mardi 16 août 2011

En camisole... de nuit

Blog du matin

Il est trois heures du matin et je n'arrive pas à dormir. Je me suis réveillée à cause de ma vessie et de ma lanterne, puis en raison d'un bruit inusité en provenance de la cour. Le Visiteur masqué est là et j'ai décidé de monter la garde pour protéger mon étang dans lequel je l'ai surpris à s'ébattre gaiement. Malheureusement, malgré mes multiples sorties intempestives avec ma lampe de poche, il continue de descendre de l'érable et de s'approcher du bassin. J'écris donc avec l'oreille tendue, prête à réagir au moindre bruit suspect. Je ne suis pas seule pour veiller car la Reine-Marguerite, après avoir réussi à me soutirer quelques garnottes pour se rendre au matin, est venue me retrouver dans mon lit. Faut dire que dans son cas, je ne suis pas certaine que l'oreille soit vraiment tendue puisqu'elle roupille paisiblement à mes côtés en faisant entendre un ronronnement de contentement béat.

Puisque vous êtes là, je vais vous raconter ma soirée et vous démontrer, comme si besoin était, à quel point je peux être pathétique quand mon anxiété prend le dessus. Je suis revenue du travail inquiète de la façon dont mon bas du corps semblait se comporter. Me semble que je me sentais enflée et que j'effectuais des séjours un peu trop rapprochés à la salle de bain. Bref, je paniquais.

J'ai donc décidé de me rendre une nouvelle fois à la clinique pour chercher un réconfort quelconque, une raison d'espérer que je survivrais jusqu'à l'arrivée de mon premier chèque de nouvelle retraitée. L'Homme travaillant en soirée, je n'avais pas de voiture à ma disposition. Qu'à cela ne tienne, je suis la Marcheuse urbaine. J'ai pris mes pieds à mon cou et je suis partie en direction de la clinique, une marche d'au moins une heure. Comme j'arrivais pratiquement à destination, je me suis aperçue que j'avais oublié mon portefeuille à la maison. Privée de la carte d'assurance-maladie, je ne pourrais sans doute pas voir un médecin. Je passais devant le magasin où l'Homme travaille, alors je me suis dit que je prendrais la voiture pour retourner à la maison récupérer mes papiers. Petit hic de taille quand même, je n'ai pas non plus mon permis de conduire puisqu'il se trouve lui aussi dans le portefeuille. Vraiment embarrassée à l'idée de déranger l'Homme en pleine action, je décide d'appeler la Fille à la rescousse au cas où elle serait dans le coin revenue de son escapade au Saguenay. Je la rejoins par l'entremise du cell de son bien-aimé : "Salut, c'est moi. J'aurais un service à te demander. Où te trouves-tu en ce moment? À Tadoussac! Laisse faire, je vais me débrouiller autrement."

Un peu désespérée, j'appelle l'Homme qui ne peut se libérer dans un avenir immédiat rapproché pour me ramener à la maison. Je le confesse : j'ai pris le risque de conduire illégalement. Avais-je vraiment un autre choix? Rendue à la maison, mesurant l'ampleur de ma décadence, j'appelle le Fils en pleurant. Stoïque comme à son habitude, il écoute mon histoire et me dit simplement : "C'est pour ça que tu es aussi découragée? Pourquoi tu dis que ce n'est pas correct ce que tu as fait? Tu as simplement voulu te rassurer." C'est vrai. Comme il a raison. Du coup, je me suis sentie moins stupide surtout qu'il a refusé de me renier comme mère malgré des comportements frôlant la nécessité d'enfiler la camisole de force.

Rassérénée, j'ai décidé de rembarquer dans les nouveaux sillons et je me suis préparée un bon souper. À 19 h, n'en pouvant plus d'inquiétude, j'ai pris la voiture et je suis allée à la clinique. Oui. Avec ma carte d'assurance-maladie. Et mon permis. La réassurance a un prix, toutefois. J'ai dû me plier à un examen gynécologique et me déshabiller devant un médecin que j'ai toujours trouvé plutôt séduisant. Ouais. J'ai également eu droit à une requête pour passer une échographie pelvienne. Au privé. Paraît que ça va plus vite. Ça doit coûter plus cher aussi. M'enfin.

