mercredi 20 janvier 2010

Fuck it... j'aime aussi Pierre Lapointe

Bon, vous avez sans doute deviné que j'ai assisté ce soir à un spectacle du Grand Pierre. Bien que je n'étais pas certaine d'être au diapason de mon idole parce que je n'avais pas vraiment apprécié sa prestation du mois de juillet dernier au Centre national des Arts, force m'est d'admettre que Pierre est encore une fois venu me chercher. Il faut dire qu'il a apporté pas mal de modifications à son spectacle depuis cet été. Les éclairages, notamment, qui frisaient le minimalisme, étaient aujourd'hui parfois tout simplement époustouflants. Ils rappelaient même, de temps à autre, ceux de Mutantès, ce spectacle extraordinaire qu'il avait donné à Montréal en 2007 et qui a ensuite permis la naissance de son CD Les Sentiments humains. La qualité sonore aussi était nettement meilleure, la magnifique voix de Pierre n'étant pas constamment enterrée par les musiciens. Et les chansons présentées, ainsi que l'ordre dans lequel elles figuraient, avaient aussi été repensées. En voilà un autre qui m'inspire lorsque je m'attelle à l'écriture de poèmes. Tirez vos propres conclusions en lisant les paroles de la chanson Je reviendrai :

J’ai souvent, de vous, été coupé
Par des mouvements insoupçonnés
Isolé par images superposées

J’ai trouvé comment rester debout
Même si de mon corps on coupait le cou
Pour toujours, je resterai parmi vous

Je reviendrai, je reviendrai
Même une fois couché sous terre, je reviendrai
Poussé par les souffles de mon corps, je serai
Par vos sourires, vos cœurs, vos souvenirs
Vivant je resterai
Grâce à vous, par ma voix toujours, je reviendrai

En pleurant jusqu’à m’effondrer
Même en rêvant jusqu’à m’envoler
Au-dessus des blancs nuages flottants

Désolé pour les insouciances
Désolé pour les arrogances
Découlant de tous mes gestes posés

Je reviendrai, je reviendrai
Même une fois couché sous terre, je reviendrai
Poussé par les souffles de mon corps, je serai
Par vos sourires, vos cœurs, vos souvenirs
Vivant je resterai
Grâce à vous, par ma voix toujours, je reviendrai

Et pourquoi ce langage cru utilisé dans le titre du blog? Cela vient d'une conversation fort intéressante que j'ai eue avec la Fille ce soir. Je lui ai fait part de mes problèmes de céréale ambivalente qui peine à trouver un équilibre entre son côté nature et son côté givré, problèmes causés principalement par ma difficulté de m'assumer totalement et de ne pas tenir compte de tout ce que les gens pensent ou disent. La Fille, comme à son habitude, a réglé mes angoisses d'une seule phrase assassine : "Moi ça m'arrive souvent que des gens ne soient pas d'accord avec ce que je fais et, dans ces cas-là, je me dis toujours dans ma tête "Fuck it" et je fais ce que je veux". C'est fou comme la façon dont la Fille voit la vie est simple et sans détour. Dès qu'elle m'a eu révélé sa philosophie, j'ai décidé de l'adopter. Je commence donc dès maintenant en vous affirmant sans ambages que je tripe toujours autant sur le metal mais, fuck it, j'aime aussi Pierre Lapointe!

mardi 19 janvier 2010

Le temps

Je ne suis plus capable. Plus capable de voir les images, de lire les comptes rendus, d'entendre les témoignages. Vous avez deviné que je parle de la catastrophe à Haïti. Plus déchirant encore, plus torturant que jamais, c'est le temps. Le temps qui s'écoule au compte-gouttes. Le temps qui n'en finit plus de passer. Le temps qui s'étire. Le temps qui ne pourra jamais être rattrapé. Le temps que ça prend pour que tous les gens qui ont été dépêchés là-bas pour venir en aide aux sinistrés puissent enfin se mettre à l'oeuvre. Certains l'ont déjà fait avec les moyens du bord. Malheureusement, beaucoup d'autres doivent attendre que des décisions soient prises en haut lieu avant d'agir. Je ne suis pas là à espérer avoir de l'eau, de la nourriture, ou pouvoir enfin me faire opérer. Mais je suis complètement déchirée par la souffrance de ces milliers de personnes en attente.

Même temps aux deux aiguilles bloquées quand on parle de la possibilité d'émettre des visas provisoires pour permettre aux familles haïtiennes d'ici d'accueillir certains des leurs pour les aider jusqu'à ce que ça se replace chez eux. Et, pour meubler ce temps qui passe inexorablement, des mots vides, des promesses vagues, des déclarations creuses. "On examine la possibilité d'alléger les formalités d'entrée au pays." "On se penche sur la question et on prévoit dans un laps de temps plus ou moins long d'en arriver peut-être éventuellement à une solution." "On attend de consulter nos partenaires à ce sujet afin d'établir une stratégie d'action concertée pour répondre aux besoins des victimes de cette abominable catastrophe." "On va d'abord prendre connaissance de l'état de la situation et dès qu'on aura une idée plus précise de ce qui se passe sur le terrain, on réagira en conséquence."

