mardi 22 août 2017

Une femme à la mer (1re partie)

Voguez, voguez petits bateaux
Que je voudrais frêles esquifs
Pourtant ce sont fiers paquebots
Qu'en pleurant je lance sur l'eau
Avec le fol, naïf, absurde espoir
Qu'ils voudront revenir de temps à autre au vieux port
Pour se rappeler le tin qui les a soutenus
Quand ils étaient encore en radoub




Voilà. Je suis vieille. La preuve? Je vais au magasin quand je n'ai plus le choix de remplacer des vêtements qui m'abandonnent littéralement parce que trop usés. Pourquoi j'attends aussi longtemps? C'est que je déteste de plus en plus d'avoir à chercher des accoutrements dans lesquels je me sens bien et qui ne coûtent pas trop cher. Quand je me retrouve finalement dans la salle d'essayage, c'est ma mère que je revois. Oui, elle qui avait souvent mal aux jambes et qui, pour enfiler un pantalon, devait se donner un petit élan pour soulever rapidement sa jambe et l'entrer au plus vite dans le vêtement en espérant qu'elle réussirait du premier coup. Là c'est moi qui ai mal aux hanches et qui justement reproduis le saut maternel que je trouvais un peu bizarre. Un autre comportement qui n'était pas le mien autrefois fait en sorte que, lorsque je trouve enfin le vêtement désiré, j'en achète plusieurs exemplaires. L'automne dernier, je suis revenue avec trois paires de jeans identiques et deux chandails du même modèle mais pas de la même couleur. Que voulez-vous? J'ai encore légèrement conscience de l'image que je pourrais projeter en portant continuellement la même chose. Ce comportement que je ne croyais pas nécessairement avoir adopté pour de bon s'est de nouveau répété récemment avec l'achat de deux pyjamas du même modèle. Je n'ai plus envie de me casser la tête. J'aime un vêtement. Je me sens bien dedans. Je voudrais en avoir un tiroir plein mais, surtout, je voudrais que mes fringues ne s'usent jamais.

J'ai écrit ces deux petits paragraphes il y a plusieurs mois. Je pensais en faire un article qui n'a finalement pas abouti. Le thème, par contre, revient inlassablement dans ma tête. Et là, force m'est de constater qu'après plusieurs jours de plage et de mer à me faire chauffer continuellement la caboche par un soleil ardent lorsqu'il n'est pas éclipsé, mon sentiment d'être emportée contre ma volonté vers des cieux que je n'ai pas choisis revient en force. C'est que la mer m'offre la métaphore parfaite de ce que je ressens. Ça m'est sauté en pleine face ce matin en déjeunant avec l'Homme et la soeur Psy avec qui je vacationne à Ocean City alors que je leur faisais subir une envolée virulente sur ma décrépitude technologique cette fois. Oui, voilà un autre domaine de ma vie où je me sens maintenant toujours dépassée. Dès que j'arrive à comprendre une nouvelle application, à utiliser un nouveau programme, à manier un nouvel appareil, je suis confrontée au satané progrès. C'est pareil comme sur le bord de la mer. Tu commences à savoir comment prendre les vagues sans te ramasser la face dans le fond de l'eau, tu arrives à garder ton équilibre malgré les courants contraires que tu n'as évidemment pas vu venir, tu t'es presque convaincue que tu n'avais pas l'air tant que ça d'une vieille matante dans un costume de bain qui n'est pas un burkini mais presque quand... une grosse maudite vague vient te frapper de plein fouet et te fait exécuter une culbute involontaire qui envoie tes verres fumés au diable vauvert et ton orgueil au large. C'est comme ça que je me sens depuis que je prends conscience avec trop d'acuité de mon processus de vieillissement.

Certains me diront, la soeur Psy pour ne pas la nommer, qu'il existe des cours pour personnes âgées technologiquement analphabètes. Ben oui, c'est vrai. Ma crainte? C'est que d'ici à ce que je déniche le cours en question et que j'arrive à comprendre quelque chose je sois de nouveau emportée par le courant. D'autres me lanceront que j'exagère, l'Homme pour ne pas l'identifier, et affirmeront que je vois tout en noir. Mes compagnons me font presque passer pour une rebelle au changement, une indécrottable mésadaptée. Peut-être que c'est ce que je suis devenue après tout et pourtant... j'essaie de ne pas me laisser dépasser et de garder une place, ma place, dans cette vie qui s'écoule trop vite. J'ai bien quelques faiblesses, j'en conviens. Ainsi, je cherche encore les oisillons dans le nid vide de ma maison. Je ne suis pas vite à comprendre, ça c'est certain. J'accepte tant bien que mal d'avoir été remisée sur la voie d'accotement depuis que je suis à la retraite. Je suis dorénavant comme les vaches qui regardent passer les trains. J'observe les gens qui courent, qui sont occupés, qui ont des choses à faire, des choses importantes à faire. Pas juste jardiner tranquillement, faire des mots croisés, lire un journal sur support papier, cuisiner des muffins et s'entêter à en faire congeler pour des oisillons envolés. Voyez, là, je me rends bien compte que quelque chose ne tourne pas rond car les larmes coulent sur mes joues et je ne devrais pas pleurer. Ça m'énerve cette habitude-là d'avoir les yeux qui coulent tout le temps. Un autre signe de l'âge qui avance j'imagine. Les liquides débordent. Les digues cèdent. Je me mouche et je reviens.