Alors, c'est ça. Je viens d'aller faire encore pipi. J'ai aussi jeté un oeil dans la cour. Tout semble redevenu tranquille. Je crois que je vais maintenant imiter la Reine féline et ronronner à mon tour. Déjà 4 heures. J'entends les grillons, ou les cigales, je ne sais plus trop, et le silence de la nuit. Un peu de calme avant le retour de la tempête.

dimanche 14 août 2011

La nature guérisseuse

Finalement, je n'ai pas déjeuné du tout avec l'Ami hier matin. Non. Je me suis plutôt tapée l'attente à la clinique médicale pour apprendre que je souffrais d'une infection des voies urinaires, ou de la vessie, ou encore d'une pierre au rein. Serait-ce parce que j'ai tendance ces temps-ci à prendre des vessies pour des lanternes que j'éprouve autant de problèmes dans le bas du corps? De toute façon, me voilà avec d'autres antibiotiques à prendre et mon hypocondrie galopante à gérer.

Et je peux vous dire qu'elle galopait fort ce matin. À un moment donné, j'étais certaine que les médicaments faisaient en sorte que j'étais hors de mon corps. Je m'écoutais parler, mais d'en haut. C'était vraiment bizarre. Faut dire que ça m'est déjà arrivé dans d'autres circonstances et sans antibiotiques. Je sais ce que vous pensez, mais ce n'est pas ça du tout. Pas besoin de me shooter quoi que ce soit pour que je commence à dérailler. Je fais très bien ça toute seule.

Alors, je parlais à l'Homme de mes malheurs et de mes projets en prenant mon café dans la cour. J'étais si triste et fatiguée. J'avais envie de fraises et de cerises de la forêt. Je voulais tremper mes lèvres asséchées dans un vin d'été. Oh! oh! vin d'été.

Voyons, que disais-je avant de me laisser emporter dans les bras de Robert Demontigny? Ah! oui, que je ne me possédais plus. Quoi? Vous ne savez pas qui est Robert Demontigny? Honte à vous qui ne connaissez pas ce beau brummell de la chanson québécoise de mes folles années d'adolescence! Tenez, admirez cet irrésistible charme et cette bouche en coeur...


... oui, cette bouche qui susurrait à nos oreilles : "Donne-moi encore ce baiser brûlant qui a fait de nous des amoureux. Ne laisse jamais une autre bouche caresser tes lèvres douces, un baiser de toi, c'est merveilleux!"

Bon, bien, je m'éloigne drôlement de mon sujet. Je voulais vous parler en fait du remède que j'ai trouvé pour me ramener les deux pieds sur terre et, surtout, pour cesser de rêvasser les yeux dans la graisse de bine en fredonnant bêtement : "Eso beso, serre-moi fort, Mucho, mucho, hum encore..." Mais juste une petite parenthèse avant que je retrouve le cours logique de ce message. Avouez que c'est difficile d'imaginer l'énOOOrme transition que j'ai réalisée dans mes goûts musicaux. De Robert au Métal, il y avait tout un pas à franchir, un véritable Rubicon!

Mais revenons à notre propos du départ. Pour remettre mon cerveau au mode normal, j'ai donc décidé de travailler dans mes plates-bandes. Quelle heureuse et intelligente initiative! Après une heure passée à couper les fleurs mortes, à attacher les tiges tombantes, à râteler le sol, à mettre de l'engrais, j'étais complètement revenue dans ma tête. Je connectais. J'ai poursuivi ma thérapie "naturelle" tout l'après-midi. De temps à autre, j'allais voir les espiègles qui s'ébattaient dans leur bassin, lequel avait d'ailleurs été encore un peu ravagé ce matin par une bête que je soupçonne être rayée de blanc. L'odeur ne trompe pas.

Mon plus grand plaisir, depuis que le trio de batraciens a décidé d'emménager avec les espiègles, c'est de tenter de les repérer. J'ai lu sur la Toile qu'ils pratiquent le mimétisme de façon fort habile. Et c'est tout à fait vrai. Bien souvent je pense qu'il n'y a aucune grenouille à proximité lorsque soudain, j'aperçois Gertrude tapie derrière une laitue d'eau, ou encore Gontran installé confortablement sur une feuille de nénuphar se laissant déporter au gré des bulles de la pompe. Vous pouvez imaginer sans peine que j'ai fait plusieurs allers-retours entre la flore et la faune!