Je suis certainement naïve. Et totalement inexpérimentée dans ce genre de situation. Mais il me semble que, lorsque le temps s'arrête à cause d'un grand malheur, il faut le remettre en marche le plus rapidement possible pour continuer à vivre. Se perdre en palabres inutiles, ça se fait quand on a du temps à ne plus savoir quoi en faire. Mais quand le temps presse, quand ça urge, quand ça crie, il faut bouger. Une semaine après ce terrible tremblement de terre, force est de constater que, malgré nos technologies de pointe, nos avions super rapides, nos soldats et nos secouristes ultra spécialisés, nous ne sommes encore que des humains avec nos limites, nos conventions, nos frontières, nos règlements. Des humains aussi confrontés aux limites imposées par le fait que le théâtre des opérations est situé dans un pays pauvre dont les infrastructures laissaient déjà à désirer.

Je me permets tout de même de m'interroger sur la nécessité de discuter dès maintenant de reconstruction et de nouveau départ quand ces personnes, mes frères et mes soeurs, pleurent, ont faim et ont peur. Si seulement cela pouvait être... je reculerais le temps.
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Notes de transport communes (1) : Je me demande bien pourquoi on accorde autant d'importance à Haïti quand nous vivons ici des choses bien plus graves. À preuve cette déclaration entendue dans l'autobus ce soir après le boulot : "Je ne sais pas quoi faire avec mes cheveux. Tiens, prends ce magazine et aide-moi à choisir ma nouvelle coupe." Quelle chance elle a eu de ne pas avoir sollicité mon opinion ou plutôt quel dommage puisque j'imaginais très bien son crâne nu!

Notes de transport communes (2) : Je n'en peux plus des conversations matinales insignifiantes. Je veux de vrais débats, du sérieux quoi! Heureusement que le metal peut tout enterrer...

dimanche 17 janvier 2010

Quand ça balance

Ces temps-ci, je me sens comme cette céréale à la télévision, vous savez celle qui est tiraillée entre son côté nature et son côté givré. J'oscille constamment et je dirais que je penche plus souvent vers le côté nature ou, comme je préfère l'appeler, le côté obscur. Je le considère comme un côté de moi qui tente de se débarrasser des artifices et de faire fi des conventions et des règles établies dans le but d'explorer d'autres façons de faire. C'est aussi le côté où se cachent mes peurs et mon anxiété. Mais j'ai décidé justement de regarder tout ça en pleine face et d'examiner davantage ce côté de ma personnalité. Ajoutons cela à mes projets pour l'année 2010.

Alors, quand je suis "nature", je marche, j'écris dans mon blog underground et j'écoute bien évidemment du metal. Hier soir, dans l'Antre du Pusher, j'ai d'ailleurs continué à polir mon côté obscur en ayant la chance de découvrir du nouveau metal. C'était encore une fois fascinant. J'ai bien aimé notamment un groupe metal allemand qui s'appelle Rammstein et là, gens de Québec, tenez-vous bien. Ce groupe s'amène sur les Plaines le 18 juillet prochain. Selon le Pusher, c'est un spectacle à ne pas manquer car le groupe en met plein la vue avec effets pyrotechniques à l'appui. Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, rendez vous sur YouTube.

À part ça, je marche "à planche" depuis deux semaines. J'ai décidé de me super entraîner, mais non de me surentraîner comme la Fille s'est plu à nuancer mes propos enthousiastes ce matin. Bref, j'arpente mes trottoirs presque tous les jours. Il faut dire que je suis gâtée. La température est douce. En plus, la Ville a fait disparaître les bancs de neige vendredi et je peux maintenant faire tout mon parcours sans rencontrer de glace, ou presque. Aujourd'hui, j'ai fait mon entraînement en me branchant sur une des premières livraisons du Pusher. C'est à cause d'hier. On a aussi écouté des groupes que j'avais un peu oubliés et ça m'a donné le goût d'y revenir.

Je vous laisse avec des extraits de la chanson Walk Away de Five Finger Death Punch, des paroles comme j'aimerais pouvoir en écrire un jour :

I'm sorry for the Demon I've become
You should be sorry for the Angel you are not
I apologize for the cruel things that I did
But I don't regret one single word I said

Would you forgive me
If I told you that I cared
Would you be sorry
If I swore that I'd be there
Please forgive me
For laughing when you fall
I'm so sorry
But I never cared at all

vendredi 15 janvier 2010

Sorry, I don't speak English or do I??!!

Je suis en ébullition. À 11 h 30 aujourd'hui, j'avais déjà marché une heure et demie, soit l'aller-retour entre chez moi et mon coiffeur. Depuis, mon cerveau bouillonne. J'ai commis deux nouvelles chansons metal mais, oh! surprise extrême, en anglais!! Oui, oui, vous avez bien lu.

