samedi 14 novembre 2009

Cogitations diverses et autres

La Croix-Rouge avait organisé une collecte de sang cette semaine au centre commercial. Comme je déambulais devant les installations vampiresques (ou devrais-je dire "twilightesques" pour être au goût du jour), j'avais l'envie quasi irrésistible de demander aux cueilleurs de globules si, en échange de liquide rouge, ils accepteraient de me donner le vaccin contre la grippe bingo. Cela me semblait un marché honnête où tout le monde gagne : ça sort d'un bras et ça rentre de l'autre. Mais je n'ai pas osé. Je ne sais pas pourquoi j'hésite toujours à provoquer quelqu'un qui est armé... encore plus lorsqu'il est en possession d'un objet à la pointe acérée.

La même journée, toujours au centre commercial, je suis allée à une petite boutique de couture pour faire faire le bord de mon pantalon. Il y avait une de ces files! Cela faisait peut-être cinq minutes que j'attendais quand la patronne, une femme énergique et autoritaire, a laissé sa machine à coudre pour venir se planter devant nous et, en deux temps trois mouvements, elle a orchestré le désordre. "Vous, est-ce que vous venez pour chercher quelque chose? Oui, eh! bien, mettez-vous ici à droite du comptoir. Et vous? C'est pour essayer. Alors, installez-vous à gauche". Et elle a continué comme ça à nous trier selon nos besoins. Ensuite, elle est venue prêter main forte à l'employée qui se trouvait au comptoir. Elle prenait les bords des pantalons, remplissait les factures et négociait le temps alloué pour exécuter les travaux. "Vous voulez ça pour dans une heure? Pas question. Ce sera prêt à la fin de la journée. C'est à prendre ou à laisser". En la voyant aussi efficace, je me sentais tellement désolée de ne pas être un gestionnaire de notre merveilleux système de santé. Je l'aurais embauchée illico pour l'assigner à une clinique de vaccination où je l'imaginais avec délectation en train de policer les cohues récalcitrantes. Avec elle, c'est sûr que ceux qui se pensent plus importants que les autres n'auraient qu'à bien se tenir!

En parlant de ceux qui se prennent pour d'autres, j'ai lu ce matin dans le journal La Presse cette citation suave de Noémie, une candidate déchue de la brillante émission Occupation double : "Je croise mes doigts pour que ce soit pas la chambre avec Guillaume que le Québec va se souvenir de moi." Je crois, chère Noémie, que ce devrait être là le moindre de tes soucis et que tu devrais plutôt t'inquiéter entre autres de la piètre qualité de ton français parlé. Et je ne veux même pas penser ici au niveau de ton expression écrite. Ni à celui de beaucoup de tes congénères d'ailleurs.

Il y a eu plusieurs articles cette semaine sur le taux élevé d'échec des élèves du Cégep aux examens de français. Et l'on a parlé encore une fois de notre système d'éducation et de sa peur viscérale de faire échouer les élèves. Depuis quelques années, c'est la réussite à tout prix qui est prônée au détriment de l'acquisition des connaissances de base, notions indispensables sur lesquelles se fondent ensuite tout l'apprentissage. Et la maîtrise de notre langue, en l'occurrence le français, est de plus en plus galvaudée. C'est l'expression des idées qui compte peu importe la façon bâtarde dont elles sont présentées (si vous avez encore besoin d'être convaincu de l'état désastreux de la chose, relisez le paragraphe ci-dessus). Je ne suis pas une spécialiste du monde de l'enseignement mais j'ai fréquenté les bancs d'école quand c'était encore la mode de faire des dictées tous les jours, de copier et de recopier les mots que l'on apprenait, d'analyser les structures de phrases pour mieux comprendre comment articuler nos idées, de rédiger des "compositions" et, surtout, de LIRE. Ah! oui, j'oubliais. Si on avait trop de fautes, on pouvait avoir zéro et on devait parfois, selon les exigences du prof, récrire tout le texte plusieurs fois. Je sais, je sais. Les cheveux vous dressent sur la tête et vous pleurez sur le sort des pauvres chérubins maltraités obligés de faire des efforts.

