mardi 9 novembre 2010

Incroyable mais vrai

Si quelqu'un m'avait dit que j'aurais cet après-midi un entraînement aussi formidable, je lui aurais montré le doigt (le vilain, évidemment) ou je lui aurais lancé un "Va te faire foutre!" retentissant. Pourquoi? Pour la simple raison que j'avais pris congé aujourd'hui pour un rendez-vous chez le Doc et un autre chez le Physio. Dans les deux cas, j'avais obtenu des résultats très médiocres : une tension artérielle quand même assez élevée et une séance de taponnage de vertèbres qui m'avait laissée en morceaux. J'avais l'impression qu'un rouleau compresseur m'était passé dessus!

Bref, je ne savais pas si je trouverais le courage et l'énergie pour arpenter les trottoirs. Je tergiversais. Je procrastinais. Il y avait un soleil resplendissant dehors et je savais qu'il ne faisait pas froid parce que j'étais déjà allée prendre l'air pour les raisons invoquées au paragraphe précédent. J'ai finalement pris mes espadrilles à deux mains et j'ai décidé de me lancer en me disant que l'important c'était de participer. En fait, j'avais prévu une marche de santé qui ne nécessiterait pas d'efforts surhumains de mon moi magané.

Je me branche comme les derniers jours sur "All That Remains", je respire un bon coup et, de façon toute naturelle mais étonnante compte tenu de mon état physique, je choisis un rythme assez rapide. Pour une fois, j'étais habillée exactement comme il convenait. J'avais juste assez chaud et pas vraiment froid. Je pouvais aussi sentir les rayons du soleil à travers mes vêtements. Avouez que c'est un cadeau en plein mois de novembre! J'entame donc mon parcours avec, au fond de moi, la conviction que ça ne durera pas et, qu'au prochain coin de rue, je recommencerai à avoir mal partout en retrouvant mon chemin de Damas.

Que non! Tout, tout était d'une facilité déconcertante. Je marchais pratiquement sans douleur. Je sentais mes pieds parfaitement ajustés à mes chaussures. Aucun pli énervant dans les bas, aucune miette, brindille ou autre cochonnerie qui m'agace parfois et qui fait en sorte que je suis obligée d'arrêter pour secouer mon espadrille. En plein hiver, quand ça m'arrive, je rage... mais pas aujourd'hui. Et l'inflammation sur le côté du pied gauche était à peine perceptible. Rien en tout cas pour nuire à mon plaisir de pratiquer mon activité physique préférée.

Vous allez rire mais je trouvais que même les écouteurs, que j'enlève des fois pour les remettre en place et les réinstaller à répétition, semblaient se fondre à mes oreilles. C'est comme si je n'en n'avais pas et que la musique était simplement dans ma tête. Je me sentais tellement légère. J'ai eu un plaisir fou. Et j'attribue aux facteurs suivants mon état de grâce :
  1. Avoir un Physio qui sait peser sur les bons vertèbres.
  2. Avoir un besoin viscéral de la marche pour assurer mon bien-être physique et mental, d'où le numéro 3.
  3. Être incapable de résister à une belle journée ensoleillée.
  4. Écouter du métal favorise indubitablement l'adoption d'un rythme rapide, surtout dans les escaliers.
  5. Suivre un cours de yoga d'une heure et demie la veille d'un entraînement, ça prépare au succès.
  6. Pratiquer une respiration guérissante, ça marche.
  7. Remercier Dieu et tous les autres d'être simplement en vie pour apprécier le moment présent.
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Notes félines : À tous ceuzécelles qui trouvent que l'obésité de la Reine-Marguerite n'a pas de limite, sachez que, selon les savants calculs que j'ai effectués aujourd'hui, soit pesée avec l'obèse et pesée sans l'obèse, cette Raminagrobis féminine a perdu 2 livres depuis un an. À bon entendeur, salut!

dimanche 7 novembre 2010

Entre deux élans

Est-ce l'entraînement? Après tout, ça fait deux jours de suite que j'arpente les trottoirs avec bonheur et vivacité. Ou est-ce la faute de cette grosse cucurbitacée de citrouille qui m'a entraînée dans une véritable frénésie culinaire résultant en la concoction d'une soupe, de deux douzaines et quelque de biscuits et de deux pains? J'opte pour le premier point d'interrogation. J'ai les jambes mortes, les cuisses encore en traction et la face gelée. Mais je me sens vraiment, vraiment bien.

