Je pourrais écrire que j'ai eu une journée de cul. Et j'aurais toutes les raisons de le faire. Je me suis d'abord levée ce matin avec une poutre dans l'oeil. En fait, il s'agissait plutôt d'un poil de Mignonne que je n'arrivais pas à déloger (le poil, pas Mignonne). Et plus j'essayais de le saisir avec mes gros doigts malhabiles, plus je m'irritais l'oeil. J'ai finalement réussi mais j'étais en retard sur ma routine matinale.
Comme si ce n'était pas assez, j'avais ce que nos amis du
Rest of Canada appelle un
"bad hair day". Je m'étais effectivement extirpée de l'oreiller avec une couette en l'air du côté gauche. Je n'arrivais évidemment pas à la remettre en place. Je l'ai mouillée, je l'ai aplatie avec mes mains, j'ai appliqué dessus presque tout le tube de gel mais sans succès. Je me suis donc regardée une dernière fois la face dans le miroir avec ma couette rebelle et, dépitée, je me suis précipitée en bas pour prendre mon manteau et mon sac. Mignonne tournait autour de moi pour avoir de la nourriture en surplus, celle que je réserve aux chats de dehors. J'ai rempli son petit bol parce que je suis totalement incapable de résister à ses yeux verts absolument... mignons! Et vite j'ai fermé la porte.
Je me suis dépêchée mais j'ai quand même raté le bus. Pas grave. Je me suis rendue sur le boulevard dans l'espoir d'en attraper un autre. Il était plein. Non, ça suffit. J'attends le prochain. Je me suis donc gelée les couilles que je n'ai pas pour grimper dans le suivant. J'avais une place assise. Bon, la journée, me
semblait-il, pouvait encore être sauvée. Et les planètes semblaient s'aligner en conséquence.
Comme à l'habitude, j'ai pris ma tasse de café numéro un en jasant un peu avec les collègues. Je me suis ensuite versée ma tasse numéro deux et suis retournée à mon bureau pour attendre l'appel matinal quotidien de l'Ami. Le téléphone sonne. L'Ami n'a pas fini de prononcer sa première phrase que l'alarme se met à retentir. "Je dois te laisser", que je lui dis en lui coupant la parole, "ce doit être encore une fausse alerte mais nous devons évacuer l'immeuble. Je te rappelle plus tard". J'enfile mon manteau et j'hésite à remettre mes espadrilles. Tant pis, je reste en souliers et je me dirige vers les escaliers. Et je descends les onze étages pour me retrouver dans la rue avec tous les autres fonctionnaires du complexe. Il est seulement 8 h 30. Les planètes n'ont pas tenu le coup très longtemps!
L'alerte n'était pas fausse car il y avait une ambulance, trois camions de pompiers et deux voitures de police pour nous accueillir à notre sortie de l'immeuble . Et les responsables de la sécurité n'arrêtaient pas de nous demander de reculer de plus en plus loin. Sur le trottoir, nous cherchions la fumée. Il n'y avait rien. Mais il commençait à faire froid, surtout en souliers. Nous avons trouvé un resto qui a été envahi tout d'un coup par une meute de fonctionnaires. Les deux propriétaires (et seuls membres du personnel ce matin) ne savaient plus où donner de la tête. "Nous ne servons que du café", criaient-ils chaque fois que la porte s'ouvrait, "nous ne pouvons rien faire d'autre". J'ai donc pris ma tasse de café numéro trois et suis sortie sur la terrasse qui avait heureusement un toit pour nous protéger de la neige qui commençait à tomber... sur mes souliers.
C'est là que j'ai décidé d'effectuer le virage. Sur la terrasse. J'ai reconnu un gars avec qui j'avais fait à quelques reprises du bénévolat pour le syndicat et me suis dirigée vers lui. Nous avons été bientôt rejoint par un gars des Affaires internationales et nous avons eu une conversation absolument passionnante sur la politique à tous les paliers en commençant comme il se doit par le nôtre. Nous étions tous les trois sur la même longueur d'ondes pour tous les sujets. C'était fantastique. Mais il était maintenant près de 10 h 30 et nous étions toujours dehors.
J'ai opté pour le retour à la maison après avoir appris que c'était une fuite de gaz qui suscitait tout ce
branle-bas. J'ai bien fait car j'ai lu par la suite, sur le site Internet de
Radio-Canada, que nous avions congé pour le reste de la journée. Yé! J'ai ensuite pensé que je ne pourrai m'empêcher de laisser libre cours à mon hypocondrie dès demain matin en m'imaginant que je respire du fréon à plein poumons. J'ai déjà hâte!
Je voulais profiter de la journée et de ce congé imprévu pour faire notamment des biscuits pour la dégustation de desserts que nous aurons au bureau jeudi. J'étais trop fatiguée. J'ai donc dormi de midi à quinze heures. Je soupçonne d'ailleurs le vaccin bingo d'être la cause de mon épuisement. Enfin. C'est quand même rudement bien d'avoir eu congé justement la journée où j'en avais besoin.
Je ne me sentais pas particulièrement en forme à mon réveil mais j'ai décidé d'aller marcher. Ahhhhhh! Bonne décision. Il faisait beau et les trottoirs sont toujours disponibles à l'état brut. Il faut en profiter.
Imaginez-vous que, pendant que je déambulais, j'ai réussi à entendre un vol d'outardes qui passaient au-dessus de ma tête même si j'avais les écouteurs dans les oreilles. J'ai arrêté la musique pour les écouter et les regarder se sauver du froid. Elles ne faisaient pas de virage. Elles filaient droit devant en formation en V pour je ne sais moi, pour
Vivement la Floride, ou
Vivement que je crisse mon camp d'icitte. Désolée... je crois que je viens d'effectuer un virage
à 360!