vendredi 21 juillet 2023

Paraît qu'on ne peut pas sauver le monde


Aujourd'hui c'était jour de bénévolat pour la Popote roulante. Et c'est de ça dont je voulais vous entretenir. Je voulais vous parler surtout des merveilleuses rencontres que cette activité me permet de faire. Alors je réfléchissais à la manière dont je pourrais expliquer ce que ça nous apporte de douceur dans notre âme d'aider à rendre le monde un peu meilleur. Et, tranquillement, parce que je fais presque toujours de la Popote plus, je me suis mise à penser à ce que je pourrais faire pour cette personne que je venais de visiter et qui trouve les repas congelés qu'elle commande pour la fin de semaine pas vraiment bons, puisse manger quelque chose qui lui ferait vraiment plaisir. Et me voilà partie dans ma tête à passer en revue les repas que je pourrais peut-être cuisiner pour elle et que je pourrais lui livrer sur mon temps. Elle est devenue une amie avec les années qui passent, pas seulement une cliente chez qui je dépose un repas. Mais, bon, me suis-je dit, faut que je me retienne. Elle a quand même de la famille qui peut sans doute s'occuper de ça. Je n'en suis pas certaine cependant.

Vous avez accroché sur Popote plus? Que je vous explique, C'est que, depuis le début de mon engagement de baladeuse-livreuse de repas, je n'arrive pas à me limiter à dire bonjour et à déposer les plats sur la table. C'est plus fort que moi. J'aime le monde. Et j'ai la très fâcheuse manie de me mettre facilement à leur place. Trop facilement. Si la personne est malade, c'est sûr que je prends de ses nouvelles. m'enquiert si elle a passé une bonne ou une mauvaise semaine, m'inquiète si elle est absente ou si elle ne répond pas à la porte. Si la personne semble isolée, pas trop bien nantie, c'est sûr que j'essaie de trouver des façons de lui apporter des petites douceurs, de l'écouter se raconter, de lui démontrer une attention particulière. J'ajoute en plus des chocolats aux livraisons pour toutes les fêtes de l'année, comme je le faisais quand je cuisinais pour Itinérance Zéro. Je donne des cartes de Noël à chacun et chacune. Si j'apprends que c'est l'anniversaire d'un de mes protégés (par là j'entends une des personnes chez qui je livre pendant la semaine), j'achète une carte, j'écris un mot. Je veux que la personne sente qu'elle a du prix, qu'elle est importante, qu'elle est aimée.


Est-ce que je cherche à recevoir une médaille quelconque? Oh que non! Des ailes d'ange? Oh que oui! Je suis convaincue que les anges existent et qu'ils sont parmi nous. J'ai déjà fait ma demande pour en devenir un. Il faut donc que je me pratique si je veux que mon cv soit retenu. C'est ainsi que je tombe souvent dans ce désir irrépressible de sauver le monde. Entendons-nous ici. Je ne veux pas les sauver contre leur gré. Et, pour moi, sauver le monde signifie surtout une présence. Être là pour ceux et celles qui en ont besoin. Démontrer de l'empathie, de la bienveillance, de l'amour. Faire une différence par un sourire, un geste, un service. Parfois, je me laisse emporter par ce désir de créer un monde meilleur. J'arrive même à croire que c'est possible de démontrer davantage de solidarité, de compassion, de souci envers tout ce qui nous entoure, végétaux, animaux et humains confondus. Hélas je désenchante rapidement, surtout quand je lis les journaux, ou que j'écoute les nouvelles et les gens parler autour de moi. "ON NE PEUT PAS SAUVER LE MONDE!", des gens sages, plus sages que moi sans doute, répètent avec conviction et vérité cette phrase censée tout régler, censée annihiler tout mouvement d'impulsion pour le changement. Je sais bien que, malgré tous mes beaux efforts, je ne peux pas sauver le monde. Mon problème, qui devient une grande souffrance pour moi, c'est quand je connais le monde à sauver. Ouais. C'est pas du tout la même chose quand la personne pauvre a un nom, un visage, une histoire que tu as appris à connaître. Même affaire pour le nouvel arrivant qui croise régulièrement ta route, qui t'a raconté son périple et que tu vois livrer combat pour un avenir plus ensoleillé. Et quand la personne malade c'est celle à qui tu apportes un repas deux fois par semaine, pour qui tu ouvres des couvercles récalcitrants, celle que tu as appris à aimer et à admirer parce qu'elle dit toujours qu'il ne faut pas lâcher. Et il y a cette jeune femme qui dit que tu es la livraison du bonheur. Et cet homme aux merveilleux yeux bleus qui cohabite avec son chat et qui capote parce que je lui apporte des muffins. Et cet autre qui vit dans un véritable taudis, qui m'attend sur une chaise dehors pour recevoir son repas. Il y a aussi tous ceux et toutes celles qui espèrent un appel, une visite d'un fils, d'une fille ou d'un ami. Il y a celle qui a peur de ne plus pouvoir parler parce qu'elle peut passer une semaine sans avoir à parler à quelqu'un. Il y a enfin toutes les fois où je sors d'un appartement, la larme à l'oeil, partagée entre la reconnaissance d'avoir une vie heureuse et ma totale impuissance devant ces inégalités révoltantes. 