C'est comme si j'avais atteint un niveau de relaxation genre zen. Je sais qu'il y a encore des affaires qui devraient m'énerver mais je m'en fous. C'est comme si j'avais bu une bière La Vache Folle ou plusieurs coupes de vin. Tenez, à la fin de mon parcours, j'ai fait un arrêt au supermarché pour acheter de la salade, des bananes et un pot de betteraves. On dirait le Petit Chaperon Rouge et son panier, trouvez pas? Me manque que les galettes et le petit pot de beurre pour Mère-Grand. Bref, je m'installe en ligne à la caisse rapide. Y'a plein de monde et la pauvre caissière est seule pour s'occuper du service soi-disant rapide et du comptoir de courtoisie. Vous savez, les billets de loto et les caisses de bière.

Mais moi je ne suis pas pressée. J'ai gardé mes écouteurs et je suis dans ma bulle All That Remains. J'attends tranquillement. La chanson est drôlement bonne. Et je n'ai envie de parler à personne de toute façon. "Aye! sa ti du bon sens! Y'appelle ça la caisse rapide!", que j'entends subitement mon voisin d'en arrière me crier par la tête. Faut dire qu'il n'était plus derrière moi mais plutôt accoté sur le rack des chips à côté de moi. Un peu plus et je ne l'entendais pas. De fait, je ne crois pas que je l'aurais entendu. Si j'ai dû reconnaître sa présence, c'est qu'il était dans ma face. Je n'ai pas enlevé mes écouteurs. Je me suis contentée d'acquiescer poliment en esquissant un semblant de sourire. Je ne me sentais pas dans une humeur pour chialer. Je pense que je l'ai assez fait ces derniers jours. Et puis, je n'ai plus l'énergie pour ça. J'ai juste envie de vivre le calme en dedans.

On va dire que je prends le temps de recharger mes batteries. Je ne peux pas vous laisser, cependant, sans lancer une salve en direction de ma cible favorite. Les munitions me sont fournies cette fois par la journaliste Rima Elkouri du journal La Presse : "Le sentiment d'impuissance, alimenté par le désenchantement (ou est-ce le contraire), pousse bon nombre de citoyens au décrochage politique. Le bien-être personnel devient la seule chose qui compte. Le reste est vu comme la météo, en moins intéressant. Il pleut, c'est fort dommage. Mais qu'est-ce qu'on peut bien y faire?". Tout, mes chers amis, tout. Pour cela, il faut rester éveillé, continuer à poser inlassablement les mêmes questions, demander des comptes, exiger des résultats et, surtout, détacher notre regard de notre foutu nombril.

À méditer, en gardant notre calme.

samedi 6 novembre 2010

Un lourd silence

Avouez que c'est pas tous les jours qu'on trouve le nom de son grand-père à la une d'un journal. C'est pourtant ce qui m'est arrivé ce matin en lisant Le Devoir. Je vous rassure tout de suite. Je n'ai pas appris qu'il était mêlé à de vieux scandales mettant en cause pédophilie ou homicide non élucidé. Non. Il figurait plutôt dans un article de la journaliste Isabelle Paré qui traitait de culture et de censure où on dressait en fait un portrait de l'aide accordée par les gouvernements à la culture à partir du début des années 1920. On y expliquait notamment comment l'aide a d'abord été versée par un État censeur qui s'est transformé graduellement en État encenseur.

