mercredi 30 septembre 2009

N'en jetez plus, la cour est pleine!

Hier, il pleuvait. Tout comme aujourd'hui d'ailleurs. Mais hier, contrairement à aujourd'hui où la température nous a littéralement scié les jambes, l'Homme et moi avons mis à profit notre réclusion obligatoire en faisant le ménage complet du sous-sol. Je vous entends déjà me rappeler que je déteste prendre le plumeau. C'est toujours vrai. Malheureusement (ou heureusement si on porte les initiales M.S.), lorsqu'on ne va pas à l'extérieur pendant les vacances, on finit immanquablement par sortir seaux et serpillières (j'aime ce mot que j'ai sans doute vu la première fois dans un conte pour enfants mettant en vedette vilaines sorcières et princesses désespérées).

Bref, nous avons débarrassé la cave de toutes ces choses que la nostalgie dont l'Homme et moi souffrons en alternance nous amène à conserver. Voilà, c'est dit. Et c'est fait aussi comme en témoignent les nombreux sacs verts que nous avons remplis.

Qu'est-ce qui a été le plus difficile à mettre aux poubelles? J'imagine que ce sont les costumes d'Halloween des enfants que nous avions gardés uniquement pour tous les souvenirs qui étaient inclus aussi dans la boîte. À la rue donc le costume de pirate, la couronne de princesse, le balai de sorcière, les citrouilles en plastique et les fameuses lampes de poche orange. Ah! comme le Fils, dont la prévoyance à tout crin constitue depuis son plus jeune âge sa marque de commerce, tenait absolument à quérir ses friandises en étant dûment éclairé. Personnellement, j'ai également eu un pincement au coeur en jetant la boîte sur laquelle était inscrit simplement "Pâques" en grosses lettres noires. Elle contenait entre autres les paniers de paille utilisés par le Lapin pour déposer les chocolats destinés au Fils et à la Fille. C'est sûr que je n'ai pas particulièrement aimé non plus me défaire de certains jouets qui ne servaient en fait qu'à rappeler une époque maintenant révolue.

En relisant ce que je viens d'écrire, je m'aperçois bien que ce qui a été le plus difficile à mettre aux poubelles finalement ce sont toutes ces choses auxquelles on s'accrochait parce qu'elles nous permettaient de croire que nous étions encore les parents de jeunes enfants. Et même que nous étions encore des parents avec des enfants qui avaient besoin de nous. C'est que voir ses enfants grandir et quitter la maison, tout en représentant un accomplissement, nous fait également prendre conscience du temps qui passe et de la nécessité impérieuse de nous définir autrement.

Mais, mais, mais... on n'a pas tout jeté. On a remplacé les jouets par des boîtes remplies de pièces d'ordinateur et les poupées par des pots de peinture et des pinceaux. Le Fils et la Fille sont donc encore là... sous une autre forme... et c'est bien ainsi pour un moment encore!

lundi 28 septembre 2009

Dilemme cornélien

Je vous expose la situation. Je suis à la clinique médicale et j'attends, dans une file avec d'autres patients, que l'on procède à notre inscription afin que nous puissions voir un médecin au sans rendez-vous. La pratique, dans notre merveilleuse clinique, consiste à demander aux malades de se tenir debout le long du mur jusqu'à ce que sonne l'appel de l'inscription. Défense de s'asseoir sinon on perd sa place! J'imagine que c'est là une première façon d'évaluer notre condition physique. Si on fait la planche, on obtient peut-être, je dis bien peut-être, la chance de passer un peu plus vite. J'entretiens toutefois de forts doutes à ce sujet.

Mais voilà que je m'égare. Nous sommes donc debout. La plupart d'entre nous, dans un effort désespéré de réduire l'attente par la suite, sommes arrivés vers 13 h 30 pour l'inscription de 14 h 30 qui mène au sans rendez-vous de 15 h. Étant donné que le médecin présent cette journée-là est un médecin que tout le monde adore parce qu'il est exceptionnel et parce qu'il prend le temps qu'il faut, le rang qui nous sera assigné prend effectivement toute son importance. C'est que le médecin en question voit en moyenne deux patients à la demi-heure... quand tout roule bien, ce qui n'est à peu près jamais le cas. Je vous laisse donc calculer vous-même le temps d'attente si vous êtes le douzième par exemple.