Ce soir, je suis donc un peu réconciliée avec mon désordre urinaire. J'essaie aussi de rester dans mes nouveaux sillons. Merci la cour, oasis de paix. Je ferme les yeux et je te contemple dans toute ta beauté et ta sagesse.

Danke schön! Merci pour la joie que j'ai retrouvée!
(une autre chanson de Robert)

vendredi 12 août 2011

L'art de meubler le vide ... un semblant de début

Hum... je suis maintenant à huit jours ouvrables de la fin de mon temps utile. Vous sentez de l'amertume dans mes propos? Peut-être aussi un peu de cynisme? Vous n'avez pas tort.

J'étais en congé aujourd'hui et je ne pouvais m'empêcher de penser que ce serait comme ça pour les jours, les mois et les années à venir. Comme quoi? Comme j'ai déjeuné en lisant les journaux. Comme j'ai joué avec les félines. Comme j'ai pensé que j'allais défaire mon lit pour laver les draps. Comme j'ai pris le rôle de Martha et j'ai nettoyé la salle de bain du haut et épousseté les chambres. Bref, je m'emmerdais royalement. Et ce qui ne m'aidait pas, c'est qu'en faisant du ménage au deuxième étage, je ne cessais de tomber sur des cadres remplis de photos du temps où je servais à quelque chose, du temps où j'étais une maman à plein temps. C'est ça qui arrive quand on s'entête à garder des souvenirs, des bricolages, des petits mots d'enfants écrits dans des cartes fabriquées à la main. Oui, c'est la nostalgie qui prend le dessus et j'ai réalisé que la nostalgie est très mauvaise conseillère, du moins dans mon cas.

D'abord, elle fait monter en moi la tristesse des années qui ont fui à la vitesse de l'éclair. Ensuite, elle m'entraîne dans une rétrospective où je me demande parfois si j'ai bien su profiter de ces années où le Fils et la Fille étaient avec nous et même, ô comble du malheur, dans une culpabilité malsaine genre "Est-ce que j'ai vraiment été une bonne mère?, Est-ce que j'ai su écouter? Est-ce que j'ai été suffisamment présente?" Et là, les larmes coulent. Et je n'arrive pas à accepter que c'est fini et que je dois, que cela me plaise ou non, prendre le chemin de la retraite.

Après un moment, je me suis dit que ça va être beau quand le jour fatidique va arriver. Va vraiment falloir que je me brasse sinon c'est la dépression assurée au bout de quelques semaines. L'Homme, que j'ai accueilli à bras ouverts quand il est venu dîner parce que j'avais tellement envie de parler à quelqu'un, m'a dit de ne pas m'en faire et que j'allais éventuellement prendre une routine de retraitée. Comme je voulais en savoir plus, il avait fini d'avaler son repas et il filait pour son après-midi de travail... le chanceux!

Je suis remontée au deuxième avec la ferme volonté de trouver le courage de m'habiller car j'étais toujours en jaquette. La Reine-Marguerite dormait à pattes fermées sur le lit du Fils, près de la fenêtre par où entrait une bien agréable brise. Je n'ai pas pu résister et je me suis étendue près d'elle pour la flatter. Je m'étais dit qu'une fois habillée, je pourrais marcher jusqu'au Moca Loca pour prendre une limonade et lire sur la terrasse. Cela me permettrait de m'entraîner et de passer le temps. Encore fallait-il que je me lève. L'heure avançait et j'avais dit à l'Homme que j'irais le retrouver à la fin de sa journée, et ce, dans l'unique but de me forcer à bouger. C'était une bonne tactique car j'ai réussi à quitter les félines pour rejoindre les trottoirs. Autre note mentale que je ne devrai pas oublier : les félines et leur propension à se vautrer toute la journée dans une béatitude admirablement confortable ne sont pas des exemples à suivre à moins de vouloir peser 300 livres à la fin de ma première année à la retraite!

Une fois dehors, tout a mieux été. Il faisait un temps superbe. Avec le vent qui soufflait, on sentait à peine la chaleur. Comme prévu, j'ai siroté ma limonade en lisant mon livre jusqu'à ce qu'il soit l'heure de partir retrouver l'Homme. Je dois vous avouer, cependant, que je n'ai quand même pas voulu prendre le risque de déprimer une autre journée puisque l'Homme travaille en fin de semaine et, en arrivant au resto, j'ai donné un coup de fil à l'Ami : "Est-ce que tu fais quelque chose de spécial demain? Non. Ça te dirait d'aller déjeuner avec moi?"

dimanche 7 août 2011

Ayez un étang qu'ils disaient...