Voici donc le contexte. L'année : 1929. "L'ombre des robes noires plane toujours sur le Québec. Une loi vient d'être votée pour soumettre à la censure toutes les affiches de cinéma, divertissement jugé encore douteux par le clergé. Au pays du Ouimetoscope, le gouvernement Taschereau récidive pourtant un an plus tard pour étendre sa censure à toutes les images liées aux "vues animées" imprimées dans les journaux. Je suggère, lance Aldéric Blain, député de Dorion, que la loi s'étende aussi aux revues, rapporte alors Le Devoir."

Aldéric, c'est mon grand-père maternel. Je savais qu'il avait été député. D'abord défait aux élections fédérales de 1925, il a été élu en 1927 comme député du gouvernement du Québec dans la circonscription de Montréal-Dorion. Dois-je vous préciser qu'il exerçait sous la bannière conservatrice? Son intervention du paragraphe précédent ne laisse aucun doute en tout cas sur les valeurs qu'il défendait. J'aurais bien aimé le connaître. Malheureusement, il est mort à l'âge de 56 ans bien avant ma naissance. Je sais de lui seulement ce que maman nous en racontait. Je viens d'en apprendre un tout petit peu plus ce matin.

C'est drôle parce que moi, sa petite-fille, j'ai justement visionné un film sur la censure hier soir en compagnie de l'Ami. J'avais envie de vous en parler mais je ne savais pas trop comment amener le sujet. Merci Aldéric. Grâce à toi, c'est maintenant chose faite. Alors, plus un documentaire qu'un film, Howl décrit le début de la carrière du poète américain Allen Ginsberg dont le long poème en prose intitulé Howl, écrit en 1955, a entraîné son éditeur dans un procès pour obscénité. Cette oeuvre est considérée comme l'une des plus importantes de la Beat Generation, au même titre notamment que le roman On The Road de Jack Kerouac. Obscène? Peut-être. Fallait-il cependant essayer de censurer sa publication et, pour ce faire, tenter de prouver que les mots utilisés par Ginsberg, parce qu'ils étaient considérés comme trop crus, n'étaient pas nécessaires? C'est ce que l'avocat de la poursuite a tenté de faire lors du procès comme le rapporte le film. Parfois, c'en était presque risible. Demander à des experts en littérature de justifier le mérite de l'oeuvre ou d'expliquer certains passages plus "dérangeants" semble relever de la pure fiction. Et pourtant...

Même si le juge a finalement décrété que l'oeuvre de Ginsberg pouvait être diffusée, je suis sortie du cinéma avec un goût amer dans la bouche. C'était beau d'entendre le magistrat parler de la différence entre les individus et de l'importance d'avoir accès à une multitude de points de vue, d'idées et d'opinions. Et lorsqu'on comprend qu'entendre ne veut pas nécessairement dire approuver, me semble qu'on ne devrait jamais songer à la censure. Se mesurer à des concepts nouveaux, ça ouvre l'esprit à la réflexion. Ça permet d'entrevoir autre chose que nos préjugés et nos visions toutes faites. Lentement, un chemin se fraie. C'est celui de la liberté de pensée, de la liberté de décider pour soi. C'est sûr que ce doit être mauditement plus facile de gérer une armée de robots qui pensent tous de la même façon. Dès qu'il y en a un qui ose sortir des rangs, il se fait tout de suite repérer et ramener au bon sens commun. Vous trouvez que j'exagère? Informez-vous. Posez-vous des questions sur les décisions prises en ce moment par un certain gouvernement de droite relativement aux organismes d'aide humanitaire qu'il soutient ou non selon que ces derniers distribuent des bibles ou encouragent l'utilisation du condom. Sur les organismes culturels qui reçoivent ou non du financement selon qu'ils font la promotion de notre beau pays ou traitent de thèmes trop embarrassants. Sur les regroupements de femmes qui se retrouvent avec des budgets coupés parce qu'elles revendiquent leurs droits en faisant trop de bruit. Sur les nombreux groupes communautaires qui tentent désespérément d'avoir de minuscules budgets pour donner des services à des gens défavorisés, des laissés-pour-compte considérés comme persona non grata. Sur l'accès renié à l'information, sur la difficulté d'obtenir des documents qui jetteraient entre autres un éclairage sur le recours à la torture, sur la conclusion d'accords pas toujours négociés selon les règles, sur des renseignements scientifiques qui viennent contredire ce que l'on tente de nous faire croire au sujet des changements climatiques, des sables bitumineux ou des gaz à effet de serre.