C'est vrai. Je ne peux pas les sauver. Mais je peux les aimer en maudit par exemple.



mercredi 19 juillet 2023

Lente comme d'la mélasse au mois de janvier

 


Envahie, vous disais-je hier par la verdure sur ma terrasse, en voici la preuve! Mais comme me disait une amie, "tu dois être super contente que ce soit comme ça!", et elle a raison. Ouais, ça prouve que j'ai encore le pouce vert, mais il y a plus important encore. Ça me fait du bien. Ça me ressource. Comme toujours. Comme quand je sortais du garage avec ma petite brouette de jardinage (plus beau cadeau à vie offert par l'Homme) et que je me préparais à passer une partie de la journée à planter, à semer, à désherber, à sarcler, à admirer. Surtout admirer. Je sais encore faire ça, admirer.

Ainsi, tous les matins, je sors en pyjama sur ma terrasse avec mon arrosoir. Et j'inspecte mes plantes. Je les regarde grandir. Je les regarde lutter aussi contre trop de soleil ou vraiment trop de pluie. Et, comme j'ai la chance de vivre dans un havre de verdure, je lève la tête et je contemple l'érable et l'épinette qui se trouvent juste devant moi. Ce pauvre conifère avait une mine plutôt tristounette l'année dernière, beaucoup de branches sèches entre autres. J'aime croire que, grâce à mon énergie "verte", je lui ai donné la force de se battre. Il est magnifique cette année. Et tout mon regard embrasse ensuite les haies de cèdres, les petites collines vertes de la pelouse et les autres arbres du domaine et du quartier. C'est beau tout le temps parce que ça change au gré des saisons. L'été, j'ai l'impression de vivre sur un terrain de golf. L'hiver, j'habite un chalet en Suisse. Je suis reconnaissante de ma chance, de pouvoir encore entre autres m'endormir en voyant les arbres dehors comme dans la Maison. 

Alors, c'est ça. Fidèle à mon habitude, j'étais dehors ce matin. Je contemplais. Je respirais. Et cela a marqué toute ma journée. Je suis subitement devenue lente, très lente. J'ai eu le goût de prendre le temps. Il y a eu d'abord cette ondée qui est tombée sans s'annoncer (n'est-ce pas le propre de l'ondée, d'ailleurs, d'arriver inopinément?) devant l'Homme et moi qui prenions tranquillement notre café à l'extérieur. Devant nous, c'était un rideau de douce pluie. Un petit coup de tonnerre. Un peu plus d'eau. Et le soleil est revenu. Et la chaleur aussi. 

Lentement, j'ai décidé de cuisiner deux nouvelles recettes de muffins. Une autre activité de ressourcement pour moi. Pourquoi? Parce que je sais que je vais donner pratiquement toute ma production et que je vais faire des heureux. Ça me remplit de bonheur à l'avance. Que voulez-vous, j'ai gardé mon réflexe de mère, puis de cuisinière d'Itinérance Zéro. Je me trouvais drôle ce matin en sortant mes plats. Je me sentais à la fois fébrile et toute énervée d'essayer quelque chose de nouveau. De ce temps-là, je découvre le millet. Cela a commencé par une visite de la Maison Henry-Stuart la semaine dernière. Après avoir fait le tour des lieux, nous pouvions prendre le thé et déguster un morceau de pain au citron sur la terrasse. Coup de coeur de mes papilles gustatives, le pain contenait du millet. Gros miam. On pouvait avoir la recette. Je l'ai prise, bien évidemment, et cuisiné, bien évidemment aussi.