Ne vous découragez pas, j'arrive au vif du sujet. Retournons donc près du mur. Il est maintenant 14 h 15 et l'impatience gagne doucement les patients. C'est que nous commençons à avoir hâte de prendre racine sur une chaise pour faire changement. S'amène une jeune maman avec un petit garçon d'environ deux ans dans une poussette. Je dois dire que le pauvre a l'air plutôt mal en point. Il a les yeux rouges mais, surtout, il est anormalement tranquille. Enfin... la mère se stationne en double à la hauteur de la personne qui occupe le troisième rang et elle ne bronche pas. Nous non plus. Mes deux voisins masculins me passent quand même la remarque que le petit semble vraiment malade. Soudainement, la personne numéro trois, dans un élan de générosité sans borne, offre sa place à la mère en lui disant : "Vous passerez devant moi". Et comme la mère hésite à accepter l'offre (elle éprouve après tout une petite gêne en regardant la file qui compte dorénavant une vingtaine de personnes le long du mur), la personne numéro trois renchérit : "Allez-y. Ça ne dérange pas." Parle pour toi vieille poufiasse.

Bon, bon, cessez de m'envoyer des tomates et laissez-moi au moins poursuivre. Je n'ai rien contre un acte de bonté... à condition qu'il en constitue réellement un et qu'il ne soit pas imposé à d'autres. En effet, quel sacrifice la poufiasse a-t-elle vraiment fait? Passez devant moi mais moi je reste là. Si elle voulait absolument être totalement bonne, il fallait, selon moi, qu'elle cède sa place et qu'elle se dirige ensuite à la toute fin de la file. Au lieu de quatrième, elle se serait retrouvée vingt-et-unième et n'aurait pas forcé tout le monde à accepter sans coup férir d'être décalé d'une place. Évidemment, toute la file s'est tue. Qui veux passer pour un monstre d'égoïsme?

À ceux et celles qui sont tentés de m'envoyer périr en enfer pour grossière insensibilité, je rajoute ceci. À 17 45, alors que j'attendais que mon numéro sept soit enfin incessamment appelé, je vois entrer une autre maman avec un jeune bébé qui n'était pas bien lui non plus. Il pleurait beaucoup et il semblait fiévreux. Cette fois, la mère s'était inscrite normalement. À cause de cela, j'ai pensé lui laisser ma place et demander à ce que l'on me mette à la queue. De toute façon, ça commençait à faire pas mal longtemps que j'attendais. Deux ou trois heures de plus, est-ce que ça ferait vraiment une différence? C'est le calcul auquel j'étais arrivée en regardant le nombre de personnes qui attendaient encore leur tour. Comme j'allais me lever pour présenter ma proposition, je vois entrer une autre maman avec deux enfants malades. Je me suis rassise. J'ai sans doute manqué de courage mais il y avait aussi dans la salle une vieille dame qui avait de la difficulté à marcher et qui peinait visiblement à rester immobile sur une chaise droite, deux monsieurs qui étaient pris du coeur et qui respiraient péniblement et une jeune femme enceinte par-dessus la tête.

J'aurais peut-être dû faire tirer mon numéro et partir car mon dilemme, à la fin, se résumait à ceci : suis-je vraiment assez malade pour avoir le droit de consulter un médecin?

samedi 26 septembre 2009

Réflexions tardives sur fond montréalais

Ce matin, j'ai marché dans une aura de mystère. Quand j'ai entamé mon parcours, une fine brume enveloppait le décor. En plus, j'avais parfois l'impression d'être dans un bain sauna à cause de la vapeur d'eau qui s'élevait lentement du sol. Tout prenait un air différent et parfois presque méconnaissable. Quand je suis arrivée près de la rivière, par exemple, il a fallu que je sois pratiquement sur la berge pour que je puisse la distinguer sous la toile blanche qui la recouvrait entièrement.

Le plus extraordinaire c'est qu'on pouvait déjà savoir que la journée serait belle. Malgré la brume. Malgré le fait qu'on n'y voyait rien. D'abord, la température était douce et agréable. Puis, on sentait la chaleur du soleil à mesure que le rideau se levait. Et, bonus olfactif, cela embaumait l'automne, donc les feuilles mortes et les herbes mouillées.