dimanche 18 juin 2017

L'essentiel est invisible pour les yeux

Depuis quelques semaines, je marche tous les matins très tôt. J'ai décidé en fait de profiter à plein de l'été, de ses odeurs, de son soleil, de ses couleurs. Alors, dès que j'ouvre les yeux, s'il ne pleut pas, j'enfile mes espadrilles et, en bonne Marcheuse Urbaine que je suis, je me lance sur mes trottoirs chéris.

Mes promenades matinales ont toutefois amené un changement à ma routine qui prévoit normalement une méditation en pleine conscience au lever du jour. Je pratique donc maintenant ma zénitude au gré de mes pas. Ce n'est pas évident. C'est sûr que les pensées m'entraînent souvent bien loin du bruit que je fais en marchant sur de petites roches ou des brins de gazon. Dès que je m'en aperçois, je reviens au moment présent. Je respire à fond l'air estival qui change constamment selon les arbres ou les fleurs alors en explosion. J'essaie aussi de sentir la chaleur des rayons du soleil sur ma peau, ou le vent qui vient sécher ma sueur lorsqu'il fait trop chaud. Je fais appel à tous mes sens pour profiter à plein de mon expérience. Ainsi, j'adore écouter les oiseaux chanter et, ô bonheur suprême, surprendre le bruit de leurs ailes qui battent lorsqu'ils passent à plusieurs au-dessus de ma tête. On dirait de petits moulins à vent. C'est vraiment sublime. Je suis toute excitée aussi quand je surprends une bête "sauvage", comme une mouffette ce matin dont j'ai vu la queue qui dépassait au travers d'un bosquet.

Je ne me lasse pas d'admirer la beauté de la nature. J'aime toutes les saisons mais c'est sûr que l'été revêt un caractère spécial avec sa myriade de couleurs et de parfums. Et puis, même à la retraite, je pense encore aux vacances. C'est sans doute un réflexe trop bien ancré pour qu'il disparaisse même après plusieurs années de farniente. Aujourd'hui, je me suis d'ailleurs surprise à fredonner "Un air d'été, tout léger, tout léger, ... prière de ne pas déranger, je suis en vacances". À ce moment de mon bonheur tranquille, j'étais presque rendue à la plate-bande sauvage qui avait tellement retenu mon attention hier que je m'étais arrêtée pile devant pour l'admirer. Moi qui jardine avec ardeur, je suis quand même obligée d'admettre que je suis incapable de rivaliser avec Mère Nature. J'ai beau acheter de nouvelles plantes, modifier les arrangements d'une année à l'autre, harmoniser les couleurs pour tenter de trouver la combinaison idéale, je ne réussis jamais à obtenir la parfaite composition des plantes qui ornent les champs, les fossés, les bords de chemin et tout autre endroit même minuscule où Mère Nature s'est activée.

C'est donc un magnifique arrangement de fleurs sauvages, installées dans ce que j'ai deviné avoir déjà été une plate-bande en raison des copeaux de cèdre qui s'y trouvaient encore, qui avait stoppé mes pas hier matin. Je n'en revenais tout simplement pas de voir les graminées qui ondulaient derrière de petites fleurs jaunes et bleues que je ne pouvais identifier mais qui se mêlaient à d'autres que je connais comme des cléomes et des campanules. Ces dernières devaient sans doute être des vestiges de l'ancienne plate-bande et, en magnifique ouvrière qu'elle est, Mère Nature les avait tout bonnement incorporées à son oeuvre horticole. Quelle beauté pour les yeux! C'est comme si tout avait été pensé d'avance, les plantes choisies selon leur hauteur et leur couleur. L'arrangement étant situé tout près de la clôture qui mène au Rapibus, je me disais que ce serait bien agréable pour les travailleurs de contempler ce spectacle féérique avant d'entamer leur journée de labeur.

Le coeur en fête et la tête encore remplie des paroles de la chanson de Pierre Bertrand, j'arrive devant ma plate-bande improvisée pour constater avec horreur qu'elle avait été totalement rasée! Il ne restait que des morceaux de tiges, de feuilles et de fleurs sur le trottoir car, bien évidemment, la personne qui avait passé la tondeuse sans même s'arrêter pour voir la beauté, n'avait rien ramassé. Il ne subsistait qu'une pauvre petite cléome sur le bord du trottoir. Comment avait-elle survécu au massacre, je n'en sais trop rien, mais je n'ai pas pu m'empêcher de la caresser doucement avec ma main. Sans doute que des gens bien intentionnés ont trouvé que c'était une fameuse de bonne idée que de nettoyer ce ramassis de plantes en même temps que de tondre la pelouse avoisinante. C'est tellement plus propre, surtout quand on laisse tous les débris sur place comme beaucoup font d'ailleurs en ne balayant jamais les brins de gazon fraîchement coupés qui jonchent le trottoir après la tonte.

