que "ça peut être beau même si c'est petit". Et je peux toujours m'échiner sur le terrain de la soeur Psy si le coeur m'en dit.



La Maison toute prête à accueillir le temps des fêtes

Mais tu n'as pas été qu'un extraordinaire jardin, chère Madeleine (c'est le nom de la mère de l'Homme et le nom que nous t'avions donné), tu as aussi abrité notre vie de famille avec beaucoup de chaleur et de bienveillance. En-dedans aussi j'avais réussi à créer une ambiance agréable d'où se dégageait une belle énergie. Souvent des gens nous disaient, "on est bien chez vous". C'est vrai qu'on était bien. Tu n'étais pas une maison moderne mais tu avais fait tes preuves au fil des années. Malgré tes petits bobos de maison vieillissante, tu nous protégeais, nous accueillais, nous et tous ceux et toutes celles qui sont venus passer de bons moments avec nous. Quand les enfants ont quitté le nid, l'Homme et moi t'avons soudainement trouvé bien grande même si tu ne l'étais pas tant que ça. Bien vide surtout. Tu sais, c'est un peu pour ça qu'on est parti. On était de moins en moins capable de vivre seuls, loin de nos familles. Ce fut une décision déchirante. 

Tu sais, faire le ménage de 37 ans de vie, c'est tout un défi. Nous avons dû passer au travers tous les souvenirs, et jeter beaucoup de petits et grands objets que nous gardions par pure nostalgie. Ai-je besoin de t'avouer que la plupart de ces objets étaient reliés à des souvenirs avec le Fils et la Fille? Mais bon, un jour, faut accepter de donner le mini-bâton de hockey ou la pelle rouge en plastique, et jeter les affiches toujours accrochées au sous-sol de la silhouette de la Fille dessinée lors d'une activité au Musée ou de l'Expo-Sciences à laquelle participait le Fils. Ouais. Ça n'a pas été facile de faire nos bagages et de te quitter pour la dernière fois. Je n'oublierai jamais cette nuit où, couchée dans le lit du Fils (parce que nous avions donné le lit qui était dans notre chambre), entourée des trois minets qui sentaient bien que quelque chose se passait, je me suis sentie terrifiée devant l'inconnu. 

Quelle leçon de détachement! Je n'en suis pas encore remise. Et je pense toujours à toi avec beaucoup d'amour. Chère Madeleine, chère Maison, je te dis un immense merci pour tout. Sois assurée que tu ne seras jamais oubliée.

Nicole xxxx


Dernière photo de famille prise dans la Maison, novembre 2020



mercredi 22 septembre 2021

Seule la présence existe

 


Dans sa chronique de lundi dernier, Nathalie Plaat du journal Le Devoir nous invitait à "parler de nos pertes, des absences qui se sont invitées dans nos vies depuis le début de cette pandémie". Je me risque ici à vous parler de ce qui m'a fait mal et de ce qui m'attriste encore.

Pour moi, la plus grande perte reste l'absence de contacts sociaux. Si la soeur Psy ne nous avait pas invités à venir vivre chez elle et, par le fait même, à quitter Gatineau pour Québec, je ne sais pas comment l'Homme et moi aurions vécu ce long confinement qui n'en finissait plus de finir. Je l'ai déjà dit, nos enfants sont loin et, malgré le fait que nous avions fait de l'Outaouais notre chez nous depuis 1977, nous étions seuls la plupart du temps surtout depuis la retraite. Avec les années, nous avions quand même réussi à bâtir des relations très significatives dans notre milieu, relations qui nous avaient permis entre autres de bénévoler dans plusieurs sphères d'activités. Quand le couperet des interdictions s'est abattu, les bénévoles ont écopé de façon drastique. Finies notamment les belles rencontres au CHSLD avec des gens dévoués et remplis d'amour et fini le plaisir de donner un sourire, de jouer au bingo et d'avoir du bon temps avec les résidents. Nous étions devenus persona non grata. J'imagine le drame horrible vécu par toutes les personnes âgées dans ces résidences. Non seulement elles ont été décimées par la maladie, mais elles se sont retrouvées complètement isolées.

Très vite, l'Homme et moi nous sommes rendus compte que l'isolement nous attendait aussi au détour. Impossible d'aller au resto avec les amis, encore moins de les recevoir à la maison autour d'un bon repas. Parce qu'ils habitaient dans une autre région, les enfants étaient touchés par les nouvelles consignes sanitaires et faisaient face à des embûches de plus en plus nombreuses pour venir nous voir. Et nous n'étions qu'en juillet. Nous pensions avec effroi à l'hiver qui arrivait et à la situation qui ne s'améliorait pas du tout. Fin novembre, nous avons dit adieu à notre maison adorée, à mon jardin chéri, et sommes partis avec armes, bagages et minets! 