Donc, du millet, il m'en restait. J'ai cherché et trouvé une recette de muffins aux framboises et au millet. Recoup de coeur de mes papilles gustatives. Et regros miam. L'autre recette, des muffins aux bleuets, m'a moins épatée mais elle est quand même très bonne. J'ai pris une photo du muffin aux framboises pour l'envoyer à nos nouvelles amies qui habitent l'étage du dessus. Elles voulaient goûter. Je venais de placer deux muffins. Yé!!

Même habitée de la lenteur, je me disais qu'il fallait quand même que je brûle quelques calories. J'ai donc décidé d'aller marcher en fin d'après-midi. Une autre activité qui m'énergise au boutte. Il y avait un beau vent pas trop chaud, une belle journée d'été faite pour en profiter. J'ai trouvé la nature naturelle. 


Mais je me suis attardée aussi à la nature "aménagée" à grands frais l'année dernière le long de la piste cyclable qui se trouve au bout de notre rue. Cette nature "artificielle", eh bien, elle n'a pas été entretenue du tout. Alors les belles plates-bandes, bien délimitées par du paillis, sont vite revenues à l'état sauvage. Car oui, la nature naturelle nabandonne jamais. Nous avons donc droit à un aménagement mixte avec les plantes indigènes qui revendiquent leur territoire et les plantes "sophistiquées" qui n'ont décidément pas les armes voulues pour contester quoi que ce soit. Cela donne des résultats, ma foi, étonnants.


 
Les petites fleurs bleues, là, ben elles ne devraient pas être là. 




Et les rudbeckies jaunes, ici, elles ont perdu la bataille je crois bien.

Vous savez que j'ai fait une plainte à la Ville à ce sujet. Moi j'adore les aménagements naturels. Mais j'apprécie aussi les aménagements "planifiés" sauf quand on ne les entretient pas. Si on dépense de l'argent, notre argent, pour faire des plates-bandes le long d'une piste cyclable et qu'on est pas capable ensuite de les entretenir, moi je dis qu'il faut alors laisser Dame Nature faire sa job. De toute façon, elle sait beaucoup mieux que nous et ça ne coûte rien.

Je termine avec cette réflexion qui n'a rien à voir avec les plates-bandes. Ça c'est un autre combat. J'ai constaté que la lenteur qui a caractérisé ma journée d'aujourd'hui a fait fuir un peu de ma lourdeur. C'est encourageant. Ça donne de l'espoir pour la suite. Et puis, écrire, ça fait rudement du bien aussi.



mardi 18 juillet 2023

Le temps est lourd ma Nicole


Cette phrase me trotte dans la tête depuis des jours. Elle va avec ce serrement de poitrine qui m'accompagne depuis un bout et cette tristesse toujours sur le bord d'éclater. Ça fait longtemps que je n'ai pas écrit. J'ai eu peine à me connecter au blog, cet outil que j'ai alimenté tellement souvent. Je garde tout en dedans maintenant. La pandémie, la maladie, le déménagement, c'est beaucoup pour quelqu'un qui a besoin de sécurité et de repères. J'ai tenté d'accepter sereinement tout, mais je n'y arrive pas. Voilà, c'est dit.

Alors je lutte pour ma survie et, comme la plante de la photo, je cherche la lumière. C'est de plus en plus difficile de voir de la lumière de nos jours. Je me suis rendue compte seulement récemment qu'après avoir parcouru les journaux le matin, je tombe dans les limbes de l'angoisse et du désespoir. On dirait que rien ne va plus nul part. Et que ça ne sert donc à rien de tenter d'exprimer sa frustration. D'ailleurs, là, j'ai rudement envie de lâcher le clavier. Avant de commencer à écrire, je m'étais dit pour me motiver que si je trouvais une photo qui m'inspirait, eh bien, je reprendrais du service. Je me suis donc rabattue sur cette plante résiliente que j'ai croquée la semaine dernière en parcourant mes trottoirs chéris. Oui, je suis encore la Marcheuse urbaine. C'est toujours dans la ville que j'aime le mieux aller prendre le frais. Je traîne mon cell et j'ai l'oeil à l'affût. De ce temps-là, je cherche la nature naturelle, vous savez celle qui est belle sans effort, celle qui se bat pour continuer à vivre. Comme moi.