...et vous aurez des heures de plaisir en perspective! Vous ai-je dit que nous éprouvions des problèmes depuis quelque temps avec le niveau d'eau? Ben oui. Des problèmes suffisamment sérieux pour que je sois obligée de mettre le boyau au moins une fois par jour pour éviter aux espiègles de poursuivre leurs parties de nageoires en l'air directement sur la pelouse.

Alors aujourd'hui, l'Homme et moi avons décidé de faire face à la musique et d'entreprendre ce qui ressemblait ma foi à l'un des douze travaux d'Hercule. Nous avions de forts soupçons que la fuite se trouvait dans la partie non profonde. Première tâche, donc, vider la section en question pour voir ce qui se trame sous la toile. Chaussée de mes belles bottes noires en caoutchouc de chez Canadian Tire pour ne pas le nommer, j'ai embarqué dans l'étang pour enlever les plantes et les roches. L'Homme a commencé à enlever des chaudières d'eau puisées dans la partie profonde. Nous avons ensuite balayé la toile pour tenter de trouver la fameuse fissure. Et tout cela dans l'harmonie la plus totale :

Moi : "Attention aux plantes. Tu dois travailler doucement pour ne rien briser. Regarde où tu as mis les pieds. En plein sur les feuilles. Tu ne vois donc rien. C'est ça que tu appelles travailler en douceur! Ne va pas repêcher les poissons. Surveille s'il n'y a pas une grenouille sur le bord de l'étang. Avec tes gros pieds, c'est sûr que tu vas l'écraser s'il y en a une qui se pointe la cuisse."

L'Homme : Où ça une plante? Je fais attention mais il y a trop de roches et de feuilles et de toutes sortes d'affaires autour du bassin. Tu ne me fais pas confiance. Je sais ce que je fais. Si tu n'arrêtes pas de m'énerver avec tes mises en garde, je flanque tout là et je te laisse te débrouiller toute seule."

Reprenant notre sang-froid, nous réussissons à enlever suffisamment d'eau pour examiner la toile. Comme nous n'arrivons pas à repérer le trou problématique, nous pensons en arriver au point où il faudra soulever la toile. Heureusement, je continue à promener mes doigts gantés de latex sur le fond du bassin quand, soudain, je la vois : une fissure en forme de triangle juste sur le bord de la pente qui mène au deuxième palier. "Regarde. C'est là. Je l'ai finalement trouvée!", que je crie à l'Homme tellement je suis soulagée de ne pas avoir à travailler moins en douceur que je le souhaite. L'Homme qui m'accusait depuis le début d'être la responsable de la fissure à cause de mes allées et venues dans l'étang avec mes bottes de caoutchouc de chez Canadian Tire me répond : "Haha! je l'avais bien dit que tu ne devrais pas te promener tout le temps dans le bassin. Tu as sans doute pilé sur une roche qui a ensuite déchiré la toile." Furieuse d'être injustement clouée au pilori, surtout que je sais que ce sont toujours des raisons de force majeure qui m'amènent dans le bassin, je poursuis mon examen de la toile et je trouve deux autres trous semblables au premier. Et là, la lumière se fait dans ma petite tête : "Tu sais ce que je pense. Je pense que ce n'est pas moi la cause de nos maux. Je crois que c'est plutôt l'animal qui a ravagé le bassin au début de l'été qui a perforé la toile avec ses griffes. Regarde à côté des trous, il y a aussi de toutes petites perforations qui ont sans douté été laissées par le bout d'une griffe." Un peu de mauvaise grâce, l'Homme accepte ma théorie et commence à préparer les rustines.