Comment vous expliquer que j'ai le coeur triste depuis ce matin? Cela m'a donné un choc de voir une destruction aussi sauvage qu'inutile. En même temps, cet incident est tellement représentatif du peu de cas que nous faisons de bien des choses dans nos vies. Si on prend soin de la chenille qui traverse la route et de la fleur qui pousse au travers d'un mur, on sera plus attentif à l'égard de tout ce qui nous entoure, plus respectueux de la nature qu'on détruit sans vergogne, des animaux qu'on abandonne sans remords, des êtres humains qu'on méprise, qu'on juge et qu'on maltraite. Mais il faut d'abord accepter de voir.


vendredi 17 mars 2017

Mon Fort Boyard à moi

Pour ma filleule Milène

Chers lecteurs fidèles, voilà que votre blogueuse se décide à reprendre le clavier. Beaucoup de temps s'est écoulé depuis mon dernier message. J'ai bien esquissé quelques ébauches dans les derniers mois, des bouts de paragraphes que je n'ai jamais terminés. Je ne sais trop pourquoi. On dirait que je manque de mots pour décrire ce que j'ai envie de partager avec vous. Ce sont souvent des impressions, des émois devant la nature et la beauté de l'être humain que j'aimerais mettre en textes pour les fixer à tout jamais dans ma mémoire... et dans la vôtre. Mais je suis dépassée par le moment présent, par la conscience de l'instant qui file dès qu'il se manifeste. Alors j'emmagasine. Et je me dis qu'un de ces jours, la réalité va me rattraper et j'aurai l'envie irrésistible de vous raconter une petite partie de ma vie.

Je ne sais pas si j'ai eu l'occasion de vous dire que je bénévole deux fois par semaine au CHSLD près de chez moi. Cela fait bientôt quatre ans. Au début, je me contentais d'aller au déjeuner communautaire une fois par mois. Puis, j'ai mis la main dans l'engrenage et j'ai commencé à servir de la crème glacée le vendredi. Et l'effet d'entraînement aidant, j'ai ajouté le bingo le mercredi. C'est par accident plutôt que par choix éclairé que j'ai commencé à fréquenter cet endroit en voulant me joindre à des amis qui s'occupaient du petit déjeuner. Je n'avais aucune idée à ce moment que je venais d'embarquer dans une grande aventure où j'aurais éventuellement à affronter quelques-uns de mes démons.

Je ne peux pas dire que je me suis sentie à l'aise tout de suite. Il a fallu d'abord que j'apprivoise les gens que je voulais aider et qu'ils m'apprivoisent eux aussi. Et, aussi bien vous l'avouer tout de suite, comme je déteste les hôpitaux, il a aussi fallu que j'apprivoise l'endroit. Je sais, je sais, un CHSLD, c'est un milieu de vie et pas un hôpital. Mais moi je n'aimais pas particulièrement l'idée de me promener sur les étages, de voir des gens en fauteuil ou dans leur lit, de sentir les odeurs pas toujours agréables qui se dégagent des poubelles installés dans les corridors, alors j'étais bien contente de me rendre simplement dans la grande salle pour monter les tables et jouer à la serveuse automate. Cela ne m'a pas empêché de vivre là la première épreuve de mon Fort Boyard à moi : les résidents ne sont pas des statues figées dans l'immobilité et le mutisme même s'ils en donnent parfois l'impression. Ainsi, un matin où M. L. se dirigeait vers sa table en manoeuvrant fort habilement son fauteuil électrique, j'eus cette brillante répartie : "Hé, ça l'air le fun cet engin-là." Ce à quoi il a répondu (et il ne parlait pas souvent) : "Tu l'veux-tu?" Et vlan! Dans les flancs! Je sais bien qu'il ne voulait pas me faire de la peine. Je crois cependant qu'il voulait sans doute me faire réaliser que c'est pas le fun d'être dans un fauteuil, même s'il est électrique.