J'en trouve toujours un bout quelque part, Dans une flaque d'eau. Entre deux craques de trottoir. Sur le bord de la rue. Dans les ruines de l'ancien jardin du couvent près duquel j'habite. Je suis surprise de la beauté qui éclate malgré tout. Malgré tout ce que l'on fait pour la détruire et l'anéantir. Des fois, on lui passe dessus avec une tondeuse, mais elle arrive à repousser. On la piétine, mais elle se redresse. On bâtit autour d'elle ou sur elle, mais elle trouve une interstice et elle se pointe le bout du nez. Elle est un exemple de résistance. Un exemple dont je devrais m'inspirer. Hélas, je suis seulement capable de l'admirer mais pas de l'imiter. Moi, je suis trop découragée et trop fatiguée pour me battre. J'arrive encore à me persuader que je peux faire une différence, que mes petits gestes ont une raison d'être et qu'ils peuvent aider. J'imagine que oui, J'espère que oui. 

Le temps est lourd ma Nicole car notre monde s'écroule. Les valeurs auxquelles je crois si fort ne signifient plus rien aujourd'hui. J'aime encore rire mais ça arrive pas mal moins souvent. Heureusement, il y a encore et toujours l'Homme pour m'accompagner dans ce parcours du combattant. Et mon trio félin dont la présence me rassure et me console.

Je viens de me relire et, oui, c'est lourd. Comment terminer avec un peu de légèreté? J'ai mis trop de plantes sur ma terrasse et je suis envahie par mes végétaux. Littéralement. J'imagine que c'est le vague à l'âme de mes plates-bandes d'antan qui m'empêche de respecter les nouvelles limites de mon micro jardin. Bon, même ça c'est encore lourd. Serait-ce ma nouvelle réalité? Je ne sais pas. Je vais y réfléchir et je vous reviens.







 

mardi 22 mars 2022

L'incroyable lourdeur de rester

Restes de Noël
Restes de banc de neige
Restes d'automne
Restes de couvent, de foi, de valeurs
Une heure et demie à marcher et à me répéter qu'est-ce qui reste au juste? On avait dit que la pandémie, cet horrible fléau, allait enfin tout changer. Quelle naïve je suis d'avoir même un bref instant cru que le monde allait changer! Non, le monde n'a pas changé et moi, pessimiste finie, je le trouve même encore plus cruel et individualiste. Nous étions pour devenir plus solidaires les uns des autres. Ah oui? Est-ce qu'il y aura demain, dans le budget "non électoraliste" qui sera déposé, des mesures entre autres qui permettront à toutes et tous de mieux vivre? Car une personne seule sur l'aide sociale doit encore se débrouiller avec 726 $ par mois pendant que le coût moyen d'un logement de trois pièces et demie est de 783 $ dans notre beau Québec. Pas grave. Qu'ils restent en chambres... et qu'ils tournent en rond en regardant les murs. Ce peut être tellement aliénant que des personnes dans cette situtation attendait en ligne le matin qu'on ouvre les portes de la soupe populaire pour laquelle j'ai bénévolé afin de voir du monde. L'été, on peut aller jouer dehors, mais l'hiver, avec le froid, on dure pas longtemps. Y aura-t-il de la place pour des logements à prix modique dans ce budget? Une augmentation du salaire minimum? Un financement adéquat des organismes communautaires? Encore aujourd'hui on annonçait la fermeture possible de La Barrate, organisme de Québec qui fournit des repas à des personnes âgées ou seules, à des personnes en situation d'itinérance, à des organismes oeuvrant en santé mentale et aux réfugiés d'un centre multiethnique. Elle permet aussi à des personnes de participer à un programme de réinsertion professionnelle. Mais ce sont des restes qu'on donne à ces organismes. "En temps normal, dans une société riche comme la nôtre, qui financerait son milieu communautaire sur le sens du monde, on n'aurait pas besoin de compter sur des fondations privées et des Centraide de ce monde", dénonce le directeur général.