En plus de la chaleur et de l'humidité, nous devons composer avec Gertrude la grenouille qui a décidé, au moment crucial où nous tentons de sécher les endroits à réparer, de justement venir s'installer en plein sur l'un des trous. Toujours animée du profond désir de travailler "en douceur", je ne veux pas brusquer Gertrude en la chassant. L'Homme, lui, a pratiquement les doigts collés sur la rustine que je refuse de prendre pour l'installer à l'endroit fatidique pendant que Gertrude poursuit, indifférente, son bain de soleil. Enfin, elle saute dans les buissons. "Vite," que je lance à l'Homme, "c'est le temps ou jamais de terminer notre réparation." Les trous colmatés, j'entreprends de réinstaller les plantes et les roches pendant que l'Homme remet le boyau pour remplir l'étang. Aussitôt, les espiègles se précipitent pour voir ce qu'il y a de nouveau dans leur habitat. Ils semblent apprécier le fait que nous avons haussé un peu le bord du bassin en ajoutant cinq grosses pierres que l'Homme a transportées à la sueur de son front et au mépris de son dos. C'est que cela fait en sorte que la partie peu profonde est un peu plus profonde. Ils s'en donnent à coeur joie en se frottant sur les petites roches que j'ai rajoutées exprès pour eux.

L'étang a retrouvé son niveau normal. J'ai nettoyé le filtre de la pompe et mis des produits dans l'eau pour l'éclaircir car tout ce remue-ménage de terre et de glaise l'a laissée en piteux état. Les espiègles ne semblent pas s'en plaindre, toutefois, et continuent de se poursuivre à vive allure d'un bout à l'autre de l'étang. Puis, pour couronner le tout, Gertrude, Gontran et Graziella réapparaissent tous les trois en même temps sur une des grosses roches. Elles semblent elles aussi évaluer l'état de la situation et, satisfaites, sautent sur une laitue d'eau.

Ayez un étang qu'ils disaient... et vous aurez des heures de contemplation béate en perspective!

samedi 6 août 2011

Bêtisier

Je ne peux vous parler que de bêtes ce soir car elles ont été omniprésentes dans ma journée. Je commence d'abord par Gertrude, la grenouille nouvellement emménagée dans le bassin. Eh! bien, figurez-vous qu'elle a un compagnon que l'Homme a baptisé Gontran. Je trouvais ça charmant d'avoir un petit couple dans l'étang. Et puis, ça allait bien avec les ébats amoureux des espiègles. Je ne sais pas ce que je fais pour sans le vouloir réunir les conditions de reproduction dans ma cour, mais à cause de ce talent, je me retrouve constamment avec plus de bêtes dans la réserve. En voulant faire admirer à l'Homme Gontran et sa gonzesse prenant un bain de soleil sur une laitue d'eau, qu'est-ce que j'aperçois qui effectue un superbe plongeon juste devant eux? Oui, c'est ça, une autre grenouille, que j'ai appelée Graziella. Notez ici l'utilisation des prénoms qui commencent tous par G pour... Grenouille. Bravo, je vois que vous suivez.

En même temps que je vous donne des nouvelles des batraciens, je suis allée sur la Toile pour tenter d'identifier ma tribu. J'hésite entre la grenouille léopard ou encore la grenouille du Nord. C'est vraiment difficile de les différencier car je n'ai pas trouvé beaucoup d'images. En tout cas, j'adore les observer. Je crois qu'elles vivent derrière une des pierres de l'étang et dans les plantes qui bordent le garage. Ce qui m'intrigue particulièrement c'est comment elles ont pu se rendre là? Est-ce que c'est un oiseau qui leur a dit d'aller chez nous parce qu'il y a toujours de l'eau et de la bouffe et, de ce temps-ci, du caviar de poisson rouge? Nous vivons quand même loin des cours d'eau environnants. Ça se déplace à quelle vitesse une grenouille? Et qu'est-ce que ça fait l'hiver? J'ai lu sur un site que certaines espèces vont dans l'eau pour hiberner. Je ne suis pas certaine que les espiègles seront d'accord pour partager l'espace restreint dont ils disposent pour la saison froide avec des batraciens non invités. C'est à suivre.