Là, tout de suite, faut que je vous parle de la deuxième épreuve de mon Fort Boyard à moi : accepter, accepter qu'un jour on arrive au bingo par exemple pour apprendre que M. L. est mort. Vous savez, M. L, il aimait beaucoup aller dehors avec son fauteuil. C'est le lien que l'on avait développé nous deux : parler de la nature. Il raffolait de se lever tôt et de descendre en bas pour s'installer devant les grandes fenêtres pour voir le soleil se lever quand tout était tranquille, que la plupart des gens dormaient encore. C'est un des rares résidents qui était bronzé. Et pour cause! Il était toujours dehors. C'est l'hiver que c'était le plus difficile pour lui car il fallait qu'il ait un manteau pour aller se promener et, avec les coupures et le manque de personnel, il me disait : " Il faut brailler pour qu'on me mette mon manteau et il faut que je braille pour qu'on me l'enlève." Alors, souvent, il abandonnait. Au dernier petit déjeuner, j'étais toute heureuse de lui dire que la température devenait plus clémente et que là il pourrait sortir plus facilement. Il était content. Et, comme je me débattais maladroitement pour lui enlever son tablier (qui est une bavette en fait mais qu'il ne faut pas nommer ainsi pour ne pas dire les vraies affaires), je lui ai entouré le cou et je n'ai pas pu m'empêcher de lui donner un petit baiser sur la joue en lui disant : " Le fait d'avoir de la misère à vous enlever votre tablier, ça me donne une excuse pour vous embrasser." Il a souri. C'est la dernière fois que je l'ai vu. On m'a dit que la veille de son décès, il avait passé la journée dehors. Je suis contente. Depuis qu'il est parti, je pense à lui toutes les fois où je vais marcher. Alors, c'est ça. Apprendre à accepter l'inévitable. C'est vraiment pas évident.

L'autre affaire que je n'aimais pas particulièrement, c'est de faire manger les résidents. Moi, dans ma tête, participer au bar laitier du vendredi, ça voulait dire que je distribuais des cornets de crème glacée à ceux et celles qui étaient CAPABLES d'en manger. Pas de les aider à manger les fameux cornets. J'avais juste pas pensé que ça se pouvait que des personnes ne soient plus en mesure de tenir un cornet dans leur main. Troisième épreuve de mon Fort Boyard à moi : des fois, t'as pas le choix Marcheuse urbaine, faut que tu serves la crème glacée dans un bol et que tu la présentes avec une cuillère dans la bouche de quelqu'un. J'ai donc nourri des personnes dans leur lit ou dans leur fauteuil, des personnes qui me regardaient en souriant, d'autres qui ne savaient pas trop qui j'étais mais qui aimaient bien ce que je leur faisais goûter. J'ai dû essuyer des bouches qui dégoulinaient, des mains qui voulaient m'aider sans trop savoir ce qu'elles faisaient. Pour joindre mes clients, il a bien fallu que je fasse le tour de TOÙS les étages, que j'entre dans TOUTES les chambres et que je sente TOUTES les odeurs. En contrepartie, j'ai découvert le plaisir de faire plaisir avec juste de la crème glacée et un sourire. J'ai eu le temps de parler plus longuement avec les résidents et des membres de leurs familles. Et, avec ma gang de bénévoles "glaciers", j'ai pu constater à quel point on apporte aussi un réconfort à toutes les formidables personnes qui s'occupent des résidents. Oui, elles aussi ont droit à leur petite douceur!

Ce matin, je me suis levée à 5 h 45 pour me rendre au petit déjeuner. C'est tôt. Mais j'aime ça me retrouver dehors le matin quand tout le quartier sommeille. Aujourd'hui, il faisait quand même beau. Quand je suis sortie sur le balcon, je me suis arrêtée quelques minutes pour savourer le moment. Le silence. Le calme. Respirer l'air pur. Admirer la lune déjà en perte de sa pleine rondeur. Puis j'ai pris le trottoir. Je suis la Marcheuse urbaine après tout. J'ai dû m'arrêter deux ou trois fois pour apprécier le bonheur de pouvoir marcher librement. J'ai pris le temps de lever les yeux vers la croix qui domine toujours notre ancienne église de quartier maintenant transformée en gros condo. Puis j'ai continué ma route en passant devant la Soupière de l'amitié là où je me retrouverais à 11 h après le petit déjeuner. Et je suis enfin arrivée aux portes du CHSLD. J'ai pris une bonne respiration avant d'entrer et d'affronter la prochaine épreuve de mon Fort Boyard à moi : attendre en vain que M. L. se présente dans son fauteuil (il était toujours le premier arrivé) et qu'il s'installe à sa place habituelle. C'était mon premier petit déjeuner sans lui.


mardi 10 mai 2016

L'âme remuée

Depuis près de deux mois maintenant, je suis sur un bateau et je n'ai toujours pas envie d'accoster. Je peux dire cependant que ma situation s'est améliorée puisque j'ai troqué le frêle esquif du début pour un rafiot plus confortable. La mer, aussi, s'est calmée. La tempête a fini par finir et j'ai enfin pu commencer à avoir envie de m'asseoir sur le pont pour admirer le paysage. Bon, faut dire que dans ma coquille de noix du début, je ne pouvais pas contempler grand-chose toute occupée que j'étais à ne pas chavirer.