Et que dire des restes d'humanité. Dans sa chronique de lundi dans Le Devoir, Jean-François Nadeau soulignait que, "de 1496 avant Jésus-Christ à 1861 de notre ère, à l'heure où les États-Unis s'entredéchirent dans une guerre civile, il y a eu 219 années d'une paix relative. Vu autrement, sur 
3358 ans, ce sont 3139 années qui ont été consacrées à guerroyer. Est-il besoin d'ajouter le triste 
XXe siècle dans la balance?". Alors, il n'y a pas de surprise dans la guerre en Ukraine. C'est la suite logique de la poursuite du pouvoir par un dictateur animé d'un désir morbide de dominer le monde, comme les méchants dans les James Bond. D'ailleurs, je me suis toujours demandée ce que l'on fait avec un monde qu'on domine mais qu'on a complètement détruit, un monde en ruines. Et que dire de ceux qui restent autour de toi, qui ont sans doute été torturés et emprisonnés. C'est sûr qu'ils te vouent un amour profond. J'imagine qu'en haut de notre tour d'ivoire, on se fout bien de l'amour, de l'amitié, de la solidarité, de la liberté (mot qui a malheureusement été tellement malmené et mal compris au cours des derniers mois).

Alors, il reste quoi? Pour moi, surtout la famille, les amis. On dirait que lorsque tout tombe autour de soi, lorsque tout semble se déglinguer, on a envie que notre noyau fondamental soit plus soudé que jamais. Mais non, même là, on se donne dorénavant trop souvent des restes. Et la pandémie avec ses peurs et ses confinements est venue transformer nos rapports familiaux. Plus de caresses, plus d'étreintes, plus de baisers quand on arrive miraculeusement à se voir. On garde ses distances, parfois même son masque. On a tant bien que mal tenté de remplacer les vrais contacts par des zooms aseptisés. Bon, tant qu'à pas se voir du tout, l'écran, c'est une image au moins. Une image de ce qu'on est mais surtout une image de ce qu'on était. Puisqu'on n'a plus de rencontres familiales (ou si peu), on a perdu la façon de faire "ensemble", la façon de se recevoir avec chaleur, avec plaisir, avec joie. Des fois, il fallait compter des bulles pour savoir qui avait le droit de venir en boire justement à la maison. On s'est éloigné... surtout les familles dispersées géographiquement. Pas mal plus difficile d'organiser une petite rencontre sur le patio ou dans un banc de neige quand on vit à des kilomètres de distance. C'est mon lot. Et j'en souffre tous les jours. Encore plus parce que je me sens comme un reste, un vestige du passé, un pauvre rappel du monde d'avant. Un appel téléphonique? Ce n'est plus au goût du jour. Dommage. Je me rappelle avec beaucoup de plaisir les conversations que j'avais avec ma maman deux ou trois fois par semaine. C'était ma façon de garder contact avec notre quotidien. Et dire qu'on payait les interurbains dans ce temps-là, et ça coûtait cher. Peu importe. J'étais toujours contente d'entendre sa voix. Mais ma vieille personne comprend que les signaux de fumée, c'est terminé. Alors, des textos? Je ne semble pas vraiment maîtriser cette technologie et ses exigences car je reçois peu de réponses. Je souffre car je ne sais plus comment faire pour retisser des liens étiolés. On dirait que j'ai tout perdu dans la pandémie. Et là, mon papa malade. Chaque petit moment deviendra encore plus important. Comment faire pour trouver de la légèreté à rester? Je ne sais pas. Je me sens juste épuisée et lourde comme une roche.