C'était aussi jour de vet pour la Reine-Marguerite. Il y a quelques semaines, Mignonne s'est fait dire qu'elle était grosse et qu'elle devait se mettre à la diète. Je m'attendais à la même observation pour la Reine. Mais là n'était pas ma plus grande préoccupation ce matin. Non. Je m'inquiétais surtout de la façon dont l'Homme et moi allions procéder pour amener la bête à son rendez-vous. C'est que, voyez-vous, Sa Majesté déteste se faire examiner et refuse d'être mise dans une cage pour se rendre chez son docteur. Il faut donc user de ruse pour arriver à nos fins. Ainsi, nous devons épeler les mots "vet" et "cage" sinon Sa Royale Grandeur se trouve une cachette d'où l'on ne peut la déloger. J'ai donc dit à l'Homme d'aller chercher la C-A-G-E dans le sous-sol pendant que j'entrerais subrepticement dans la chambre où Son Altesse Sublime faisait la sieste. Elle a grogné quand je l'ai prise dans mes bras et protesté quand j'ai réussi à l'enfourner dans la C-A-G-E. Les caprices ne s'arrêtent pas là. Comme la noblesse refuse de se mêler à la populace, je dois rester avec la Reine dans la voiture pendant que l'Homme fait de la salle d'attente. Ainsi, Sa Majesté ne fait son entrée que lorsque son tour est arrivé. Comme prévu, elle a été qualifiée d'obèse. Ce à quoi elle ne s'attendait pas toutefois, c'est de se retrouver avec le tour du "péteux" rasé pour qu'elle puisse plus aisément faire sa toilette. C'est hélas ce qui arrive quand on est gros et qu'on éprouve des difficultés à laver ses parties les plus intimes. Nous avons donc ramené à la maison une féline insultée qui marche un peu drôlement depuis sa nouvelle coupe de cheveux! On dirait qu'elle ne sait plus trop comment placer sa queue, comme si elle sentait un courant d'air dans son derrière.

Et je termine en vous disant qu'en allant fermer la porte d'en avant ce soir, j'entendais une cigale qui me semblait tout près. Comme je tentais de la repérer sur le balcon, je l'ai vue sur la fenêtre de la porte, juste à la hauteur de mes yeux. Elle était tellement belle dans sa robe verte. Je crois que je n'avais jamais eu l'occasion d'en admirer une d'aussi proche. Elle semblait insouciante dans sa promenade, trottinant de droite à gauche, laissant filer un petit insecte devant elle. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire : "La cigale ayant chanté tout l'été..." Je n'ai pas eu le temps de finir qu'elle sautait d'un bond dans le pot de fleurs en bas des marches non sans m'avoir fait une patte d'honneur en me lançant : "Faut bien être à la tête d'une réserve faunique pour ne pas faire la différence entre une cigale et une sauterelle!" Oupse.

jeudi 4 août 2011

J'ai faim

Je mange mon lunch en lisant le journal. Je tourne les pages et m'arrête sur les nombreux articles qui traitent des chutes de béton à Montréal. Comme c'est décevant de constater que personne parmi ces élus à qui nous confions l'avenir de notre société ne veut prendre la responsabilité de ce qui s'est passé. Tous autant qu'ils sont ne pensent qu'à une chose : leur belle image. Tous autant qu'ils sont ne carburent qu'à une chose : leur soif du pouvoir. Ils ne veulent donc pas perdre le vote des électeurs. Ils ne veulent surtout pas avoir l'air de cacher quoi que ce soit et pourtant... Ils refusent de dévoiler certains rapports, nient que des études aient démontré que la situation était sérieuse et que des correctifs devaient être apportés de façon urgente. Non! Selon eux, les experts mentent et les citoyens sont trop abrutis pour comprendre les analyses effectuées. Alors on multiplie les déclarations soi-disant rassurantes sur la sécurité absolue de nos infrastructures. Allez-y. Les cruches ne sont pas encore pleines!

Je prends une autre bouchée de salade et poursuit ma lecture. Un petit encart attire mon attention. Intitulé Somalie : la famine gagne du terrain, il nous apprend que les Nations Unies ont identifié trois nouvelles régions de Somalie comme étant en situation de famine. Ces régions s'ajoutent aux deux autres déjà déclarées le mois dernier. Je commence à mastiquer moins vite en lisant qu'une conférence de donateurs destinée à récolter de l'argent pour les victimes de la famine dans le pays a été reportée d'au moins deux semaines. Juste ça. Et pourquoi? Imaginez-vous que la conférence n'avait pas été programmée suffisamment à l'avance et que les chefs d'État ne pouvaient se libérer. Je pense qu'ils étaient en train de manger, eux. Faudrait surtout pas interrompre leur digestion. Quand on pense que plus de 2 000 personnes meurent de faim chaque jour en Somalie, on peut dire qu'il y a urgence de réagir. Selon de sombres pronostics, ce sont 2,2 millions de personnes qui risquent de mourir de faim. Et que faisons-nous? Pas grand chose. Nous ne sommes même pas foutus de tenir une réunion!