À mesure que la scène s'éclairait, j'ai rencontré beaucoup de cyclistes. Toujours pressés ceux-là. Leur vitesse ne m'empêche pas toutefois d'admirer les muscles de leurs cuisses. Je sais, je sais. Cette brève évaluation corporelle me ralentit sans doute un peu mais je vous jure que j'ai appris avec le temps à apprécier rapidement ce qui passe devant ou à côté de moi!

J'ai aussi croisé des marcheurs, bien sûr. Ce sont évidemment mes préférés. Dans cette catégorie, je dois bien avouer que se trouvent surtout des personnes d'un certain âge et d'un âge certain. D'aucunes avancent penchées un peu par en avant, le dos courbé, le pas hésitant. D'autres font montre d'une foulée assez étonnante et d'une énergie remarquable. Quand l'une de ceux-là me dépasse, je vous le dis, j'ai presque honte. S'il n'y avait pas tous ces cyclistes aussi, je pense que j'arriverais à éviter l'humiliation.

Enfin, il y a les coureurs. Là encore, on peut observer des lièvres et des tortues. Peu importe. Le principal, c'est l'exercice et le bien-être ressenti. Ceux qui me font rigoler, je dois l'avouer, ce sont les siamois. Habillés de survêtements semblables, chaussés d'espadrilles en tout point identiques et munis de gourdes de mêmes dimensions et couleurs, on les confond presque. En plus, ils trottinent ensemble, côte à côte, sans que jamais l'un dépasse l'autre. C'est presque touchant.

Moi, je préfère marcher seule. Cela me donne toute la latitude voulue pour la durée du parcours, le moment de la journée où je m'entraîne, le type de musique que j'écoute et la vitesse que j'adopte, laquelle dépendant évidemment du nombre de cyclistes au travers de mon chemin.
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Notes à moi-même : Je suis beaucoup moins inspirée quand j'écris ma chronique à la fin d'une journée trop bien remplie. Les idées qui semblaient brillantes pendant l'entraînement se sont envolées dans la brume de mon cerveau fatigué.

jeudi 24 septembre 2009

Souviens-toi que tu es poussière

Je n'avais pas envie d'écrire depuis deux jours parce que j'avais adopté le profil Martha Stewart et que je me détestais. Ce n'est pas que cela m'affectait particulièrement de constater les points faibles de mon entretien ménager mais, la température n'étant pas nécessairement au beau fixe, j'avais décidé d'en profiter pour faire une femme de maison de mon moi-même.

Bien que j'admette maintenant ressentir un certain contentement à ouvrir mes tiroirs et mes armoires de cuisine bien propres et bien rangés, je reste avec un malaise. C'est que j'ai toujours l'impression de perdre mon temps lorsque je nettoie. Je sais que j'ai déjà bloggé sur ce sujet mais, tout comme la poussière qui retombe sans cesse, j'y reviens encore une fois. Il faut croire que je n'ai pas encore réussi à aller au fond de la question. Tentons un traitement avec un autre produit ménager.

Il y a bien sûr l'aspect très éphémère du ménage qui me le rend hostile de prime abord. Le temps pour moi est un luxe et l'utiliser pour accomplir quelque chose qui ne dure pas semble représenter une pure aberration. Pourtant, j'aime bien faire le lavage même s'il s'agit d'une tâche sur laquelle il faut accepter de revenir à intervalles très réguliers... surtout si l'on veut éviter les odeurs qui restent et qui sont susceptibles d'incommoder les nez fins (pour ceux et celles qui ne me lisent pas régulièrement, voir la chronique du 2 septembre).

Voilà que j'ai envie d'arrêter tout de suite mon introspection car, finalement, la chose est simple : j'éprouve une haine profonde et viscérale envers vadrouilles et serpillières. Je les échange sur-le-champ et sans aucun remords pour la préparation des repas et la lessive. Et que dire du jardinage, une autre tâche que j'accomplis sans jamais maugréer.