Effort. Effort. EFFORT, c'est la clé de la réussite. À l'école et dans la vie!

mardi 10 novembre 2009

Confucius à la rescousse

J'ai pété ma coche ce soir en sortant du bureau. C'est l'Homme et la Fille qui ont écopé de mon ras-le-bol. La raison de mon emportement? Disons une frustration qui me reprend à intervalles plus ou moins réguliers.

C'est que, voyez-vous, il m'arrive des fois d'être franchement écoeurée de vouloir sauver l'humanité... contre son gré. Je sais, je sais, je n'ai qu'à refuser cette mission qui, de toute façon ne m'a été confiée par personne et dont mon petit moi idéaliste, humaniste, sensible et irréaliste s'est naïvement emparé. Mais je m'entête même si ça ne marche pas. Je ne veux pas me résoudre au fait que tout le monde n'est pas nécessairement beau et gentil. Alors, j'essaie de changer les choses à tout prix et je m'épuise.

Des exemples? Des gens qui vous côtoient régulièrement, quotidiennement, et qui ne sont pas foutus de vous dire un simple bonjour quand ils vous rencontrent. Des gens qui ne mettent jamais le coeur à l'ouvrage, qui laissent allègrement leurs responsabilités aux autres et qui s'en tirent tout le temps avec la présomption d'innocence. Des gens qui traitent les animaux comme si ce n'était pas des êtres vivants et qui traitent les enfants comme des animaux - pensez-y deux minutes et vous verrez que l'équation est douloureuse. Des gens qui sont toujours occupés à satisfaire leurs petits besoins personnels sans se préoccuper de savoir s'ils dérangent les autres - et quand vous osez protester, ils vous envoient paître!

Et ce qui m'énerve le plus là-dedans, ce qui m'enrage au superlatif, c'est que je ne suis absolument pas capable de changer mon attitude pour être davantage comme tous ces gens qui se foutent de tout et de tous. Il me semble que je serais moins malheureuse si je me donnais moi aussi le droit d'envoyer tout promener. En tout cas, je serais certainement moins fatiguée.

Tenez, j'ai voulu pratiquer ce soir en faisant des courses avec l'Homme et la Fille. Je leur ai dit : "Regardez-moi bien la face. C'est la dernière fois que vous allez y voir un sourire. À partir de maintenant, je fronce les sourcils et j'adopte une moue boudeuse et indifférente". Et je suis entrée à l'épicerie. J'ai parcouru les allées avec mon nouveau visage d'air bête. Je n'ai parlé ni à la caissière ni à aucun membre du personnel. J'ai aussi fait très attention de ne regarder personne au cas où je reconnaîtrais quelqu'un et que je serais obligé d'engager la conversation et de demander des nouvelles et patati et patata. Non! Tout ça est fini. Vos histoires ne m'intéressent plus. Allez pleurer sur l'épaule d'une autre. Je suis devenue Face d'air bête.

Quand je suis sortie du magasin, je ne sais pas pourquoi mais j'avais soudainement très mal à la tête. C'est tout simplement profondément injuste! J'ai trop froncé les sourcils et les muscles de mon visage, habitués à sourire béatement pour tout et pour rien, ont mal réagi à mon nouveau faciès. Je vous le dis, tout est contre moi!

L'Homme et la Fille, qui avaient observé en riant mais en cachette ma première tentative de basculer vers le côté obscur, avaient chacun leurs conseils à me prodiguer pour m'aider à faire la transition de bienfaitrice à bitch. Ainsi, l'Homme m'a suggéré de libérer ma colère et ma frustration en donnant des coups de pied à la première personne que je rencontrerais. Je trouvais que cela avait du sens. J'ai donc regardé autour de moi. Deux policiers venaient d'entrer dans le stationnement et se préparaient à sortir de leur char. "Voilà mes premières victimes", me suis-je dit. La Fille m'a conseillé de viser plus bas pour commencer ma transformation. Je crois qu'elle proposait que je m'attaque à plus vulnérable que la force de l'ordre.