À Québec, nous étions au moins trois pour affronter l'épreuve. Cela ne nous empêchait pas de nous languir de nos familles et de nos relations. Après avoir espéré un petit, tout petit rassemblement à Noël, nous avons dû, comme bien d'autres, nous faire à l'idée que nous étions pour fêter en trio. Vous dire à quel point nous avions le moral bas est un terme bien faible pour décrire notre état d'esprit. Nous n'avions jamais vécu ce genre d'isolement auparavant puisque nous avions toujours eu la chance de célébrer le temps des fêtes avec la famille, les amis et tous ceux qui voulaient bien se joindre à notre table. Il nous en a fallu du courage pour nous rendre à la nouvelle année! Et, à travers ça, le maudit C qui s'est ajouté dans mon cas. Tout l'hiver, mes compagnons d'infortune et moi avons arpenté le quartier, même dans les durs froids de janvier. C'était tout ce qui nous restait pour changer d'air et ne pas totalement déprimer!

Pâques ne nous a pas épargnés davantage. Il a fallu attendre le printemps et les vaccins pour commencer à retrouver une vie à peu près normale. Normale? Vraiment? Je me rappelle les premières rencontres post-vaccin avec mon papa où nous osions à peine nous toucher. Pas question de se donner un bec ou de se faire une étreinte. Nous gardions nos masques par prudence. Nous évitions d'aller dans son condo. On se voyait dehors, dans le parc. Heureusement que le temps se réchauffait. Et que dire de la première visite de nos enfants vaccinés! On se regardait presque comme des chiens de faïence. Encore là, on ne voulait pas trop s'approcher. On ne savait pas, dans mon cas du moins, si on devait rire ou pleurer de se retrouver après tant de mois passés à zoomer une fois par semaine pour tenter de se faire croire que cela compensait l'absence. C'était mieux que rien ces rendez-vous virtuels, c'est tout ce que je peux dire. Mais des fois, c'était plus souffrant qu'autre chose. Se voir à l'écran, s'échanger des nouvelles, se dire la difficulté d'être éloignés, vraiment, quand je cliquais "Quitter" à la fin de cette heure qui avait passé beaucoup trop vite, je pleurais souvent à chaudes larmes pendant un long moment.

Pour moi, la vie d'avant n'est toujours pas revenue et je ne sais pas si elle reviendra un jour prochain. Oui on peut reprendre des activités (bénévolat, sorties culturelles, resto, repas en famille, déplacements entre régions) mais il reste toujours la peur d'attraper ou de donner la maladie, qu'on soit vacciné ou non. Les étreintes chaleureuses, les baisers échangés, les poignées de main solides, la possibilité d'être en famille ou entre amis autour d'une grande tablée où il n'y a pas de distanciation sont toutes des choses qui me manquent terriblement. D'ailleurs, je me rappelle fort bien avoir été bouleversée à plusieurs reprises en écoutant la télévision quand on y présentait des scènes devenues impensables avec l'arrivée des contraintes sanitaires. Juste voir des gens rire autour d'une table, tassés les uns contre les autres, en se passant des plats dans lesquels tous pigeaient allègrement devenait de la science-fiction, ou pire, l'expression de la fin du monde dans laquelle nous étions maintenant plongés.

Comprenez-moi bien. Il m'arrive de succomber à l'envie irrésistible de donner un bec sur la joue à un de mes enfants ou de faire une accolade bien sentie à mon papa, ou à un ami, mais il reste cette hésitation, cet interdit, ces fameuses consignes sanitaires qui planent toujours au-dessus des rapprochements humains. Reprendrons-nous cette habitude bien ancrée dans nos chaumières de s'accueillir en se serrant fort les uns contre les autres et en s'assénant des baisers bien sentis? Nos rapports se sont refroidis et aseptisés comme les masques que nous portons pour nous protéger du virus. À force de nous désinfecter les mains, nous en sommes venus à les dépouiller de leur vocation première : le toucher. Oui, le toucher pour réconforter, pour soigner, pour accompagner, pour apaiser, pour encourager, pour aimer. Toucher un écran, c'est manquer la présence.