Parfois, il faut des mots crus pour dénoncer, pour réveiller les consciences. Tant qu'à prendre le risque de sortir des rangs et avant de se faire remettre à sa place, aussi bien oser au max. Je vous laisse avec le début du poème de Ginsberg et vous invite à en lire plus sur ce grand cri de liberté :

I saw the best minds of my generation destroyed by
madness, starving hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn
looking for an angry fix,
angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly
connection to the starry dynamo in the machinery of night, ...
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Notes pédestres : J'ai eu droit à mes premiers flocons de neige cet après-midi et, avec la musique du groupe All That Remains dans les oreilles, j'en ai apprécié uniquement la beauté. Au diable le froid!

vendredi 5 novembre 2010

Des trottoirs et des hommes

C'est dur à croire mais je n'ai pas fini de déverser mon fiel. Ce soir, je crache donc sur cette société dont l'indifférence n'a d'égal que son nombrilisme. Et ils dégagent tous deux une odeur nauséabonde de plus en plus insupportable. Qu'est-ce donc que cette soi-disant vie organisée entre êtres humains qui ne s'offusque même pas de voir certains de ses membres dans la rue? Moi ça me tord les boyaux quand on me tend la main. Parce que moi je ne sais pas ce que c'est que d'avoir froid, d'avoir faim ou, pire encore, d'être seul. Mais je peux fort bien l'imaginer, par exemple, et ça me rend malade de faire partie d'un système qui tolère l'intolérable.

J'entends déjà des voix s'élever pour me lancer que ces gens ont choisi d'être là, qu'ils ne veulent pas travailler, qu'ils préfèrent se laisser vivre, ou boire, ou se droguer. Peut-être que c'est vrai pour certains d'entre eux, mais ça n'excuse d'aucune façon notre je-m'en-foutisme si à la mode. Et que dire alors de notre regard d'aveugle de privilégié tellement bien développé qu'il arrive à voir sans voir. Non, mais, n'est-ce pas un beau progrès ça, mesdames et messieurs? Y a vraiment de quoi être fier! Désormais, on peut magasiner tout en contournant habilement sur le trottoir les personnes qui nous demandent de l'argent pour manger. Et si on accepte de leur jeter un oeil, la réponse fuse, toute prête : "Désolé, mais je n'ai rien pour vous. C'est que je dois me dépêcher pour aller chercher le rosbif que je vais servir ce soir sans compter l'arrêt que je dois faire ensuite à la SAQ pour acheter la bonne bouteille de rouge que je vais m'envoyer derrière la cravate." Et l'on continue son petit bonhomme de chemin. Zut! en voilà un autre un peu plus loin. Il est habillé en guenilles. Il fait froid et il n'a pratiquement rien sur le dos sauf un genre de poncho sale. C'est vraiment pas drôle. Bon, c'est bien beau ça mais on ne peut pas se mettre en retard et quitter les magasins sans avoir acheté une énième paire de pantalons. Au diable ceux qui gèlent!