Ce qui m'amène au conseil de la Fille : "Tu dois apprendre à filtrer. C'est sûr que si tu veux tout changer, tu n'y arriveras jamais. Tu dois plutôt choisir ce qui t'apparaît le plus important et laisser tomber le reste." Jusqu'à maintenant, je crois que c'est ce que j'ai entendu de plus sage. Ce ne sera pas chose facile cependant de cesser d'être une passoire défoncée pour devenir une passoire chinois ultra fin!

lundi 9 novembre 2009

Tout et son contraire

Qu'est-ce que je disais donc hier à propos de Noël? Ah! oui, je me rappelle maintenant. J'affirmais que je ne voyais pas la nécessité de se précipiter dans les préparatifs étant donné que nous allons tous arriver à la date fatidique en même temps. En d'autres mots, rien ne sert de courir ou de partir à point. Inéluctable sera le résultat. Nous n'en mourrons pas tous mais nous serons tous atteints.

Alors pourquoi, dites-moi, vois-je étalés devant moi des magazines aux noms évocateurs suivants : Cuisine de Noël - 75 nouvelles recettes - 20 desserts extraordinaires - 4 menus de réception parfaits ou Cuisine de Noël - 85 nouvelles recettes - 18 desserts divins - 4 menus clé en main ou encore Recettes de Noël - Plus de 50 nouvelles recettes des fêtes pour gâter ceux qu'on aime. Serait-ce que je nage en pleine contradiction? Ce ne serait pas la première fois, croyez-moi.

Eh! bien oui, je l'avoue. Je ne décore pas tant que ça. Et surtout pas vraiment en avance. Par contre, je cuisine. Et je commence au mois de novembre. Est-ce que ça veut dire que je suis moi aussi atteinte de la fièvre des fêtes? On dirait bien que c'est le cas. Mais, mais, à ma décharge, je tiens à faire remarquer que mes préparatifs culinaires, eux, ne sautent pas dans la face du monde. Non, une fois mes délices passés au four, je les envoie prendre une douche d'eau froide dans le congélateur. Et c'est là qu'ils dorment jusqu'au moment où je les ramène à la vie pour le plus grand plaisir des papilles gustatives de mes convives.

En plus, comme je suis toujours un peu excessive, j'aime bien cuisiner suffisamment pour pouvoir offrir en cadeau certaines gourmandises. C'est la raison pour laquelle je m'attelle tôt à mes fourneaux. C'est sûr que l'envers de tout ça, c'est que je crée une dépendance à l'égard de la cuisine de "la saison". Ainsi, lorsque j'ai le malheur de ne pas faire de beignes une année, j'entends invariablement des cris de protestation.

J'ai appris toutefois, au fil des ans, à ne cuisiner que ce qui me fait franchement plaisir. J'évite donc systématiquement les longues recettes qui n'en finissent plus. D'ailleurs, la Fille a déjà remarqué depuis longtemps que, dans un livre de recettes, je ne m'arrête jamais à celles dont le mode de préparation s'étend sur plus de trois paragraphes. Et je parle ici de trois courts paragraphes!