J'ai justement travaillé tout l'après-midi avec l'Homme à refaire la plate-bande le long du garage. Je me suis littéralement éreintée à arracher les vieilles racines mais ô comme j'ai joui en installant les nouvelles vivaces. Il faisait un temps radieux pour ce genre de corvée. Lorsque j'ai terminé aux environs de 17 h, le soleil filtrait au travers des branches de l'érable et il éclairait la section où je travaillais. Je me trouvais à quatre pattes dans la terre et je pouvais très bien sentir l'odeur qui se dégageait du compost que l'Homme venait d'ajouter. Rien à voir avec le ménage. Mais tout à voir avec la vie. Tous les printemps, j'attends le réveil de mes végétaux. Tous les automnes, je prépare leur dormance. Si poussière je rencontre dans ce décor, je ne me préoccupe pas de l'enlever. Elle en fait partie. Je la salue même car elle prend ici tout son sens.
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Notes pédestres : Comme si le jardinage ne représentait pas un exercice suffisant, j'ai également marché ce matin. Voilà, selon mes critères, du temps bien utilisé. Pour les prochains jours, je vais retrouver mes chers trottoirs montréalais!

lundi 21 septembre 2009

Ohm

Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas assise sur mon tapis de yoga. Beaucoup trop longtemps si vous voulez mon avis. Aujourd'hui, c'était mon premier cours. Je suis tellement heureuse de savoir que je pourrai de nouveau pratiquer cet exercice le midi une fois par semaine. Quand je sors d'un cours de yoga et que je retourne au bureau pour finir ma journée, c'est comme si plus rien ne pouvait m'atteindre. Je crois que c'est parce que je suis alors en contact direct avec mon être intérieur et que je continue de ressentir les bienfaits d'avoir pensé à respirer consciemment pendant une heure entière. Ahhhhh!... comme c'est bon de respirer calmement et profondément.

"Ohm", c'est le mantra que l'on chante au début et à la fin d'une séance de yoga. Un prof nous a déjà expliqué qu'en disant ce mantra, on s'unit à tous les adeptes de yoga partout dans le monde. Une communion des saints "yogiques" en quelque sorte.

J'ai fait du yoga pendant plusieurs années et j'ai découvert ainsi un autre moyen pour m'enraciner. Pas le choix. Si on veut vraiment profiter d'un cours de yoga, il faut accepter d'habiter uniquement notre tapis et de laisser aller tout le reste. Une version différente de la bulle, quoi. Ce que j'aime aussi, c'est que le yoga interdit toute comparaison, même pas avec soi. La seule fois où on peut se laisser aller à des comparaisons, c'est avec les deux parties de notre corps. Est-ce que ma jambe droite est plus souple que la gauche? Est-ce que ma hanche gauche s'ouvre davantage que ma hanche droite? Et c'est tout. Un simple constat. Surtout pas une occasion de remédier à la situation en tentant de corriger un déséquilibre qui existe assurément pour une raison.

Vous croyez sans doute que c'est facile d'accepter ses limites? Pas tout à fait. En tout cas, pas au début. N'avons-nous pas tous, au fond de nous, un relent d'orgueil qui ne demande qu'à se manifester? Ne ressentons-nous pas une certaine honte à ne pas pouvoir maintenir une position aussi longtemps que les autres? Nous voilà donc à risquer le tour de rein pour la simple victoire d'avoir réussi à faire la chaise plus longtemps que les autres (genoux pliés, on s'assoit dans le vide, les bras tendus devant soi et, si jamais l'orgueil veut à tout prix refaire surface, on tente de les lever au-dessus de notre tête). Je sais ce que c'est. J'ai moi aussi fait comme tout le monde et essayer de nier mes limites. Une autre prof de yoga (une femme absolument extraordinaire qui a enseigné jusqu'à un âge avancé) nous expliquait que, lorsqu'on n'est pas capable de vraiment bien faire une position, il faut imaginer dans notre tête qu'on est en train de la faire. Et elle nous encourageait en disant qu'un jour, on y arriverait peut-être... ou pas. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas ça l'important. Le yoga, c'est le corps, bien sûr, mais aussi et surtout la tête.

Imaginez que pendant une période de plus ou moins soixante minutes, vous arrivez à faire le vide dans la boîte crânienne. C'est évident que les pensées vont et viennent mais vous les laissez partir sans essayer de les retenir. Vous devez toujours ramener votre esprit au tapis et à votre respiration. Au ici et maintenant. C'est la respiration qui vous guide tout au long de votre pratique. C'est elle qui vous indique l'heure de votre corps et de votre tête puisque c'est elle le fil conducteur entre les deux. C'est le prana, l'énergie vitale.