J'étais au centre-ville d'Ottawa aujourd'hui. J'y ai revu sur le trottoir un homme assez jeune avec qui j'avais brièvement conversé il y a quelques semaines. Il avait surtout retenu mon attention parce qu'il était accompagné d'un chien et d'un chat, sa famille comme il dit. Il se cherche en ce moment un endroit où demeurer pendant l'hiver. C'est pas facile parce que les refuges n'acceptent pas les animaux de compagnie des itinérants. On peut les comprendre. En même temps, pour ces gens, ces animaux sont souvent les seuls êtres vivants qui leur démontrent de l'affection. Et pour la plupart ils en prennent vraiment bien soin préférant souvent se priver de nourriture pour que leurs compagnons à quatre pattes puissent manger à leur faim. J'ai fait ma petite part. Mais après, quand je suis entrée dans le Centre Rideau, c'est drôle, j'avais pu envie de grand-chose. Je trouvais qu'il y avait un caractère proprement indécent à cette abondance de marchandises exposées un peu partout. De toute façon, y avait même pas ce que je cherchais : un abri pour une famille de trois...

jeudi 4 novembre 2010

Zone de turbulence

Bon, ben, faut que je vous parle de rien parce qu'il ne m'arrive rien. Voyons un peu quelles sont les anecdotes qui ont meublé mon plate quotidien des dernières 48 heures? Tiens, pourquoi pas des aventures à bord de l'autobus? Ce matin, j'ai eu le grand plaisir de partager (j'utilise ici ce mot dans son sens le plus large) mon banc avec une grosse lectrice qui prenait toute la place. Elle avait ouvert son gros livre et l'avais mis en équilibre sur un gros sac. Ses bras étaient déployés de chaque côté du livre pour bien tenir les pages immobiles. C'était de toute beauté de voir ça. Pendant ce temps, j'essayais de ne pas glisser sur le plancher toutes les fois que l'autobus freinait un peu brusquement ou prenait un virage trop abruptement. Une bonne grosse demi-heure de plaisir en perspective! Laissez-moi vous dire que j'en ai eu pour mon argent, soit pour les 92 $ que la Société de transport de l'Outaouais ose me demander chaque mois pour me faire chier chaque jour. En tout cas, moi qui peux être une avide lectrice, j'ai eu ce matin envie de faire une Jacques Demers féminine de mon moi-même et de proscrire la lecture à bord des autobus. Je vous le dis, si je ne m'étais pas retenue, je l'aurais frappée à l'aide de son gros livre.

Il faut dire que j'avais encore bien incrusté dans ma mémoire corporelle mon voyage de retour de la veille au soir dans un de ces charmants wagons à bestiaux. J'avais laissé passer devant mon nez trois de ces merveilleux véhicules chargés d'êtres humains désireux, j'en suis certaine, de retourner à leur foyer dans autre chose qu'une étable ambulante. Mais comme je devais retrouver l'Homme à une heure dite, à un moment donné, je n'ai pas eu d'autre choix que de me joindre au troupeau. Encore une fois, j'ai été obligée de m'accrocher à un poteau. Je me sentais tellement misérable que j'avais envie de pleurer. Je n'en peux plus de rester debout pendant un trajet d'une heure, en promiscuité totale avec des étrangers, à respirer leurs lotions après-rasage, leurs shampoings floraux et leurs parfums puants de chez Avon. Si ce n'était que ça. Je dois aussi supporter la musique qui sort de leurs écouteurs. Je sais, je sais, ça m'est déjà arrivé à moi aussi de me laisser emporter par mon enthousiasme métal. C'est la soeur Psy qui l'a dit. Il paraît que l'Homme et elle ont enduré le son de mes écouteurs pendant le trajet vers Wildwood cet été. Eh! bien, ils auraient dû me le dire. J'aurais baissé le son. Mais dans l'autobus, même s'il y a des affiches qui invitent les gens à faire preuve de considération envers leurs voisins quand ils se branchent à des écouteurs, il n'y a rien à dire. Rien à faire. Faut endurer, c'est tout. Un jour, je vais en étrangler un. Avec ses écouteurs.