Pour ma clientèle accro aux beignes, je n'ai pas encore de primeur à annoncer car j'attends de voir mon état d'esprit de cette année. Comme vous le savez, c'est une entreprise qui relève presque de la corvée. Surtout que l'Homme insiste pour que la quantité soit au rendez-vous. Comme il le dit si bien : "Tu en donnes tellement qu'il ne reste rien pour nous. Il faut donc faire triple recette." Ce qui signifie plusieurs, plusieurs douzaines de beignes. Mais vous savez quoi? Mes plus beaux souvenirs culinaires du temps des fêtes, c'est nous quatre dans la cuisine en train de faire nos beignes. L'Homme est au-dessus du chaudron d'huile et surveille la cuisson, je roule allègrement la pâte pendant que le Fils fait les trous et la Fille, elle, invente constamment de nouvelles façons de décorer nos beignes. Et pendant que la pièce commence à sentir vraiment beaucoup la friture et que nous devons ouvrir les fenêtres pour tenter d'aérer un peu, nous avons droit en rafale et en boucle à nos cinq CD de Noël... on ne refait pas les classiques!

dimanche 8 novembre 2009

Avez-vous mis vos lumières de Noël?

Ça y est. C'est déjà commencé. Les sorcières et les épouvantails sont à peine rangés. Les citrouilles n'ont même pas fini de pourrir dans le compost. Les enfants se font encore les dents sur les bonbons qu'ils ont ramassés. Bref, on n'a pas eu le temps de se remettre de l'Halloween qu'il nous faut plonger dans la magie des fêtes!!!

C'est ce que j'ai vu le plus en marchant aujourd'hui : des lutins du Père Noël en train d'installer les lumières "de la saison". C'est bien évident que c'était une journée où il fallait en profiter. Il faisait beau soleil. Et tout le monde sait que c'est bien plus agréable d'installer couronnes, sapins, rennes et décorations gonflables de tout acabit quand on ne risque pas de se geler les doigts... ou tout autre partie du corps utilisée pour transformer maisons et appartements en banlieue du Pôle Nord.

J'ai quand même eu un choc quand j'ai vu les lumières allumées par la voisine ce soir. Il me semble que c'est encore tôt, non? Je ne suis pas capable d'entrer aussi vite dans les préparatifs de Noël. Et même si je l'étais, je ne suis pas certaine que je le voudrais. Je ne comprends pas pourquoi il faut tant se dépêcher pour se préparer à vivre quelque chose qui n'arrivera que dans un mois. Pourtant, il m'arrive souvent de trouver que j'ai de la difficulté à profiter pleinement du moment présent. Dans ce cas là, toutefois, je n'ai absolument pas envie de précipiter les choses. Et ce n'est pas parce que je n'aime pas Noël. Au contraire.

C'est que, justement, ce que j'aime le plus de Noël, c'est l'attente. L'attente de la première neige et de la beauté virginale qui s'installe alors dans un paysage qui était devenu tout gris à force de morts. L'attente de la première chanson de Noël à la radio avant l'écoeurement provoqué par le fait d'entendre en boucle les mêmes vingt tounes pendant un mois et demi. L'attente du premier plat cuisiné exprès pour Noël, vous savez ce genre de recettes que vous ne faites qu'une fois par année. L'attente du salon tout décoré baignant dans une lumière tamisée pendant que la neige tombe doucement dehors et que je sirote un café en contemplant mon village avec la crèche et tous ses personnages. C'est là qu'invariablement j'accuse le choc en me rendant compte que je suis encore une fois en train de vivre un autre Noël. Encore une autre année que j'ai à peine vue.

Alors, puisque de toute façon, on arrive tous à Noël en même temps, pourquoi vouloir absolument prendre l'autoroute pour s'y rendre? Il me semble qu'un petit chemin sinueux dans les bois est plus approprié. Qu'est-ce que la chanson dit déjà? Ah! oui, ça me revient : "Au petit trot s'en va le cheval avec ses grelots. Et le traîneau joyeusement dévale à travers les côteaux. Dans le vallon, s'accroche l'hiver mais le ciel est bleu. Ah! qu'il fait bon faire un tour au grand air comme deux amoureux." Avouez que ça change du metal!!!

jeudi 5 novembre 2009

Charité bien ordonnée

Il faisait un temps de chien quand je suis sortie du bureau en fin de journée. Les flocons de neige du midi avaient laissé la place à la pluie grise de novembre. Et en plus, il ventait. Je voulais seulement me retrouver au plus vite à l'intérieur du terminus d'autobus, situé dans un complexe d'édifices à bureaux du gouvernement, pour me réchauffer un peu.