Pratiquer le yoga nous fait prendre conscience en outre de l'immense pouvoir que nous possédons sur notre bien-être. Il suffit de s'y mettre. Quand je suivais des cours avec la merveilleuse prof dont je parlais plus haut, nous, ses élèves, avions tous l'habitude de nous extasier sur sa jeunesse de coeur, sa santé de fer, son énergie débordante, et nous la complimentions sans cesse sur la façon dont elle abordait la vie. Ce à quoi elle répondait invariablement : "Arrêtez de me regarder et agissez". Elle a sûrement contribué à faire en sorte que je fasse éventuellement le premier pas vers mon mieux-être! Merci Madame P.

dimanche 20 septembre 2009

Regardez le feu d'artifice

C'est maintenant souvent frisquet le matin. D'ailleurs, depuis deux jours, je marche beaucoup plus vite en débutant mon parcours justement dans l'espoir de me réchauffer au plus tôt. Je sais que je pourrais y changer quelque chose mais je ne veux pas encore vraiment m'habiller très chaudement. Je ne veux pas que l'été finisse. Je ne veux même pas que l'automne soit froid. Il doit être chaud, ensoleillé et faire miroiter ainsi plein de mensonges sur ce qui s'en vient!

Alors, comme je vis dans le déni, je porte toujours mon pantalon qui ne couvre pas toutes mes jolies jambes de marcheuse. Je me permets cependant d'enfiler une petite laine, au demeurant très légère. Je dois avouer, par contre, que je n'hésite plus à remonter la fermeture-éclair de ladite laine jusqu'au cou. Et je la garde fermée jusqu'à la fin. C'est que je suis un peu frileuse et je n'aime pas sentir le vent froid me passer dans le cou quand j'ai enfin réussi à m'échauffer.

Ces quelques inconvénients ne gâchent pourtant en rien mon plaisir de marcher. L'air est frais, c'est vrai, mais il est aussi vivifiant. Ça réveille comme une douche froide. Ça fouette les sangs. Ça fait du bien. Et la lumière, je dois encore vous en parler, est tout à fait exceptionnelle. La façon dont elle joue sur les feuilles colorées des arbres retient à tout coup mon attention. C'est chaque fois différent. C'est chaque fois un éclairage qui me fait voir ce que je n'avais jamais vraiment remarqué. Voilà qu'un arbre sur le terrain de l'église est le seul qui a changé de manteau. Du coup, il devient la vedette du spectacle. Et quelle vedette! Il éblouit littéralement.

Je m'émerveille aussi régulièrement du bleu extraordinaire du ciel. Les plantes, quant à elles, sont figées dans leur beauté de fin d'été. Parce qu'il n'y a pas encore eu de gel au sol, le froid les garde intactes. Même si certaines d'entre elles commencent à laisser percevoir des traces de fatigue, elles forment ensemble des arrangements superbes de fleurs séchées et de fleurs naturelles. Un jardinier voudrait le planifier ainsi qu'il n'y réussirait pas.

Mais le temps qui passe inexorablement détruira éventuellement ce paysage statique. Il ne reste plus beaucoup de semaines avant qu'un fatidique gel tue pour de bon les fleurs qui seront encore debout. Moi je suis incapable de défaire mes plates-bandes avant que les végétaux aient rendu l'âme. Je veux qu'ils meurent au front, pas dans une poubelle et surtout pas de mes mains. Je veux que leur beauté continue de me séduire même si je sais que bientôt j'assisterai au dernier feu d'artifice. Vous savez celui qui nous fait pousser des "oh!" et des "ah!" encore plus fort jusqu'à ce que, nous rendant compte que ses étincelles sont toutes disparues, nous restions là, bouche bée, espérant je ne sais quoi... un miracle peut-être. Et pourquoi pas?

jeudi 17 septembre 2009

Le grand luxe

Je suis riche. Je suis riche depuis presque deux semaines maintenant. Et j'adore ça. Qu'est-ce donc que cette fortune qui m'est tombée du ciel? Le temps. Oui, je suis riche de temps et, pour moi, c'est ce que j'appelle le grand luxe.

Le luxe de quoi, vous demandez-vous peut-être? Le luxe de pouvoir marcher très tôt le matin et de profiter ainsi du soleil qui vient tout juste lui aussi de sortir du lit. À cette heure-là, j'accompagne souvent de mes pas les enfants qui se dirigent vers l'école. J'aime les entendre jouer pendant qu'ils attendent la cloche. Lorsque celle-ci retentit, ils se dirigent plus ou moins docilement vers la porte pour rejoindre leurs classes. Pas moi. Je ne réponds au son d'aucune cloche pour encore deux semaines complètes. Je n'ai pas à entrer dans les rangs. Je suis libre. Libre de mon temps.