Je ne sais pas ce que j'ai. J'ai la patience à zéro. Mais j'ai l'agressivité au max. Je n'arrive pas à totalement comprendre ce qui m'arrive. J'en veux au monde entier et à personne en particulier. Je suis notamment enragée de voir des gens prendre leur retraite avec leur santé en moins. Surtout quand ce sont des gens que je connais. Toutes ces années à bosser en aspirant chaque jour un peu plus à la liberté de son temps. Et voilà que ce temps dont nous devions profiter est désormais compté? Serré. Et les projets qu'on voulait réaliser? Envolés. Et on garde le sourire et le courage parce qu'on est une force de la nature et une source d'inspiration. Moi je veux juste sortir de là avec ma santé physique. Pour ma santé mentale, je crois que c'est moins sûr. En attendant, longue et heureuse vie de retraité à toi J-G.

mardi 2 novembre 2010

Bête comme mes pieds

Je vous écris gelée. En fait, j'ai les deux pieds sur la glace. Blessures d'athlète obligent. Je ne veux pas l'admettre. Je ne veux pas ralentir. Mais j'ai une inflammation sur le côté du pied gauche et une autre sous la plante du pied droit. Je déteste. Et je ne me soigne pas. Je n'y pense jamais. Une fois les espadrilles enlevées, une fois mon corps immobilisé, je ne sens presque plus rien. Jusqu'à ma prochaine sortie sur les trottoirs. Ou, je vais l'avouer, lorsque je me lève de ma chaise au bureau après m'être trop longtemps prélassée dans la position assise. J'ai l'air d'une baderne.

En parlant de vieille chose justement, vous auriez dû me voir cet après-midi. Je croyais que j'allais mieux. Pourtant, la douleur ressentie en enfilant ma chaussure aurait dû déclencher en moi une quelconque inquiétude. Que non! J'ai marché mais j'ai fini en boitant. Et comme j'ai mal aux deux pieds, je ne savais plus trop sur quel pied claudiquer. Si j'avais eu mon cell avec moi, je crois bien que j'aurais appelé l'Homme pour qu'il vienne mettre un terme à ce parcours du combattant, parcours que j'ai à peine raccourci, bien évidemment. Je voulais en profiter. Il faisait beau soleil. D'ailleurs, j'étais habillée un peu trop chaudement. Et puis, j'avais manqué le cours de yoga. Fallait tout de même que je me nettoie le cerveau!

Elle est finie la complainte du phoque en Alaska. Je poursuis en vrac. Hier soir, en me dirigeant vers la maison après être descendue de l'autobus, j'ai fait la rencontre du chien d'un voisin nouvellement emménagé. C'est le pendant de Mignonne. Je vous raconte. Je passe d'abord devant sans vraiment le voir. Puis j'entends un minuscule "Wouf". Je me retourne et je l'aperçois. Un petit chien blanc adorable qui, en voyant qu'il avait réussi à capter mon attention, se couche sur le côté et m'offre son bedon à flatter. Pareil comme Mignonne! Je n'ai pas pu résister. Sa propriétaire m'a dit que c'était son numéro de charme. Ça a marché avec moi en tout cas. Je suis littéralement tombée en amour avec cette bête. 

En parlant de bête, j'ai lavé Mignonne ce soir. Me semblait que j'avais encore vu une puce. Et comme j'ai décidé de traiter mes félines avec des huiles essentielles plutôt qu'avec des produits chimiques, je me suis mise à douter de l'efficacité du traitement. Ne pouvant me résoudre à changer mon approche en médecine douce, j'ai cru qu'un bain avec un peu de shampoing ne pouvait pas faire de tort. Premier hic : comme je n'avais pas de shampoing anti-puces, j'ai utilisé le shampoing à la banane de l'Homme (hum! me semble que cette suite de mots prête à confusion mais je sais qu'en vous concentrant, vous pouvez suivre mon idée). Alors, je ne sais pas si mon intervention sera efficace. Deuxième hic : ça ne me tentait pas vraiment de mouiller Mignonne complètement. J'ai donc opté pour un demi lavage, soit du milieu du corps jusqu'à la queue (encore des mots que je regrette déjà). Si les puces ont pris la poudre d'escampette, il y a fort à parier qu'elles se trouvent toutes sur la tête de Mignonne en ce moment. Dire que je viens de lui donner un gros baiser entre les deux oreilles pour me faire pardonner. Eh! c'est quoi ça, sur le clavier?