Là, je n'ai plus vraiment envie de terminer mon repas. Je suis dévastée par l'ampleur de la tâche. Il me semble que peu importe le geste que je pose, cela ne voudra rien dire. Cela n'aura aucun effet. La goutte d'eau à tout jamais perdue dans l'océan. Je me sens solidaire, mais totalement impuissante. Que faire quand les responsables de la guerre civile et, par conséquent, de la famine qui sévit, interdisent l'accès à la plupart des organisations humanitaires? À qui crier ma révolte? À qui adresser mon désarroi? Je peux faire un don, certes. Je peux aussi rendre grâce pour la nourriture dont je ne manque jamais et ne pas la gaspiller. C'est tellement peu et ça ne fait tellement pas disparaître les images des ventres gonflés des enfants qui se meurent.

Soudainement, j'ai faim. J'ai faim de justice. J'ai faim d'équité et de partage. J'ai faim de générosité, de solidarité. J'ai faim d'amour, de compréhension, de tolérance. J'ai faim de solutions permanentes et durables.

J'ai faim que la souffrance ait une fin.

mardi 2 août 2011

Garder l'oeil ouvert, et le bon!

Je suis toute énervée. Je ne me possède plus. J'ai fait une découverte étonnante ce soir dans l'étang. Ah! je sais ce que vous pensez. Vous êtes convaincus que j'ai trouvé de minuscules nouveaux habitants à nageoires. Que je vous détrompe tout de suite. Il s'agit effectivement de l'arrivée d'une autre bête dans mon parc faunique, mais d'une espèce que je n'avais pas encore eu le bonheur de côtoyer. Tadam! J'ai nommé Gertrude, la grenouille. Oui, oui, je l'ai vue là comme je vous écris. Laissez-moi vous raconter.

Alors, comme je le fais tous les soirs après le travail, je me suis dirigée vers l'étang pour saluer les espiègles. Le niveau d'eau étant assez bas dans la partie non profonde, j'ai décidé d'y mettre le boyau d'arrosage. Pendant que je surveille le remplissage du bassin, je remarque un pli inhabituel dans la toile ou, du moins, ce qui me semble être un pli. En m'approchant pour examiner tout cela de plus près, quelle n'est pas ma surprise de constater qu'il s'agit en fait d'une mignonne petite grenouille. Je n'en reviens pas encore. Évidemment que j'ai voulu tout de suite la baptiser après avoir crié à l'Homme de sortir dehors pour venir admirer notre nouvelle pensionnaire. "Comment est-ce qu'on pourrait l'appeler?" que je lui demande. Sans trop de réflexion, presque du tac au tac, l'Homme me répond : "Gertrude!" Surprise de sa suggestion, je l'interroge : "Pourquoi ce nom?" "Parce que tout le monde sait que Gertrude, c'est un nom de grenouille." Évidemment.

Moi qui ai déjà écrit que j'aime ça quand ça grouille, je suis maintenant servie.
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Notes pédestres : Avec la chaleur, je n'ai pas marché aussi régulièrement que je l'aurais voulu ces dernières semaines. J'ai cependant décidé de me reprendre d'ici la fin du mois afin d'être en forme pour mon voyage dans les Zuropes. Ce soir, la brise plus fraîche aidant, j'avais une véritable soif de macadam. Faut dire que ma soif n'était pas provoquée uniquement par la baisse du mercure, mais également par mon envie d'entendre la nouvelle marchandise fournie par le Pusher. Le Fils a en effet trouvé le temps en fin de semaine d'ajouter tout cela à mon MP3. C'était "métallement" emballant. Pour ajouter au plaisir, en prenant un raccourci, j'ai découvert qu'un immeuble gouvernemental du coin avait planté des pommiers sur son terrain, ainsi que de magnifiques quenouilles. Vous savez ce que je me suis dit? Je me suis dit que, dans pas grand temps, quatorze jours plus précisément, je vais pouvoir admirer et contempler la nature jusqu'à plus soif. Je ne vois pas de plus beau programme pour une Marcheuse urbaine à la retraite!