Après une dizaine de minutes de marche, j'ouvre enfin la porte du terminus et je sens tout de suite la chaleur. Comme ça fait du bien! Fidèle à mon habitude de vieille fonctionnaire, je me dépêche à emprunter le trajet qui me conduit près de l'escalier roulant en bas duquel se trouve mon arrêt d'autobus. Tout à coup, j'entends quelqu'un qui demande doucement : "Pardon, madame, avez-vous de l'argent pour que je puisse manger?". Je ne l'avais même pas vu. Mais il était là, le dos appuyé contre le mur. Il me regardait en souriant faiblement, le bras légèrement tendu. Il était si pâle. Mais ce sont surtout ses yeux qui ont retenu mon attention. De bons yeux de toutou qui quémande un peu d'attention. Prise au dépourvu, j'ai balbutié : "Désolée, je n'ai pas de sous sur moi". Et j'ai tourné les talons.

C'est sûr que ce n'était pas vrai. J'avais des sous. Mais j'étais pressée et ça ne me tentait pas de fouiller dans mon portefeuille. En plus, la bataille venait de commencer dans ma tête. Toujours les deux mêmes adversaires : le Bon et le Méchant. C'est évidemment le Méchant qui avait déjà le haut du pavé : "Cesse de penser à ça. Tu as bien fait. S'il fallait que tu commences à donner à tous ceux qui mendient, tu serais pauvre comme Job. Et puis, rappelle-toi la dernière fois où tu t'es laissée attendrir. Tu as su par après que la personne à qui tu avais si généreusement donné faisait régulièrement le coup à tous ceux qu'elle rencontrait le matin. Est-ce que tu veux encore te retrouver le dindon de la farce? Tu n'as pas encore assez fait rire de toi?".

Je l'écoutais, c'est sûr. Mais j'entendais aussi l'autre qui avait son mot à dire : "Depuis quand est-ce qu'il faut faire une enquête approfondie avant de faire la charité? Est-ce que ce n'est pas plus important d'écouter son coeur?".

"Ton coeur, ton coeur. Qu'est-ce que les organismes de bienfaisance recommandent aux gens comme toi qui sont toujours tentés de donner quand on les sollicite? Ils disent de ne pas le faire. Ils disent que c'est mieux de leur donner à eux parce que eux ils utilisent l'argent à bon escient et que si tu donnes aux mendiants eux ils vont prendre ton argent pour s'acheter de la boisson ou pire encore." La voix du Méchant ne cessait de monter. Elle enterrait celle du Bon. Et moi, pendant ce temps, je continuais à marcher vers l'escalier en me disant que j'étais pour manquer mon autobus.

Tout d'un coup, je n'ai plus rien entendu et je me suis arrêtée brusquement. Juste en haut des escaliers. À cause des foutus yeux que je voyais encore dans ma tête. Si je suis capable de recueillir un bébé minet abandonné pour lui donner un foyer, me suis-je dit, je dois bien être capable de prendre le temps de fouiller dans mon portefeuille pour donner à quelqu'un qui a faim. Et j'imagine aussi que je peux donner sans jugement, sans demander de compte. Et c'est ce que j'ai décidé de faire. L'autobus n'avait plus vraiment d'importance. J'espérais seulement qu'il serait encore là quand j'arriverais avec ma petite aumône. J'ai senti mon coeur bondir quand je l'ai aperçu. Toujours adossé au mur. Toujours pâle. Il regardait les gens qui entraient, pressés, comme moi je l'étais tout à l'heure. Je me suis approchée. J'ai simplement dit : "Voilà. C'est pour vous." Il m'a regardée et a pris le temps de me dire merci d'un ton vraiment très sincère. Cette fois, j'ai tourné les talons parce que je pleurais.