jeudi 17 mars 2022

L'envers du miroir

Ce n'est pas la première fois que je me laisse séduire par les flaques d'eau et que j'arrête mes pas pour contempler le monde autrement. Aujourd'hui, c'était un de ces temps d'arrêt où j'ai marché mais en étant constamment à l'affût des images renversées qui se présentaient à moi. Ainsi, pourquoi cet immense pin a-t-il retenu mon attention? Justement, voir ce géant être contenu dans un si petit trou m'a tout de suite frappée. Comme si toute la force du monde pouvait à la fois être emprisonnée mais sans rien perdre de sa puissance. J'étais aussi intriguée par le bout de l'arbre perdu dans une autre cavité, celle-là remplie de boue. On pourrait croire que l'arbre va être éventuellement aspirée par la vase mais moi je préfère croire que les débris vont plutôt lui servir de nourriture et le rendre plus fort. Peu importe... l'image vaut le temps suspendu.
Dans ce cas, j'ai été attirée d'abord par les arbres mais, en y regardant de plus près, j'ai été surprise par l'immense butte de neige que je pouvais aussi apercevoir à l'arrière-plan, une colline brune qui transformait l'image en véritable paysage lunaire. On dirait qu'avec l'arrivée du printemps, on réalise tout d'un coup à cause de la présence de ces buttes parfois plus hautes que les maisons, que l'hiver a été long... et rigoureux. Qu'il y a eu beaucoup de neige qui est tombée. Qu'il a fallu tant bien que mal lui trouver une place dans notre vie. Qu'on pouvait bien la pelleter et la souffler mais qu'on ne pouvait pas la faire disparaître. Il fallait attendre. Patienter jusqu'à ce que le temps fasse son temps, et qu'une nouvelle saison se dessine à l'horizon. Quand même étrange que je n'ai rien vu venir. Ni l'accumulation constante des flocons, ni la façon dont ils arrivaient à se frayer un chemin envers et contre tout. Et là, ce sera encore une fois le miracle de voir fondre ces mastodontes blancs et d'assister à leur ratatinement jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'un amas de roches et de sable sur nos terrains ou dans le fond d'un stationnement de centre commercial. Ouais ce gros banc de neige ne sera plus que minuscule tache blanche dans peu de temps.
Une maison à l'envers! C'est beau. Ça se peut. Tout est possible. Faut juste croire et voir. Rien de plus à rajouter.
Oeuvres d'art. Images finement ciselée. Y avait aussi des gouttes d'eau qui tombaient pendant que je n'arrivais pas à me décider quel angle choisir pour immortaliser la beauté. Je suis encore et toujours en constante admiration devant la nature qui nous entoure. Devant sa simplicité à nous démontrer qu'il n'y a pas lieu de chercher au bout du monde pour trouver la paix, la joie de la découverte, l'apaisement de contempler, le plaisir d'écouter les multiples sons de sa voix, le charme de ses odeurs. Tous nos sens sont en éveil quand on est dehors, quand on respire, quand on profite de notre chance de pouvoir marcher sans entendre autre chose que des bruits purs et non menaçants. L'envers du miroir paisible de ma promenade printannière, c'est la guerre. Je pense à toi Ukraine.

dimanche 9 janvier 2022

En 2022, fleurir une place à moi!

 

Depuis quelques années, sur la suggestion de ma psy, je bricole des résolutions de Nouvel An. En fait, ce ne sont pas vraiment des résolutions réfléchies mûrement et longuement mais plutôt des idées qui émergent à la suite d'un exercice combinant la recherche d'images et de mots qui me parlent. Tout ça, évidemment, en me laissant guider uniquement par mon intuition. Le résultat est, ma foi, étonnant et très révélateur.

Voici donc le bricolage de l'année 2022. Je ne sais pas trop si mes qualités de photographe vous permettront de vraiment l'apprécier mais la suite de l'exercice nécessite maintenant que je réflexionne sur l'affiche ainsi créée. Et j'ai décidé cette année de réflexionner "public", c'est très tendance paraît-il.

Première observation : j'adore l'oiseau sur la branche. Je l'ai choisi pour illustrer le "regard neuf". Je ne sais pas si c'est réussi mais l'air un peu étonné du volatile sur sa branche posé me fait beaucoup sourire. En plus, il observe tellement fixement, trop peut-être. C'est peut-être ça mon problème. À trop regarder, on ne voit plus rien. Faut plutôt se garder prêt à être surpris par ce qui se passe sans avoir le "fixe". Car les changements se multiplient à une vitesse si effrénée  qu'on a peine à suivre. La pandémie qui s'étire nous donne bien de la matière à cet égard. Je dois dire que je commence à ressentir une petite fatigue et la nécessité de constamment s'adapter m'épuise. En même temps, force m'est d'admettre que lorsque je réussis à comprendre et à maîtriser une des trop nombreuses consignes sanitaires, souvent à la fois contradictoires et abracadabrantes du Dr Arruda et compagnie, je me dis que je suis pas mal résiliente et que je devrais aller m'acheter un billet de loto! Et puis, si un jour je n'arrive pas à renouveler ma façon de penser, j'aurai au moins comme l'oiseau éberlué le loisir de passer à une autre branche.