Comment je me sens en-dedans? Encore fragile. Et fatiguée. Je n'ai rien vu venir. Pour moi, le vent s'est levé tout d'un coup. C'est sûr que, des fois, j'avais le bagage lourd. Mais je me sentais bien. J'avais de l'énergie à revendre. J'avais toujours hâte d'entreprendre un nouveau voyage. Jusqu'à ce que je sombre. Heureusement, je ne me suis pas noyée. Je me suis agrippée à ce que j'ai trouvé. C'était pas fort. Et pas trop solide. Mais j'avais rien d'autre à portée de la main.

J'ai pensé chaviré plusieurs fois. Je gardais le cap sur rien. Je m'étais perdue sans boussole. Je ne pouvais plus vraiment rien faire à part surnager. Je n'arrivais même pas à ramer. Je flottais. Quelque part. Et je sentais que, malgré les vagues et les intempéries, je devais rester sur mon rafiot. Seul rayon de soleil dans ces nuages sombres : un gentil chien (je sais, c'est pas un chat!) qui m'accompagne depuis quelques mois quand je médite. Je ne sais pas d'où il vient ni pourquoi il est là. Parfois il pose sa tête sur mes genoux mais, la plupart du temps, il se contente de me regarder avec ses beaux yeux doux. Il a beaucoup de patience. Beaucoup plus que moi mais faut dire que c'est pas difficile. En tout cas, il me rassure. Quand je plonge dans ses yeux, je vois tout. Tout ce qui me touche, tout ce qui m'attriste, tout ce qui me révolte, tout ce qui m'habite. Une sorte de miroir. Que je dois regarder. Et que j'arrive à regarder. Mieux qu'avant.

Ça fait donc quelques jours que je vois le rivage. Qui ne m'inspire pas outre-mesure. Par contre, ce matin, je me suis dit qu'advenant que je retrouve le goût de toucher la terre ferme, je pourrais commencer par débarquer dans un endroit désert. Parce que je veux faire seulement ce qui me tente. Sans avoir d'horaire. Et, avec le printemps qui s'annonce doucement, j'ai hâte de retrouver le contact avec la terre.

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Le temps a passé. Mon gentil chien est parti mais il m'a laissé un bébé chien avant de s'éloigner. Je ne sais pas encore ce que cela signifie. Il n'est pas aussi fidèle que le grand. Des fois, il médite avec moi mais, le plus souvent, il est absent. Je ne peux même pas vous dire si j'ai abandonné mon bateau pour finalement accoster quelque part. Mais le printemps, lui, est arrivé. J'ai même trouvé la force et l'énergie pour jardiner tout un après-midi où il faisait une température idéale. J'étais heureuse, présente et reconnaissante.

Ce que j'explore ces temps-ci c'est mon sentiment d'inutilité provoqué sans doute par mon inactivité forcée. J'ai l'impression de n'avoir plus rien à faire sur cette terre. Les enfants sont grands et partis de la maison pour de bon. J'ai tellement bien réussi ma mission maternelle qu'ils se débrouillent parfaitement sans moi. Bon, je sais que je suis autre chose qu'une mère mais je n'ai pas exploré la Femme depuis très longtemps. Je l'ai littéralement perdue de vue. Je me suis totalement identifiée à mon rôle de maman parce que j'avais entre autres tellement besoin de sentir l'amour qui m'avait souvent manqué. Alors je me suis donnée au max. Et, quand le nid a été vide, je m'en suis trouvée un autre pour continuer à donner sans compter et sans faire attention à mes limites.

Alors, voilà. Bonjour la Femme. Qu'est-ce que tu veux faire du reste de ta vie? À part sauver des chats. Je ne sais pas. J'ai encore mal partout. Quand je veux m'activer, mon corps semble toujours vouloir me ralentir. Peut-être qu'il faut que je commence lentement. J'ai encore la larme à l'oeil. C'est pas évident de retrouver la Femme vieillie. Je ne suis pas ajustée. Et je ne suis pas certaine d'avoir envie de la regarder entreprendre la route. Mais je n'ai pas le choix. Il faut avancer. Jusqu'à la fin.

jeudi 10 mars 2016

Flaques-là je vois le monde autrement

Trois semaines aujourd'hui que je suis stoppée dans mon élan de retraitée active. Trois semaines que j'ai la hanche souffrante et la patience manquante. Trois semaines que je me torture les méninges à me demander ce que je vais faire si l'élan ne revient pas.

Oui mon élan a été coupé. D'un coup franc. Et pas seulement physiquement. Mentalement aussi. En même temps que j'éprouve de la difficulté à me mouvoir, voilà que mon esprit, lui, vagabonde, cabriole, court à toute vitesse pour fuir. Fuir quoi? Fuir qui? En tout cas, fuir tout engagement bénévole, ça c'est sûr. Ma jambe amochée m'a donné l'excuse mais j'avais déjà l'âme atteinte. Me fallait juste un coup de pouce pour m'arrêter et c'est un croc-en-jambe qui m'a fait trébucher.