 



lundi 20 septembre 2021

Trop



Je suis trop. Depuis toujours. Enfant, j'avais peur de la mort, surtout la nuit. Je voulais dormir avec une veilleuse. Je me faisais des scénarios dignes de films d'horreur. Les images défilaient dans ma tête. J'avais vraiment peur de m'éteindre là, frappée d'une crise cardiaque... à 7 ans. Trop. Que faire pour rassurer une petite fille qui n'est pas capable de se raisonner? Qui a une imagination tellement débordante qu'elle croit à un moment donné qu'une vilaine sorcière est venue empoisonner la dernière paparmane qui traînait sur le comptoir de la cuisine. Elle y croit fort, trop, et pendant plus d'une semaine, demeure persuadée qu'elle vit ses derniers jours avant de succomber aux affres du poison.


Anxieuse vous direz? Trop, encore une fois. La peur me paralyse souvent. Les risques, la nouveauté, très peu pour moi. Je dois me sentir en sécurité. Entourée de mes affaires. Imaginez ce que la pandémie est venue faire dans ma vie! Elle a plus souvent qu'à son tour exacerbé ma conviction d'attraper mon coup de mort. Évidemment, dans mon entourage rapproché, je suis la seule à avoir été atteinte du fameux virus. C'est sûr, celle qui nettoyait les poignées de porte aux dix secondes, qui rouspétait continuellement contre l'Homme qui oubliait de porter son masque (surtout au début de cette fin du monde), qui paniquait à l'idée de sortir de la maison, qui se baignait presque dans cet affreux désinfectant dont on s'inonde les mains sans arrêt, bref, la maniaque du trop, ben c'est elle qui a été obligée d'être dépistée, traquée, puis confinée.


Je suis trop dans tout. Vous voyez les photos ci-dessus? Selon l'Homme, trop de bibelots, trop de cadres. C'est moi qui époussette, mais c'est lui qui installe. Pas évident. Pourtant, des fois, je trouve ça bien ce côté excessif qui me permet d'apprécier au boutte la vie de tous les jours, les petits riens qui enchantent mon quotidien. Je peux m'arrêter pour contempler un ver de terre qui se tortille sur la terrasse après la pluie et prendre le temps de le déplacer doucement vers le gazon vert plus accueillant. Je peux stopper net ma marche pour écouter le vent dans les arbres, le rire des enfants dans la cour de l'école, pour sentir l'odeur des fleurs de trèfle ou écouter le son des grillons dans l'été qui s'achève. Je peux me sourire à moi-même en transplantant une de mes plantes d'intérieur ou en sortant du four une douzaine de mes fameux muffins. Je dois dire que mon sourire était encore plus grand dans le cas des muffins quand je pensais au plaisir des personnes qui allaient les déguster le mercredi soir grâce aux bénévoles d'Itinérance Zéro. 


Être trop comporte malheureusement son lot de lourdeur. Parce que je suis trop sensible, je capote de voir des animaux abandonnés ou maltraités. Au fil des années, et au grand dam de l'Homme, je n'ai cessé de recueillir des minets dans ma maison. Et je me révolte au max devant les inégalités sociales, la solitude des personnes âgées, l'indifférence de notre société envers les plus démunis. Dans ces moments-là, le coeur me serre fort, les larmes me montent aux yeux à cause de l'impuissance. Bénévoler un peu, donner des sous, être à l'écoute, ça ne me suffit pas. Mon âme de missionnaire du trop reprend le dessus et je suis prête à partir sauver le monde avec mes pauvres moyens. 


Le plus difficile, je crois, c'est le raz-de-marée que je cause parfois quand je suis trop. Je veux que l'Homme danse avec moi dans la cuisine parce que je suis juste heureuse d'entendre une chanson que j'aime à la radio. Tant pis s'il a les deux mains dans le bol de toilette pour réparer quelque chose qui coule. Je veux danser là, maintenant! Je veux aussi être près, près de mes enfants qui sont loin, loin. Alors j'envoie trop de textos, je demande peut-être trop de nouvelles, je veux entendre leur voix trop souvent et, surtout, toujours, toujours être sûre qu'ils m'aiment comme moi je les aime. Je sais que c'est trop. Ce n'est pas parce que les gens sont moins qu'ils ne peuvent pas quand même aimer à leur façon. Trop et moins, deux réalités pas faciles à concilier. Pour atténuer un peu le trop en moi, je suis vraiment maladroite. J'essaie de faire semblant que recevoir moins ne me dérange pas ou ne me fait pas mal. Je tente d'envoyer des messages qui me semblent moins exigeants, mais c'est encore trop. Alors, je ne sais pas vraiment quoi faire avec ce trop qui m'habite. Comment on fait pour être moins quand tout notre être vibre continuellement au plus haut diapason? Viser moins, je ne suis pas capable. Désolée. 
 