Et qu'en fais-je donc de ce temps précieux? Je l'utilise abondamment ces jours-ci pour m'occuper de mes chats. Surtout de Mignonne, cette adorable minette qui veut toujours jouer le matin après avoir déjeuné. Elle me fait rire avec ses petits yeux verts taquins. Elle adore particulièrement me retrouver dans mon lit, de préférence lorsque je viens de le faire, pour jouer avec sa balle et sa souris qui fait du bruit. Je lui flatte le ventre et les flancs et elle me mordille les doigts. Dès que je lui dis "Doux, doux", elle arrête et sort sa langue toute rose pour me lécher. Elle a tellement grandi depuis que je l'ai recueillie. Son poil est brillant et épais. C'est comme avoir un toutou en peluche vivant! En plus, je ne dois pas oublier la Reine-Marguerite si je ne veux pas faire de jalouse. Je la flatte chaque fois que je la vois bien installée à ses endroits préférés. J'essaie encore de la faire maigrir et je déploie différentes stratégies pour arriver à diminuer l'imposant tour de taille de sa majesté féline. Mais elle est rusée. Elle trouve toujours moyen de me déjouer et d'ingurgiter de la nourriture en cachette.

Mais je ne joue pas uniquement à la nounou avec les chats. Je trouve également le luxe de cuisiner de bons repas. Tenez, aujourd'hui, nous sommes allés au marché et, en revenant, je me suis déchaînée dans mes chaudrons. J'ai fait un délicieux pain aux bananes, cuit un jambon et préparé des betteraves pour les mettre en salade. J'aurai même le luxe de les éplucher dehors bien tranquillement sous un soleil radieux. Ensuite, je me lance dans la confection d'un potage de courge au cari. Je sens que vous avez l'eau à la bouche juste en lisant ce paragraphe. Pour les intéressés, la recette du potage se trouve ci-dessous. N'est-il pas vrai que bien cuisiner prend du temps? Voilà pourquoi je me considère privilégiée d'en avoir autant. Je vous l'ai dit, je suis riche!

J'ai bien un peu gaspillé de mon temps aujourd'hui en effectuant deux ou trois appels du genre que l'on remet toujours à plus tard. Vous savez ces appels où il faut s'adresser d'abord à une machine et, par la suite, si on est chanceux, à une personne de l'espèce humaine. Enfin, comme j'avais le luxe de mon temps, je l'ai utilisé à profit en effectuant ces ennuyantes démarches administratives.

Et je ne dois pas oublier un autre luxe, soit celui de blogger en plein jour. Voilà qui ne m'arrive pas souvent. Je viens de m'apercevoir, cependant, que je n'ai pas eu le temps de lire, ni celui de commencer à écrire mon livre, ni celui de jardiner, ni même celui de faire une petite sieste en après-midi. Qu'importe! J'ai le grand luxe d'avoir encore plein de temps demain. Au fait, est-ce que je vous ai dit que j'étais riche?
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Notes pédestres : Il faisait tellement beau ce matin. J'ai seulement pensé que j'étais en manque de nouveau metal. À bon entendeur...

Notes culinaires :
Potage de courge au cari
2 c. à thé d'huile olive
2 poireaux parés et hachés
2 gousses d'ail hachées finement
1 c. à thé de cari
1 grosse carotte coupée en dés
1 grosse pomme de terre pelée et coupée en dés
4 tasses de courge (musquée ou courgette ou toute autre courge)
4 tasses de bouillon de poulet
sel et poivre au goût
2 c. à table amandes tranchées grillées

1. Chauffer l'huile dans une grande casserole. Y mettre les poireaux et l'ail. Chauffer à feu doux jusqu'à ce qu'ils aient ramollis et qu'ils soient tendres.
2. Ajouter le cari. Cuire de 30 à 60 secondes, en remuant constamment.
3. Ajouter la carotte, la pomme de terre, la courge et le bouillon. Porter à ébullition. Réduire le feu et cuire doucement jusqu'à ce que tous les légumes soient tendres, environ 30 minutes.
4. Réduire la soupe en purée. Saler et poivrer au goût. Servir la soupe parsemée d'amandes tranchées grillées (Ça vaut vraiment la peine d'ajouter les amandes!).

(Recette tirée du livre Nouvelles saveurs au goût du coeur de Bonnie Stern)