Pourtant, j'en mangeais de l'aide aux autres. Je bénévolais quatre jours par semaine à la Soupière de l'amitié, trois jours par mois au CHSLD et quelques soirées ici et là pour assister à des rencontres citoyennes notamment pour la Maison de quartier. J'aimais ça. J'aimais le monde. Je me sentais remplie. Je me trouvais utile. J'avais l'impression de faire ma petite part pour améliorer le milieu de vie de ma communauté. Et tout cela était sans doute vrai.

Mais pourquoi alors ce grand écoeurement au-dedans de moi? Pourquoi cette immense fatigue? Pourquoi ces larmes qui sont toujours sur le bord de déborder? Je suis épuisée. J'ai perdu mes repères. J'ai surtout perdu le petit coin que j'avais réussi à ménager dans mon dedans pour aller puiser l'énergie, la force, la bonté, la tolérance nécessaires pour continuer encore et toujours à combattre, telle une Don Quichotte sexagénaire, les moulins à vent de l'indifférence généralisée.

Je n'ai pas les pouvoirs de faire de grands changements. Empêcher les pipelines remplis de pétrole sale de circuler sous nos rivières ou nos terres agricoles n'est pas de mon ressort. Je m'insurge. Je suis révoltée. Je me tiens informée mais je n'ai que mon impuissance à opposer aux grandes entreprises de ce monde. Trouver un médecin de famille pour tous les gens de l'Outaouais qui en cherchent un désespérément, inculquer un semblant de compassion à notre ministre de la Santé, donner aux femmes le résultat de leur test PAP en moins de sept mois sont tous des défis en dehors de mes compétences. Je suis excédée. J'ai peur d'être malade et de devoir me rendre dans une clinique ou un hôpital de la région mais je ne peux rien changer à la situation. Je suis prisonnière des décisions insensibles prises par ceux qui supposément veulent notre bien. Conscientiser nos élus à la détresse quotidienne des personnes les plus vulnérables de notre société, leur faire comprendre que ces gens sont des citoyens à part entière et qu'ils ont eux aussi un rôle important à jouer, leur expliquer que les programmes de réinsertion à l'emploi ne sont souvent que des moyens déguisés d'améliorer les statistiques tout en continuant d'exploiter des gens en les faisant travailler dans des sous-emplois, pour des salaires ridicules avec, en prime, la lueur d'espoir d'enfin pouvoir s'en sortir jusqu'au moment où la subvention salariale se termine et que l'employeur se débarrasse de toi comme un déchet pour reprendre un autre de tes congénères qu'il va exploiter jusqu'à ce qu'il soit lui aussi bon pour la poubelle sont des situations absurdes et révoltantes dont j'étais régulièrement témoin. J'ai vu le désespoir dans les yeux de trop de personnes qui fréquentent les soupes populaires et les services de dépannage. Je suis dépassée.

Alors, que faire? Pour le moment, je ne fais rien. Je soigne ma jambe mais surtout mon âme. Je sens l'appel de céder à la tentation de devenir plus égoïste et de prendre juste soin de moi. Ce matin, j'ai plutôt répondu à l'appel du printemps et je suis sortie marcher tôt. Pendant que tout le monde courait, moi je flânais tranquillement au rythme ralenti de mes pas de convalescente. J'avoue avoir pris un certain plaisir à me sentir en dehors de la course folle de l'école ou du travail. J'ai pris le temps de regarder. De sentir. D'observer. D'être consciente. Et je me suis mirée dans les flaques d'eau qui sont partout à cause du dégel. Dans chacune, j'ai retrouvé un petit ou un gros tableau du monde. Mais le monde vu à l'envers. Ou brouillé. Ou sale. En tout cas, le monde vu autrement.


Ça m'a fait du bien de regarder la réalité sous un autre angle. Je n'ai pas encore de réponse. J'ai encore mal. Je continue à chercher. J'apprends à apprécier le bon côté de la paresse et du flânage, deux activités beaucoup trop négligées dans ma vie. Flaques-là... je vous laisse pour tout de suite!

samedi 19 septembre 2015

L'année de mes 60 ans : À prendre avec de la nourriture

La course électorale bat son plein. Les politiciens nous en mettent plein la vue. Tout d'un coup, ils s'intéressent aux vieux et aux petits enfants. Ça fait tellement de belles photos! En effet, quoi de plus attendrissant qu'un bébé dans les bras d'un candidat à la cravate rouge, bleue ou orange, je vous le demande?

Il y aussi ceux qui s'inquiètent tout d'un coup, et avec raison, du faible taux de participation des jeunes aux élections. Moi, cette semaine, j'ai réalisé que le vote des personnes pauvres ne devait guère être plus élevé que celui des jeunes. C'est sûr que ce doit être plus difficile à mesurer mais, en écoutant les conversations à la Soupière, je me suis rendue compte à quel point nos participants ont lâché prise à l'égard de ce devoir de citoyen. Et pour cause...