Vous n'avez pas idée à quel point je ramollis en vieillissant. Ça fait peur. Je pense que c'est à cause du metal. Ça doit avoir un effet corrosif sur mon cerveau. Par contre, je peux vous dire que ça n'offre aucune protection pour le coeur.

mardi 3 novembre 2009

La priorité des priorités

Un sympathique dîner entre amies. Je ne sais pas pourquoi la conversation a dévié à un moment donné sur les accros au blackberry, ce merveilleux petit appareil qui, une fois que vous l'avez en votre possession, ne vous laisse plus aucun repos. Ce n'est pas que nous étions particulièrement touchées par le phénomène, l'une à la retraite, une autre près de l'être et la troisième occupée à materner ses quatre chérubins. Nous échangions plutôt nos observations, étonnées de constater à quel point un simple appendice technologique peut prendre autant d'importance dans la vie de certaines personnes.

Je suis persuadée que, comme nous, vous avez remarqué ces gens qui vivent la tête continuellement penchée sur le fameux appareil noir. Ils prennent l'ascenseur en lisant leurs messages, ils attendent l'autobus en envoyant des courriels, ils se promènent dans les couloirs ou sur les trottoirs les yeux fixés sur l'écran de "Little Brother". Ce dernier s'est littéralement emparé de leur vie. C'est lui qui leur dicte dorénavant quand il est temps de se lever pour se mettre à l'ouvrage, quand il y a lieu de trouver une ou deux minutes pour avaler une bouchée et quand il est assez tard pour se coucher. Entre tous ces temps, ils ne voient plus vraiment les gens autour d'eux, obnubilés qu'ils sont par les ordres envoyés par Little Brother. Je sais, pour l'avoir entendu plus d'une fois, qu'il est même difficile de laisser ce compagnon machiavélique à la maison quand on prend des vacances. Tout à coup que la fin du monde arriverait pendant que l'on prend un bain de soleil sur la plage ou que l'on trinque entre amis autour d'une bonne bouffe? Hon! ce serait-ti assez terrible!

De toute façon, la plupart des membres de la secte LB n'occupent pas des postes névralgiques pour la sécurité de la nation. Ce sont principalement des cadres moyens ou supérieurs qui brassent du papier à longueur de journée et, à moins que nous ne soyons menacés d'être enterrés sous une grosse, grosse pile de feuilles - ce qui pourrait peut-être arriver dans certains milieux - je ne vois pas quelle situation urgente peut nécessiter l'envoi d'autant de messages.

Tout en écoutant nos remarques outrées, notre amie à la retraite nous a fait observer que le phénomène n'est pas nouveau. Simplement différent. En effet, depuis toujours ou presque, les patrons cherchent des moyens de s'accaparer totalement de la vie de leurs employés. Ainsi, elle nous a raconté qu'une de ses patronnes avait dit un jour aux employés rassemblés pour une réunion qu'ils devaient faire de leur travail LA priorité. Ce à quoi notre amie avait aussitôt rétorqué devant tout le monde : "Moi j'ai cinq enfants à la maison, ce sont eux ma priorité!". Et vlan, dans les flancs!

Entre vous et moi, il ne faut pas s'être arrêté longtemps sur la brièveté de notre séjour sur Terre pour penser que l'on peut considérer sur un même pied d'égalité la préparation d'une réunion et le spectacle de notre enfant à l'école. Je ne dis pas qu'il ne faut pas mettre notre coeur à l'ouvrage mais qu'il faut faire attention à ne pas l'oublier sur le coin du bureau.

lundi 2 novembre 2009

Chassez le mauvais, il revient au galop

En tout cas, il est difficile parfois de chasser le mauvais. Parlez-en aux citoyens de Montréal, ou de Laval, ou de Québec, ou même... de Gatineau, du moins à ceux qui ont cru à la démocratie et qui sont allés voter. Je vous concède, cependant, que pour mes deux derniers exemples, rien ne prouve qu'il s'agit de mauvais. Seulement d'un Québécois qui se croit très bon et qui, maintenant qu'il détient la majorité au conseil, pourra démontrer s'il a effectivement l'étoffe du chevalier sans peur et sans reproche. Pour ce qui est de celui qui est plus près de moi géographiquement parlant, disons qu'il n'a rien fait de mal jusqu'à présent mais rien non plus de passablement extraordinaire. À eux de prouver qu'ils n'ont pas l'intention de joindre les rangs de leurs congénères véreux.