vendredi 17 septembre 2021

Rien à signaler sur le front

Je me suis levée ce matin avec l'envie d'écrire. Je me suis dit que ça allait passer. Mais me voilà devant l'ordi, avec pas grand-chose à dire finalement. Je me sens tellement dans un monde irréel depuis la pandémie. J'ai quitté maison, jardin et amis. J'ai été frappée par le grand C mais il ne m'a pas encore tuée. Ah oui, la COVID aussi m'a attaquée, pas trop fort heureusement. 

Alors, c'est ça. J'ai eu 66 ans lundi. C'est ma photo du soir d'avant quand je n'avais encore que 65 ans. Je suis surprise de ne pas avoir reçu la zénitude au travers de toutes ces tribulations. Bon, c'est sûr que j'ai paniqué ben raide quand j'ai appris que le vilain C s'était infiltré dans un de mes totons. Et sans que je m'en rende compte en plus. L'annonce du verdict, c'est comme à la télé. Tu recules. Dans mon cas, j'étais couchée et ce fut plutôt un déferlement de larmes sur la table d'examen devant le regard soudain désemparé de l'annonceur. J'ai réussi à me raisonner au fil des jours en me disant qu'il fallait tous y passer. La seule chose qu'on ignore c'est comment et quand. Ces spécialistes que j'espérais ne jamais voir de ma vie, ben, je les ai vus. Et ces mots que je ne voulais absolument pas entendre, ben, j'ai dû les apprivoiser et apprendre à en connaître le sens. Malgré que j'étais super bien entourée, ben, je me sentais horriblement seule. Parce que j'ai la foi, une foi inébranlable. ben, j'ai prié. Toujours les mêmes mots. Toujours le même mantra. "J'ai confiance en Toi". J'ai eu la force de passer les étapes. Maintenant il paraît que je suis guérie. Ouais. Faut quand même vérifier tous les six mois pour au moins cinq ans au cas où... 

Je devrais normalement être aux oiseaux d'être encore là. Et je le suis la plupart du temps. Je pense que je suis capable d'apprécier ma chance de vivre entourée de la Nature. Et de mes chats. Et de l'Homme. Et de presque toute ma famille. Pas de jugement, je vous prie, sur l'ordre de l'énumération précédente. Je crois à la spontanéité ici. 

Je suis déçue de ne pas me sentir comme une guerrière. Je me sens incapable de me joindre aux courses, aux groupes de soutien, aux activités organisées pour trouver un remède au maudit C. J'ai juste envie de me sauver loin et que mon nom soit rayé de la liste des malades "guéris". Je voudrais que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve et que je me retrouve comme avant. Mais je n'ai pas le choix. Je dois continuer d'avancer. Malgré la peur au fond du ventre. 

Je n'avais pas encore pu mettre des mots sur cette aventure de vie. Je crois que j'ai réussi à entrouvrir la porte pour regarder un peu ce qui me glace encore le sang. C'est drôle que j'aie eu envie d'écrire pour parler de ça. Ce doit être thérapeutique. Justement, permettez-moi de vous laisser sur ce qui me fait du bien. J'ai repris le yoga cette semaine, en vrai, pas devant un stupide écran impersonnel, non avec du vrai monde. Je fais la popote roulante avec l'Homme une fois par semaine. Je me sens remplie de faire une petite différence dans le quotidien des personnes à qui nous apportons des repas. L'art est de nouveau dans nos vies. Nous allons au cinéma, au théâtre et au concert. Un beau privilège de vibrer aux talents de ces créateurs qui nous ont tellement manqué. Et je marche souvent, presque tous les jours, et je respire la vie. Je m'attarde à contempler, à sentir, à m'arrêter pour admirer. Je me suis trouvée un nouvel ami arbre, je l'appelle le Vieux Sage. Il a une grosse bosse sur le tronc, mais il est encore là. Il a l'air en santé, oserais-je dire "guéri"? En tout cas, il fait toujours de l'ombre dans le parc. Et il me permet de caresser son écorce et de sentir son énergie. C'est important de sentir le vivant partout où il est, surtout sur le front.

lundi 22 juillet 2019

Au jardin...