Ensuite, la petite fille qui jardine m'a tout de suite charmée. Elle me rappelle la nature que j'aime tant, et le jardinage bien sûr. J'ai décidé qu'elle cultiverait les mots que j'avais découpés car ils illustrent à merveille ce que je voudrais absolument récolter cette année : la santé, la vitalité (et à Québec, ma nouvelle ville d'adoption, c'est encore plus facile!), l'espoir au bout du chemin qui aura été long et ardu depuis les derniers mois, et, enfin, une longue vie, je l'espère de tout coeur.

Enfin, le mot "fleurir" est le premier que j'ai découpé. Pour moi, il est synonyme d'épanouissement, de renouveau, de changement, d'espérance, de beauté, d'émerveillement. Je me souhaite donc, en 2022, de fleurir une place à moi. Je devrai d'abord réussir à aménager ma petite terrasse pour la transformer en écrin de verdure et en oasis de paix. Tout un défi que je me sais toutefois capable de relever avec tout l'enthousiasme de la jardinière passionnée que je suis! Mais je veux aussi fleurir un coin de mon âme pour y trouver le calme et l'apaisement. Là j'entre dans un terrain moins connu mais que je tiens absolument à explorer. Je crois que, sans le savoir, je l'ai illustré avec le vide qui se trouve à droite de l'affiche.

En fait, c'est ce que j'ai trouvé le plus difficile à faire : résister à l'envie de découper autre chose pour combler le vide. Je me disais : "ben, voyons, me semble qu'il manque quelque chose". J'ai même repris quelques-uns des magazines déjà feuilletés pour tenter de trouver le ou les éléments manquants. Je ne trouvais rien qui me parlait ou qui me semblait nécessaire d'ajouter. J'ai ressenti un grand soulagement en me rendant compte que ce n'était pas obligatoire de tout remplir. Que je pouvais attendre. Que je pouvais aussi ne rien mettre et juste jouir du vide. Que je pouvais simplement profiter de ce qui était et apprécier au moment opportun ce qui sera. Comme se plaisait à le répéter un vieux curé de mon enfance du haut de sa chaire à la fin de chacun de ses sermons : "C'est la grâce que je vous souhaite de tout mon coeur mes biens chers frères (pas de iel à cette époque)". Et c'est assurément la grâce que je me souhaite. De tout mon coeur.


mercredi 13 octobre 2021

Des maux en hein?

Mignonne, privilégiée du système

Hier, 11 h 30. Mignonne avait rendez-vous chez le vétérinaire pour une prise de sang en raison de son problème de glande thyroïde. Dès que je mets le pied dans la salle d'attente, une technicienne vient à ma rencontre et s'empare de la cage de ma féline. Dix minutes plus tard, elle est de retour. Elle m'annonce que les résultats me seront communiqués par téléphone. Toujours hier, 18 h. Le combiné carillonne.  C'est la clinique vétérinaire qui m'informe que le médicament pris par Mignonne depuis quelques mois contrôle magnifiquement son problème de santé. La technicienne en profite pour me rappeler que Mignonne aura un autre suivi dans six mois, moment où elle aura également son examen annuel. Oui, oui, vous avez bien lu. Elle a droit à un examen annuel et pas à un examen périodique comme le système de santé pour humains le recommande maintenant. Et pour cause. Je ne sais pas comment ce serait possible de nous offrir autre chose avec les ressources dont nous disposons à l'heure actuelle. 

Alors, je vous le demande : Injustice ou Infamie?

