La méditation, la méditation, c'est pas une raison pour penser! Mais c'est une maudite bonne raison pour s'introspecter par exemple. Alors, ce matin, entre des voix aériennes de fées et les bruits d'une rivière dans laquelle nous étions appelés à jeter tout ce dont nous n'avions plus besoin, Cyril s'est invité avec une de mes fameuses pensées récurrentes.
C'est que, voyez-vous, j'ai retrouvé dernièrement une prière que je récitais tous les soirs lorsque j'étais à l'université. Oui, ma foi m'accompagnait dans ma vie d'étudiante terrifiée de se retrouver dans un milieu inconnu. Perdue dans une ville que je ne connaissait pas, entourée de gens qui m'étaient tous étrangers et appelée à me débrouiller toute seule pour la première fois depuis mon arrivée sur Terre, je capotais. Heureusement que j'avais la foi. Celle-ci m'a toujours aidée dans les bons et moins bons moments. Quand je me rendais au pavillon Lemieux de l'université Laval pour la messe du dimanche, je retrouvais des gestes familiers, des paroles rassurantes et des personnes qui partageaient mes valeurs. Cela apportait un baume au coeur de l'anxieuse finie que j'ai toujours été.
Bref, un 4 novembre 1974 (c'était ma première session d'études), je rapporte à ma chambre de traductrice en devenir cette prière de François d'Assise dans laquelle il demande au Seigneur de faire de lui un instrument de paix. Comment s'opposer à un but aussi noble me disais-je déjà à l'époque?
Remplacer la haine par l'amour, l'offense par le pardon, la discorde par l'union, l'erreur par la vérité, le doute par la foi, le désespoir par l'espérance, les ténèbres par la lumière et la tristesse par la joie.
Voilà pour la première partie de ce beau texte. Avouez que c'est toujours d'actualité. Je me souviens que c'était surtout la mention du désespoir et de la tristesse qui venait me chercher. Car, oui, j'étais désespérée et triste. Je m'ennuyais tellement de ma famille laissée au Saguenay. Entre les quatre murs de ma chambrette, il n'y avait rien à faire que d'étudier. Je n'avais pas encore d'amis, alors je ne sortais pas. Je sais, c'est pathétique mais c'est comme ça. Je n'avais pas vraiment été préparée à vivre ma vie d'adulte. Vous savez cet adage qui parle des oiseaux qui doivent quitter le nid, ben, selon moi, c'est toujours mieux qu'ils soient capables de voler avant de les jeter au grand vent! Mais c'était comme ça que j'avais été élevée et je me suis débrouillée pour terminer mes études et prendre éventuellement ma place dans la société.
Je reviens à cette prière que j'ai décidé de recommencer à réciter au moins une fois par jour. Pourquoi? Il n'y a pas de hasard, dit-on. Compte tenu de la situation actuelle qui prévaut entre le Fils, la Fille et moi, j'ai pensé qu'il serait bien que je retravaille sur la paix.
Ne pas tant chercher à être consolée qu'à consoler, à être comprise qu'à comprendre, à être aimée qu'à aimer.
C'est la deuxième partie de la prière de François. C'est celle qui me pose problème et avec laquelle Cyril me revient constamment. Ce matin, sur ma chaise de méditante, ces paroles se sont donc de nouveau imposées à mon esprit. Essayant tant bien que mal de demeurer un observateur de mes pensées, j'ai encore ressenti le caractère impossible de ce défi pour moi. J'ai voulu y voir de plus près. Serait-ce parce que je ne suis pas capable moi-même de me consoler, de me comprendre ou de m'aimer que je suis pas en mesure de le faire pour les autres? Sans doute. Ce serait un bon début. En même temps, j'éprouve une grande colère quand je récite ces paroles. Pourquoi est-ce que je n'aurais pas le droit d'être consolée? C'est beau se consoler soi-même mais, des fois, ça fait beaucoup de bien de sentir que notre peine est accueillie. Idem pour l'amour et la compréhension. Dans le conflit que je vis avec le Fils et la Fille, c'est ce qui me fait le plus souffrir je crois : le manque d'empathie, de bienveillance et de douceur. Et je m'inclus là-dedans. Mais comment faire bouger les plaques tectoniques toute seule? Impuissante je suis.
C'est en donnant que l'on reçoit, en s'oubliant que l'on trouve, en pardonnant que l'on est pardonné et en mourant que l'on ressuscite à l'éternelle vie.
Finalement, c'est l'objectif de toute une vie que d'être des artisans de paix, avec ou sans religion. Faut juste croire qu'on peut y arriver et travailler d'arrache-pied pour semer l'amour autour de soi. Comme disait notre vieux curé du haut de sa chaire : "C'est la grâce que je nous souhaite de tout mon coeur!".