ou quand la vie est plus forte que tout


Ce printemps, en plus de faire face à la perte de mon Vénérable, cet érable magnifique qui régnait dans mon jardin depuis mon arrivée dans cette maison, j'ai dû également pleuré la perte de tous les espiègles qui peuplaient mon étang. La plupart d'entre eux y vivaient depuis que j'avais eu cette belle et folle idée de disposer d'un plan d'eau dans ma cour, soit près de dix ans. Au début, c'est tout ce que je voulais: une jolie mare où je pourrais me tremper les pieds avec une petite fontaine qui me permettrait de m'endormir en écoutant le bruit de l'eau. Mais la vie, comme elle en a souvent l'habitude, avait d'autres plans pour moi. C'est ainsi qu'une fois mon étang aménagé, un ami de l'Homme s'est présenté avec une chaudière dans laquelle nageaient des koîs et des poissons rouges. Il voulait éventuellement avoir un étang lui aussi mais il n'était pas encore prêt à entreprendre les travaux. Comme c'est lui qui nous avait guidés dans la réalisation de notre projet, il savait fort bien que mon étang à moi était parfaitement fonctionnel et, comme il devait se départir de ses poissons... je devenais la solution toute trouvée. Forte de mes mauvaises expériences antérieures avec un aquarium, je lui ai opposé un refus formel en insistant sur le fait que je n'avais absolument pas l'intention de me lancer dans l'élevage de poissons, encore moins à l'air libre. Évidemment, il a trouvé les mots qu'il fallait pour me convaincre du contraire en me vantant notamment la facilité avec laquelle j'arriverais à m'occuper de cette faune piscivore.

Il m'avait menti, bien sûr. Et je l'ai appris à la dure école. Toute seule. Car je ne tiens pas compte ici des quelques pauvres rudiments qu'il avait accepté de m'inculquer à la va-vite. J'ai d'abord perdu tous les koïs au premier hiver. Les pauvres, l'ai-je appris plus tard en lisant sur le sujet, n'ont pas l'endurance des poissons rouges. Ce sont les premiers cadavres que j'ai recueillis. Ensuite, j'ai dû trouver la bonne façon de gérer la qualité de l'eau, au début avec des produits chimiques, puis, maintenant, avec seulement un sac d'orge au printemps et un autre au début de l'été. Cela satisfait pleinement mes tendances écolo et mon irrépressible désir de ne mettre aucun poison dans mon jardin. Je composte, j'enlève les mauvaises herbes à la main, je fertilise avec un engrais à base d'algues, je traite les vers blancs avec les nématodes et je contrôle tant bien que mal les scarabées japonais avec des pièges contenant des phéromones. Entre autres choses.

Je vous passe la difficulté de trouver une pompe suffisamment puissante et performante pour traiter les déchets émis par une vingtaine de poissons. Je ne vous parle pas non plus de l'entretien desdites pompes (j'en ai acheté au moins quatre) et du nettoyage parfois quotidien du filtre quand la pompe n'est pas celle qu'il vous faut. Et que dire de l'importance d'avoir des plantes aquatiques pour mieux oxygéner votre bassin. Je ne savais évidemment pas que les espiègles adoraient les laitues d'eau au point de les dévorer. J'achète donc maintenant des jacinthes d'eau. J'ai mis également de côté cette fabuleuse idée d'avoir un papyrus en plein milieu de l'étang. Juste mettre des bottes pour amener le pot à l'endroit désiré représente un exploit en soi car, autre leçon durement apprise, le fond d'un étang constitué d'une toile en caoutchouc est fort glissant! J'ai donc éventuellement opté pour le papyrus en pot placé judicieusement près de l'étang, et non dans l'étang.


Il ne faut pas non plus oublier de les nourrir ces petites bêtes. Assez mais pas trop. De préférence avec une nourriture différente au printemps et à l'automne. Et il faut se munir d'un thermomètre pour connaître la température de l'eau afin de savoir quand commencer à les nourrir et quand arrêter. Ah la la ça n'en finit jamais. Et quand vous commencez à penser que vous savez un peu ce que vous faites, voilà que ces écervelés d'espiègles décident de se multiplier. Sans tenir compte de la pénurie de logement et du manque d'espace qui s'ensuivra inévitablement. C'est sans doute là un des facteurs qui a conduit à leur mort subite de l'hiver dernier. Ils étaient devenus beaucoup trop nombreux. En plus, ils avaient accepté d'accueillir tous les batraciens de passage.