lundi 1 novembre 2010

Quand le rêve devient réalité

Je l'avais finalement devant moi. L'experte des ressources humaines. Celle qui détient la clé de mon cubicule de fonctionnaire. L'entretien n'a pas été long. Je n'avais pas plus de questions à poser que lors de mon contact téléphonique. Et elle n'avait pas grand-chose à me dire finalement, sauf qu'il y a plus de papiers à remplir pour sortir que pour entrer. Elle a pitonné trois fois sur son ordi "pour me sortir les chiffres". Des chiffres? Quels chiffres? Et pourquoi faire? J'ai déjà coupé le cordon. Je suis à moitié partie et ce ne sont pas des chiffres qui me feront changer d'avis.

Bon, bien, il paraît qu'il faut quand même parler chiffres pour sortir de prison. Faut même parler d'années de service. C'est la durée de la sentence en fait. Dans mon cas, je croyais qu'en me rendant au 11 juillet, date de mon premier jour d'emprisonnement, j'aurais cumulé 34 longues années derrière un bureau. Il semble que non. J'ai oublié de déduire ces journées où je me suis révoltée et où je suis allée dans la rue pour protester de mon pauvre sort.

Les journées de grève. Je suis sortie sur les trottoirs toutes les fois que le syndicat l'a demandé. J'ai porté des pancartes. J'ai scandé des slogans. J'ai tenté d'empêcher les gens d'entrer. Et j'ai été évidemment privée de paie. Mais je ne regrette absolument rien. Si c'était à refaire, je serais encore dehors avec mes compagnons et compagnes d'infortune. Je suis solidaire jusqu'au bout. C'est pas sans raison que j'ai baptisé mon bassin l'Étang Michel-Chartrand. Vous voyez le lien?

Mais la solidarité a un prix. Et je le paie maintenant. Si je veux avoir une pension calculée pour 34 années de sévices (oups! lapsus volontaire), je dois travailler jusqu'au 21 août! Pas question. Le 23 juin, c'est ma dernière offre. Après, je pars en vacances prolongées.

Et comme tout se tient dans ma vie (enfin, j'essaie que ça se tienne), je fais ici le lien avec un concours organisé par le journal Le Devoir auquel j'ai participé aujourd'hui (ben oui, j'ai eu le temps!). Alors voilà. Il fallait voter pour LA chanson québécoise la plus intimement, physiquement, intrinsèquement nôtre. J'ai choisi Un air d'été de Pierre Bertrand et j'ai envoyé le texte qui suit pour expliquer mon coup de coeur :

"Je ne peux lier cette chanson à aucun fait particulier de ma vie, ni à aucun endroit où je l'aurais entendue pour la première fois. Ce que je sais, par contre, ou plutôt ce que je sens, c'est que chaque fois que je l'entends, je fonds. Peu importe où je me trouve, j'ai un sourire qui se colle dans ma face. Dès les premières notes, je ferme les yeux et je suis partie. Je rêve de mes vacances, passées et à venir. Mais, surtout, je me sens tellement bien en dedans. C'est comme si les paroles prenaient vie : "Un air d'été, tout léger, tout léger, tout léger..." Et me voilà moi aussi toute légère, prête à partir, prête à recommencer : "Prière de ne pas déranger, je suis en vacances." Merci Pierre pour ce bonheur instantané à tout coup assuré!"

Faites l'exercice pour le plaisir ou rendez vous sur le site du Devoir pour participer. Ou encore laissez un commentaire à la suite de ce message. Vous allez vite constater que ce n'est pas si facile que ça de trouver une seule chanson marquante. Mais c'est sûr que si j'avais à voter pour la musique qui me fait vraiment vibrer, celle qui m'a réveillée de ma torpeur, celle qui continue d'alimenter mon âme, j'aurais crié : METAL!!!!