J'ai bien essayé de faire valoir l'importance de participer à notre vie démocratique mais ces gens sont des laissés pour compte, des quantités négligeables dont on ne se soucie pas. Ils ne sont même pas assez beaux pour se retrouver à la une du journal en compagnie d'un politicien soudainement sensible à la misère de ceux qui ne sont ni riches, ni célèbres. Avec le temps, ils sont devenus complètement indifférents aux promesses jamais tenues, aux engagements rarement réalisés et aux paroles destinées uniquement à jeter de la poudre aux yeux. Je les écoutais exprimer leur désenchantement et, franchement, je ne pouvais qu'être d'accord avec eux. J'aurais tellement aimé qu'il y ait à ce moment-là un candidat dans la salle pour entendre ce qu'ils avaient à dire, quelqu'un qui aurait été disposé à écouter avec sincérité leurs préoccupations et leurs inquiétudes parce que leur vie est un combat quotidien qu'ils mènent tout seuls la plupart du temps.

Combat quotidien, ça vous semble exagéré? D'accord, je vous partage un cas. Je vais à l'épicerie aujourd'hui pour acheter du pain. En entrant dans le magasin, je croise M. qui fréquente la Soupière régulièrement. Il venait vendre des canettes qu'il avait ramassées. Tout le monde sait qu'avec un gros 2 ou 3 $, tu peux faire toute une épicerie! En essayant de ne pas avoir l'air trop inquisitrice, j'en profite pour prendre de ses nouvelles car je sais qu'il est très malade. Je m'informe entre autres de ses vertiges qui le dérangent beaucoup et qui l'empêchent de plus en plus souvent de venir manger le midi. "Qu'est-ce que tu fais quand tu es trop étourdi pour sortir?" que je lui demande. "Bien je passe de mon lit à ma chaise. Mais je deviens vite fatigué à rester assis sur une chaise droite, cela me cause des douleurs", qu'il me répond sans vraiment se plaindre cependant. Naïvement, oui vraiment naïvement, je continue : "Mais pourquoi tu ne t'assois pas sur un fauteuil, ce serait plus confortable?". Parce qu'il est absolument gentil et poli, il m'informe qu'il n'a pas d'autres meubles à sa disposition dans sa chambre qu'un lit, une table et deux chaises droites. Je me sens tout d'un coup pas mal stupide. Même si je bénévole à la Soupière depuis près de quatre ans, je constate que je n'ai pas encore un véritable portrait de la vie que mènent les gens que j'aide tous les jours.

Je le regarde devant moi, tellement maigre dans son teeshirt. Je poursuis avec mes questions parce que je m'inquiète pour sa santé :

Moi : "Peut-être qu'on pourrait te trouver un fauteuil confortable? Au moins, ce serait mieux pour toi que de rester étendu dans ton lit."

Lui : "Impossible. Je n'ai vraiment pas de place dans ma chambre pour mettre un autre meuble."

Moi : "Qu'est-ce que tu manges les jours où tu ne peux pas venir à la Soupière?"

Lui : "Rien. Je n'ai pas pu aller au dépannage la semaine dernière parce que je me sentais trop faible. Un ami hier a trouvé de la viande hachée dans son congélateur et il me l'a donnée. C'était pas trop bon car je n'avais même pas de patates pour manger avec ça. Même pas une canne de soupe ou de légumes!"

Moi : "Ça n'a aucun sens. Tu ne pourras jamais retrouver tes forces si tu ne manges pas. Je te laisse mon numéro de téléphone et, à partir de maintenant, tu m'appelles le matin pour me dire si tu peux te rendre à la Soupière. Quand tu ne pourras pas, je vais t'apporter un repas chez toi."

Lui : "Merci, c'est sûr que ça va m'aider. Une fois que j'ai payé mon loyer au début du mois et les autres factures, il ne me reste presque rien pour la nourriture. Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas mangé de viande. C'est vraiment trop cher. Tout est cher. Le boeuf, le poulet, le steak haché."

Moi : "C'est vrai que tout augmente. Mais justement le fait que tu ne manges pas beaucoup, ça pourrait peut-être expliquer tes vertiges."

Lui : "Je sais. En plus, on me dit qu'il faut que je prenne mes médicaments en mangeant. Quand t'as rien à manger, c'est pas mal difficile à faire."

Et là je vous passe les complications avec l'aide sociale, la description de son logement insalubre et toutes les autres contraintes avec lesquelles il doit composer chaque jour. Ai-je besoin de préciser qu'il n'est pas le seul dans cette situation? Mais quel parti cela intéresse-t-il vraiment d'améliorer le sort des personnes démunies et vulnérables? Il y a eu plusieurs reportages la semaine dernière sur la situation du logement à Montréal et l'augmentation du nombre de personnes qui doivent littéralement se priver de manger pour payer leur loyer. Est-ce que cela a même soulevé un intérêt quelconque chez nos politiciens, en campagne électorale ou non? Absolument pas. Ou si peu.