Bref, c'est vraiment beau un étang, mais c'est aussi beaucoup de travail jumelé à beaucoup d'inquiétude. Les espiègles comptent par exemple plusieurs ennemis, une autre leçon apprise au fil des ans. J'ai toujours été chanceuse côté attaque venant du ciel. J'ai en effet entendu des histoires d'horreur au sujet de hérons venant vider en quelques minutes tout un bassin fourmillant de poissons. Par contre, j'ai subi des attaques félines provenant notamment de ma belle Irma qui, lorsqu'elle vivait encore dehors, démontrait toutes les qualités d'une redoutable chasseuse. Ainsi, j'ai réussi de justesse à réchapper un pauvre espiègle qu'elle avait roulé dans la terre comme du poisson pané et abandonné dans l'herbe. En m'approchant pour ramasser ce que je croyais être une dépouille, je m'aperçois que les ouïes bougent encore un peu. Je cours à toute vitesse dans le garage pour attraper une chaudière, la remplir d'eau et y mettre la proie abandonnée. Je l'ai sauvé. Et remis dans l'étang. Jusqu'à l'hiver dernier, il nageait allègrement avec quelques cicatrices qui me permettaient aisément de le reconnaître. Soupir.

Une autre fois, c'est un raton-laveur qui est venu faire son tour. Je me rappelle que j'avais terminé la veille de tout aménager l'étang à mon goût, papyrus inclus. Je me lève le lendemain matin pour constater que les plantes flottaient sur l'eau. Les pots avaient été renversés. Heureusement, les poissons étaient saufs. Nouvelle panique. Que faire contre ces ravageurs? Après avoir effectué quelques recherches, je découvre qu'il existe un appareil qui peut les éloigner en les arrosant. Nous nous sommes donc équipés d'un effaroucheur. Ça fonctionne et ça évite bien des désagréments.

Tout ça pour vous dire qu'après l'hécatombe de l'hiver dernier, je ne voulais plus de poissons. J'avais eu vraiment trop de peine à les voir tous morts au printemps. C'était sans compter sur mon amie N. qui a elle aussi un étang et à qui j'avais donné un peu du surplus de mes poissons à deux reprises. Alors, la journée où notre grand ami G. a décidé de passer l'arme à gauche, N. est venue mettre quatre mousquetaires dans mon étang. Je ne pensais pas que de voir à nouveau de la vie dans mon bassin me ferait autant de bien. Tranquillement, j'ai apprivoisé mes nouveaux arrivants. C'est quand même plus beau un étang avec des poissons dedans. Et tant qu'à avoir la pompe et tout le tralala, aussi bien avoir des mousquetaires. Ce soir, donc, en allant les nourrir et en les cherchant sous la luxuriante végétation qui agrémente le bassin, qu'est-ce que je vois? Je vous le donne en mille : plein de petits bébés poissons! Et voilà que je pleure. Car la nature est généreuse. Et la vie est forte. Non seulement j'ai retrouvé mes plantes chéries, mais je redeviens une éleveuse d'espiègles. Je vois déjà les problèmes à l'horizon. Qu'importe. Je saurai bien m'arranger. N'avais-je pas tout perdu et n'ai-je pas tout retrouvé et même plus? Merci la vie. Encore une fois.

samedi 29 juin 2019

Au jardin...

ou le bonheur simple


Je ne pensais pas, en dressant la liste des choses que je voulais faire cet été et en y incluant entre autres le désir d'écrire un blog à partir de photos de mon jardin, que je me retrouverais aussi souvent devant mon ordi. Faut croire qu'au fond de moi germait depuis un bout de temps l'envie de reprendre la plume. Je dois dire aussi que mon jardin représente une source d'inspiration constante. En fait, travailler à créer un milieu apaisant dans un monde qui l'est de moins en moins touche profondément mon âme. Cela me permet de continuer d'avoir foi dans la vie et de poursuivre ma route.

La nature n'a de cesse de m'émerveiller et de m'apprendre des tas de choses importantes. Parmi elles se situe la conscience. La vraie. Celle qui permet de s'arrêter... enfin. Par exemple, sortir le matin sur le balcon pour ramasser mon journal n'est pas une activité banale. J'en profite pour humer l'air, sentir les nouveaux parfums que l'été ajoute tous les jours. Souvent je sors en pyjama et j'écarte les bras pour accueillir le soleil sur ma peau et embrasser sa chaleur. Quand je marche, je stoppe parfois juste pour écouter le bruit du vent dans les arbres ou le son d'un oiseau qui ne m'est pas familier. S'il fait chaud, comme ces derniers jours, je sens la sueur dégouliner doucement dans mon dos. J'ouvre tout grand les yeux pour ne rien manquer du spectacle, pour apprécier pleinement la chance que j'ai d'avoir la santé et l'énergie pour réaliser une activité qui recharge mes batteries à tout coup.