Aujourd'hui, midi. J'entre dans un magasin dit "santé" et je constate que les deux jeunes hommes me précédant tardent vraiment à se masquer. Nous sommes maintenant dans le magasin, pratiquement dans la section fruits et légumes, quand ils se décident à dégainer. Ouais. Mais leur masque, ils le portent sous le nez. Ça c'est efficace. Ils doivent faire partie de ceux qui se disent en tellement bonne santé qu'ils n'ont pas besoin de se préoccuper outre-mesure de ce soi-disant virus. Parce que moi j'y crois au virus, surtout depuis que j'ai eu un test positif et des symptômes pas trop sévères mais quand même passablement désagréables, je cherche du regard un employé susceptible de remarquer ce manque aux consignes et de les avertir en conséquence. Peine perdue. La majorité des employés de ce magasin portent le masque sous le nez. J'ai même vu une caissière se frotter le nez avec sa main et reprendre son travail sans se "pureller" comme il se doit et sans remettre son masque correctement évidemment. J'ai envoyé un courriel au magasin parce que oui, j'étais outrée de ce laisser-aller.

Que penser donc : Insensibilité ou Intolérance?

Toujours aujourd'hui, en après-midi. Je marche dans le quartier comme je le fais régulièrement. Il fait tellement beau. Le vent est chaud. Les feuilles tourbillonnent autour de moi. C'est magique. Jusqu'à ce que je remarque, ce que j'ai déjà vu mais qui me frappe encore un peu plus au plexus, la "piste" de masques abandonnés le long des sentiers, sur les trottoirs, dans les pelouses, bref, partout. Non, mais, quelle société est celle dans laquelle nous vivons! Les masques jetables mettent jusqu'à 450 ans à se désagréger dans la nature. Et même si on fait partie de celles et de ceux qui s'en contrebalancent de la planète, on peut au moins s'entendre sur le fait que c'est absolument dégueulasse de jeter son masque par terre. Garde tes microbes pour toi, ok!! 

Je vous interpelle : Insouciance ou Indifférence?

Encore et toujours aujourd'hui, dans deux arrières cours près de chez vous. Je déambule sur mon sentier. Je respire l'air vivifiant. Je me gave des odeurs de l'automne et je savoure les rayons du soleil. Bref, je jouis de ma promenade en me disant que je suis bien chanceuse d'être à la retraite et d'avoir le temps de profiter de la vie, et d'être en santé, et d'avoir le chance de rester dans un environnement aussi magnifique. Tout d'un coup, ma quiétude est bousculée par un bruit que je n'arrive pas à identifier de suite. Et là je la vois. Une dame, de mon âge ou plus, armée d'un râteau, donne des coups sur les branches d'un érable de sa cour pour en faire tomber les feuilles. Et elle s'acharne ma foi. Paf! Paf! J'imagine son discours : "Tiens les feuilles, vous allez tomber mes maudites, c'est aujourd'hui que j'ai décidé que c'était le temps de vous ramasser". Je stoppe net. Je suis sidérée. C'est donc vrai que des personnes âgées, qui devraient prendre la vie comme elle vient et la laisser doucement s'écouler, ne sont pas toujours zen. C'est pourtant si beau le spectacle des feuilles qui virevoltent en se détachant de leur arbre-mère. Quand j'avais mon arbre, mon Vénérable, j'attendais que plein de feuilles jonchent le sol pour m'y vautrer. Ah! se coucher dans un tas de feuilles sentant l'humus à plein en contemplant le ciel, quel beau souvenir quand même.

Je poursuis ma route. Je suis maintenant dans une rue parallèle à mon sentier. Je passe devant une maison que j'ai déjà repérée parce que je trouve l'aménagement paysager absolument superbe, superbe en fait jusqu'à la perfection. Son proprio coupe aux ciseaux les brins d'herbe qui longent les plates-bandes. Aujourd'hui, lui aussi avait décidé de s'attaquer aux feuilles qui avaient osé se déposer sur sa pelouse. Et, pour ce faire, il avait choisi, je vous le donne en mille : l'aspirateur!! Ça semblait compliqué et fastidieux cependant cette méthode de nettoyage. 

Et puis, quel qualificatif pour ces deux rencontres : Incongruité ou Impatience?

15 octobre. C'est bientôt ça. Les visiteurs dans les CHSLD, en plus de porter le masque, devront montrer patte blanche et passeport vaccinal. Les employés, eux, ne seront même pas obligés d'être vaccinés. 

Je vous laisse avec ça : Incompréhension ou Incohérence