C'est vrai que c'est dur d'avaler notre pilule de citoyen floué.

dimanche 13 septembre 2015

L'année de mes 60 ans : La balançoire

Voilà un autre passage qui s'amène, celui de la soixantaine. Pour dire vrai, je n'ai pas vu passer les 59 dernières années, alors je m'inquiète sérieusement pour celles à venir. J'essaie bien de profiter pleinement du moment présent mais, toujours en ébullition, mon cerveau me bombarde continuellement de messages. Heureusement, grâce à la pratique quotidienne de la méditation, j'arrive parfois à goûter, oh! pas autant que je le voudrais, mais à goûter quand même la seconde qui passe, qui est déjà passée.

Je remarque que je suis souvent plus attentive à ce qui se passe autour de moi, en-dedans de moi. Je regarde. J'observe. J'écoute. Et je m'arrête. Oui, je stoppe parfois brusquement mes pas de retraitée en mouvement quasi perpétuel pour apprécier la lumière du matin, le chant d'un oiseau, l'odeur de la pluie qui tombe ou les cris des enfants dans la cour de l'école. Je m'émerveille d'apercevoir la pleine lune au travers des stores de ma chambre et, bonheur suprême, de profiter de sa lumière qui vient se poser sur mon oreiller.

Volontairement, consciemment, je m'immobilise pour sentir la vie. Je lève parfois la tête pour mieux sentir le souffle du vent sur ma joue. Je sors en pyjama sur le balcon le matin et je respire profondément en contemplant le quartier qui se réveille. Je peux passer beaucoup de temps à regarder les poissons s'amuser dans l'étang. Ou encore à admirer mes orchidées en fleurs avec leurs belles racines qui passent par-dessus le pot.


Je fais exprès de me planter devant la fenêtre de la cuisine pour emmagasiner à tout jamais dans ma mémoire horticole les couleurs du jardin. Je m'extasie devant mes plantes aquatiques. Je tombe en pâmoison en surprenant un couple de cardinaux dans les mangeoires.

Je ne sais pas si c'est l'âge mais il me semble devenir un peu plus gaga tous les jours. Moi qui ai toujours été sensible, voilà que j'ai maintenant la larme à l'oeil pour tout et pour rien. Je trouve que c'est pas vraiment de ma faute cependant, c'est la faute à la nature. Elle est parfois tellement belle, tellement vraie, tellement parfaite qu'elle me donne envie de pleurer. Quand je pense aux efforts que je déploie pour avoir un beau jardin alors que la nature, sans conseiller horticole, est capable d'habiller un fossé en bordure de la piste cyclable d'une variété de plantes à faire rougir la pépinière la mieux fournie en y ajoutant de surcroît la palette de couleurs qui convient. C'est tout simplement magnifique.

En tout cas, ce cerveau ramolli me joue parfois de beaux tours. Lorsque je suis allée arpenter mes trottoirs chéris l'autre jour, je suis passée au travers d'un parc où il y avait des balançoires. Comme je me préparais à rejoindre la rue de l'autre côté, j'ai ressenti une impulsion, un élan qui m'a poussée jusque sur la balançoire. Ça faisait drôlement longtemps mais je me suis dit pourquoi pas. T'es encore capable de te balancer quand même. C'est pas parce que tu vas avoir 60 ans que tu ne peux plus te lancer vers le ciel. Alors je l'ai fait. J'ai retrouvé le désir de me balancer le plus fort possible justement pour tenter de toucher au ciel. Comme lorsque j'étais jeune, je n'ai pas réussi. Mais quelle sensation quand même d'avoir l'impression de voler... un peu. Si j'avais poussé l'audace, j'aurais sauté en mouvement pour atteindre le sol au lieu de freiner avec mes pieds. C'est là que je me suis rendue compte que je n'avais plus 10 ans. J'ai pensé que je pourrais me casser quelque chose. J'ai choisi la sagesse. N'est-ce pas ce que je dois viser maintenant que j'entre dans un âge plus vénérable?

N'empêche. Cette folie passagère m'a permis de constater que mon coeur d'enfant battait toujours, ce qui est extrêmement rassurant. Et aussi que je ne devrais pas avoir peur d'écouter la petite voix qui m'incite encore à m'amuser, à rire, à profiter de la vie au max en faisant des choses bizarres, inhabituelles, insensées.

Aujourd'hui j'ai 60 ans. Je rends grâce pour la merveilleuse vie que j'ai eue jusqu'à maintenant. Je souhaite bien évidemment qu'elle se poursuive encore longtemps. Je me souhaite surtout la paix du coeur et la sérénité qui font en sorte d'apprécier le cadeau du présent.