Au fil des années qui passent, la nature m'apprend notamment à me faire confiance. D'un terrain où il n'y avait à peu près rien à part quelques conifères et un patio en ciment craqué dans son milieu, j'ai réussi à force d'essais et d'erreurs à créer mon petit coin de paradis. Mais, pour y arriver, j'ai dû faire preuve de courage et de patience. Parce que mes modestes succès me donnaient l'envie de poursuivre ma passion horticole, je me suis mise à lire sur le sujet, à prêter attention aux signes que les plantes m'envoyaient pour me dire si elles allaient bien ou non, à m'arrêter, oui encore m'arrêter, pour contempler tous les jardins qui me tombaient dans l'oeil et à apprendre. J'ai découvert que j'avais de l'imagination et que je pouvais faire preuve de créativité. Je remarque maintenant que j'ose davantage quitte à faire les mauvais choix et à ne pas obtenir le résultat désiré. J'accepte aussi que mes idées ne plaisent pas nécessairement à tous mes visiteurs. Qu'importe. C'est mon jardin et je l'aime.


Tout doucement, mes plantes et moi nous sommes retrouvées avec une véritable ménagerie. J'ai toujours aimé les oiseaux. J'ai donc installé une mangeoire. En m'intéressant à la chose ornithologique, je me suis rendue compte que, si je voulais attirer différentes espèces, je devais avoir une nourriture plus diversifiée. C'est l'Homme qui s'occupe de remplir les cinq mangeoires que nous avons maintenant sur le terrain. Grâce à lui, je peux admirer mes amis ailés été comme hiver. Quel plaisir nous avons en ce moment de les observer en prenant notre café dans la balançoire le matin! Puis, j'ai pensé que ce serait agréable d'avoir un bassin d'eau. Je ne voulais pas de poissons cependant parce que je trouvais ça trop compliqué. J'avais déjà eu un aquarium et je perdais systématiquement les pauvres bêtes que j'y mettais. Mais, mais, la nature avait d'autres plans pour moi. Et j'ai eu des poissons dans mon étang. Là encore, les leçons ont été difficiles, particulièrement ce printemps où j'ai dû recueillir vingt-cinq cadavres, poissons et grenouilles confondus. Je me demande encore comment j'ai réussi à sortir mes pauvres espiègles de leur cercueil de glace. Mon beau Barnabé que j'avais depuis je ne sais combien d'années et tous les autres, même les bébés sont morts. J'avais décidé que je n'en voulais plus. C'est trop dur de les perdre. Mais, mais, la nature avait d'autres plans pour moi. Et mon amie N. m'a donné quatre mousquetaires qui font ma joie. Je dois faire confiance et croire que j'ai joué de malchance. L'hiver prochain, tout ira bien.

Je termine ce blog justement en me laissant bercer par le son de la fontaine dans la cour. Je m'endors tous les soirs avec la musique de l'eau. Et je rends grâce.

jeudi 27 juin 2019

Au jardin...

ou Prière de ne pas envoyer de fleurs!


Cela fait deux fois maintenant cet été que j'accomplis ce geste spontané répété si souvent par la petite fille que j'étais : cueillir des fleurs sauvages pour en faire des bouquets. J'ai pu apprendre tôt l'art floral étant donné que j'ai eu la chance de grandir au Saguenay dans une maison dont la cour arrière donnait sur un grand champ et un petit boisé. Le bonheur! C'est là qu'on allait jouer aux explorateurs en pensant dur comme fer que nous étions pour nous perdre si nous nous rendions jusqu'à la grosse roche. Elle nous semblait si loin de tout, perdue au milieu d'une végétation abondante et hétéroclite, entourée de cailloux et d'un peu d'eau dépendant du moment de l'année. Elle était à la fois notre repère, notre point de rencontre, notre bien le plus précieux. Parfois on se battait même contre les gars pour la garder juste pour nous.