Mais, mais, c'est moi aujourd'hui qui suis allée chasser le mauvais. J'en avais assez des microbes, des vaccins, des peurs, des virus, de la grippe, des peurs... bref, vous voyez le portrait. J'ai donc enfilé mes espadrilles et suis allée encore une fois à la poursuite de mes démons.

J'ai rencontré en chemin quelqu'un qui chassait... les feuilles mortes. Oui, armé d'un redoutable souffleur de feuilles, il pourchassait les pauvres petits cadavres en les envoyant bien loin de son terrain, poussant le zèle jusqu'à les pousser de l'autre côté de la rue. C'est sûr que le vent ne viendra pas contrecarrer ses plans et qu'il va toujours s'époumoner en sens contraire. Eh! bien moi, j'ai trouvé ça tellement ridicule que je n'ai pas pu m'empêcher d'embarquer dans ce délire et de ramasser une pelletée de feuilles en passant que j'ai jetées ensuite avec une savoureuse délectation et un plaisir pas du tout coupable sur le terrain vierge du valeureux chasseur. Ça fait du bien des fois de frôler l'acte répréhensible!

Et j'ai continué ma route en croisant cette fois quelqu'un qui chassait son trop plein d'énergie. Ah! celui-là, par contre, je l'ai vénéré. Il s'était installé en plein milieu du terrain de soccer avec plusieurs ballons et il s'évertuait à essayer de marquer des buts ou de réussir un placement (car il s'amusait aussi avec des ballons de football). Un peu plus et je m'arrêtais pour l'admirer, lui, tout fin seul, occupant le terrain déserté jusqu'à la prochaine saison. Je trouvais ça beau de le voir s'entraîner avec autant de détermination sous les couleurs automnales d'un début novembre.

Moi aussi j'avais choisi le mode "entraînement sérieux" en cet après-midi juste un peu frisquet pour rosir mes joues et m'afficher un sourire de béate satisfaction en sentant l'air vivifiant faire son chemin dans mes veines. Et j'y allais fort sur le metal. J'ai écouté peut-être cinq fois de suite cette chanson de Threat Signal (que vous pouvez trouver sur YouTube) parce que les paroles et la musique me rentrent dedans et me secouent les entrailles chaque fois que je l'écoute. J'imagine que j'avais vraiment besoin de recevoir des coups dans l'estomac aujourd'hui car j'en redemandais toujours. Lisez les paroles et imaginez le reste :

Through my Eyes

Tear through the ashes of what still remains
The blood runs down my face
Can't find the reason
We're all left to waste
You must awaken
See through my eyes

I bleed to let myself know I'm alive
As you hide in denial
Break through the clouds and reach out to the sky
You must awaken

See through my eyes
See through the lies
We're not far away
We're not far away

As we crawl to salvation
The rest try to hold us down as they fall
We separate from the hate that will bring us down
Bring us down
Bring us down

These lacerations
They will reveal for the rest of my life
These aggravations will not conceal 'til I die or we end this fight

As we crawl to salvation
The rest try to hold us down as they fall
We separate from the hate that will bring us down

Forget the words that they've said
If it's all deceit in your head
This life is more than just lies
Awake and see through my eyes

Est-ce que je vais un jour chasser le mauvais une fois pour toute? Je ne sais pas et peut-être que ce n'est pas possible. Le principal, c'est sans doute d'avoir des armes pour se défendre et pour faire face au mauvais qui revient toujours, inlassablement.