Le champ... Le boisé... C'étaient de magnifiques terrains de jeux. Des endroits où on pouvait se réfugier entre autres quand on avait de la peine et qu'on se sentait totalement incompris par nos parents! Ça arrive quand on est ado de vouloir fuir très loin. Je me rappelle que je me faisais des plans pour partir de la maison. Je les dessinais sur des feuilles, un peu comme une carte au trésor, avec des directives à
suivre : 1. Je sors par en arrière. 2. Je traverse le champ. 3. Je me dirige ensuite vers la fameuse roche. 4. Je n'oublie pas d'apporter une pomme pour me sustenter. (Dix minutes, ce peut être assez long pour mourir de faim, surtout quand on a 12 ans.) 5. En tout cas, j'arrive à la roche. 6. Je m'assois dessus. 7. Et là je ne sais plus quoi faire. Je mange ma pomme en réfléchissant. Je ne sais pas trop où je devrais aller. Je ne suis même pas certaine que maman et/ou papa m'ont vue sortir de la maison. Je vais être bien avancée si je suis obligée de passer la nuit sur la roche. Bon, ben, c'est pas si pire que ça les règlements de la maison. J'y retourne avant que le souper ne soit servi.

Mais là "je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître" comme le chantait ce cher Charles Aznavour. Oui, un temps où on pouvait, enfant, prendre la clé des champs sans qu'aucun danger ne nous guette vraiment. En fait, le danger qui m'horripile le plus maintenant et qui m'empêche de pleinement profiter du simple plaisir de couper des fleurs sauvages, c'est le réchauffement climatique. Oui, oui, le réchauffement climatique qui fait en sorte que nous voilà obligés de nous méfier de toute bibitte qui s'approche de nous. Dans ce temps insouciant dont je vous parle, imaginez-vous qu'on pouvait ramasser des fleurs, mais aussi cueillir de petites fraises des champs, des bleuets et des framboises sauvages sans autre souci que de chasser les mouches ou les maringouins qui nous tournaient autour. Si, par malheur, nous étions piqués, eh bien nous en étions quitte pour un petit rond rouge sur la peau, une très légère enflure dans certains cas et une envie irrésistible de nous gratter à l'endroit de la piqûre. Je me souviens justement d'une de mes fameuses balades dans le champ à la recherche des fleurs mauves des trèfles, mes préférées. Je commençais à avoir une belle gerbe dans la main quand, soudainement, ayoye, vive douleur sur mon pouce! Je lâche tout. Je viens d'être piquée par une abeille aussi désireuse que moi de profiter des fleurs mauves. Mon doigt enfle à vue d'oeil. Je cours vers la maison. Je suis seule pour faire exprès mais, mais, j'ai suivi des cours de l'Ambulance Saint-Jean et je me rappelle qu'on y parlait de mettre du lait sur une piqûre d'insecte. Ce que je fais et l'enflure disparaît presque immédiatement. Voilà. Pas d'antibiotique à prendre. Pas d'insecte à retirer de ma peau en suivant une technique bien spécifique pour ne pas l'écraser. J'ai eu plus de peur que de mal et je me promets simplement de faire plus attention à l'avenir en coupant mes fameuses fleurs.

Où est passé ce temps bienheureux qui nous permettait de nous promener en forêt sans avoir à demeurer dans les sentiers? Sans avoir à nous habiller comme en hiver en rentrant nos chandails dans nos pantalons et en mettant nos bas par-dessus nos pantalons? Sans être tenu de nous vaporiser de produits chimiques puants? Hypocondriaque finie comme je le suis, je ne veux même pas exaucer le voeu le plus cher de l'Homme cet été et faire un pique-nique... à moins qu'il accepte de casser la croûte sur le trottoir en face de la maison! J'en suis rendue à craindre de me promener dans mon magnifique jardin au cas où je rencontrerais la tique maléfique ou le maringouin empoisonneur. Riez tant que vous voulez mais, l'année dernière, j'ai été piquée dans ma cour par un insecte non identifié (probablement une araignée nouvellement vénéneuse à cause du réchauffement climatique) et j'ai dû prendre des antibiotiques. Devrais-je dans les années à venir me limiter à du gazon ras et à des sentiers de roches?

Triste époque que la nôtre qui transforme un plaisir innocent en expérience hautement dangereuse. C'est pourquoi j'ai cueilli mes fleurs sur le bord du sentier asphalté du Rapibus en prenant bien soin de m'assurer qu'aucune bibitte suspecte ne tentait de me jouer un vilain tour. Heureusement je dois avouer que la beauté du spectacle offert par ma fenêtre de cuisine exquisement embellie par les fleurs ramassées a dépassé, et de loin, la peur viscérale d'être en train de m'offrir mon dernier bouquet.