C'est arrivé sans que je m'en rende compte. Évidemment, j'ai marché comme à l'habitude branchée sur mon metal, sur Five Finger Death Punch plus précisément pour ceux que ça intéresse. Et, comme j'étais presque arrivée à la maison, voilà que les mots commencent à se bousculer dans ma tête. C'est l'inspiration qui fait son chemin. Il n'y a plus moyen de l'arrêter. Les premières lignes jouent en boucle et elles sont dans la langue de Shakespeare. Je me dis que ce n'est pas possible. J'essaie immédiatement de faire appel à Molière pour trouver un équivalent. Peine perdue. Les mots me hantent. Je n'ai plus qu'une envie, celle d'arriver au plus vite à la maison pour m'installer à l'ordi et inscrire dans mon blog underground les mots qui continuent de jouer dans mon cerveau.

Je me suis d'abord dit que ce n'était qu'un hasard et, qu'après le couplet du début, je me retrouverais sans plus rien à écrire. Erreur. La source anglophone ne s'est pas tarie. Je me suis donc rendue jusqu'à la fin de cinq couplets. J'étais estomaquée, renversée, abasourdie. J'ai décidé d'aller cuisiner pour tenter de chasser le mauvais en moi. Naïveté. Pendant que je brassais mes muffins aux bananes, voilà que ça recommence. D'autres mots, j'entendais d'autres mots sur une musique différente mais encore dans la langue du conquérant. J'ai presque raté ma recette en essayant à la fois de mettre ma production au four et de retenir les nouvelles paroles qui s'offraient à moi. (Je viens de réaliser, en relisant ce paragraphe, que la soeur Psy pourrait s'interroger sur le fait que j'entende des choses dans ma tête. Je la rassure tout de suite, cela se limite à des mots. Je n'entends pas de voix, sauf la mienne, bien sûr, qui chante sur des musiques metal les couplets qui émergent de son cerveau effervescent). J'ai donc écrit un deuxième texte, peut-être plus beau que le premier à mon avis. Mais faudra voir ce que le Pusher en pense.

Dire qu'hier soir encore, je lui déclarais haut et fort qu'il ne devait pas se fier sur moi pour écrire des chansons en anglais. C'était sans compter sur les troubles mentaux qui m'affectent de temps à autre. En tout cas, après cette expérience que je qualifierais d'extrasensorielle, j'en viens à la conclusion que plus on marche, plus on écrit. Me reste à vérifier une autre petite chose : si on marche un peu trop, est-ce que notre cerveau peut soudainement muter? Si oui, j'ai besoin illico d'une séance d'exorcisme. "Wolfe, sortez de ce corps avant que j'aie eu le temps de crier : Le Québec, un pays!".

jeudi 14 janvier 2010

Drame à la cafétéria

La matinée s'étirait comme un long ruban d'autoroute. Il était à peine 10 h et j'avais déjà de la difficulté à rester éveillée. Je décide de descendre pour me chercher un journal et une bouteille d'eau. Oui, de l'eau, car j'avais déjà bu trois cafés!

Après avoir été au dépanneur, mon journal sous le bras, j'entre dans la caf pour faire le plein d'eau. J'arrive à la caisse où je suis littéralement prise à parti par la dame qui s'occupe de faire les sandwiches et autres préparations diverses. Je suis là, avec mon argent dans les mains, et j'essuie ses frustrations qui m'éclatent en plein visage sans vraiment comprendre ce qui se passe sauf qu'elle n'a pas l'air de bonne humeur. Ça ne peut pas être moi, je n'ai même pas ouvert la bouche. Non, en fait, elle me prend à témoin du comportement frustrant d'une cliente habituée des lieux. Comme elle n'a de toute évidence pas la tête à me faire payer mon litre d'eau, du moins pour le moment, je décide de l'interroger.

"Voyons, qu'est-ce qui se passe? Vous n'avez pas l'air contente", lui dis-je pour faire preuve d'empathie. "Pas contente, pas contente, je suis enragée. Cette femme vient tous les jours ici et jamais, jamais elle ne me dit merci", me répond-elle avec du feu dans les yeux et le couteau à beurre dans les mains. "Effectivement, ce n'est pas très poli mais, vous savez, elle a sans doute un travail tellement important qu'elle ne peut même pas prendre une minute pour s'apercevoir que vous êtes là". Elle voit par mon ton ironique que je suis de son bord. Alors, elle en remet. "En plus, comme si ce n'était pas assez, aujourd'hui, elle m'a demandé des rôties!". Comme je la regardais d'un air interrogateur, car je ne voyais pas où était le problème, elle me fixe droit dans les yeux et me crie presque : "Ici, on est à Hull et à Hull on mange des toasts, pas des rôties". Qu'est-ce que je pouvais faire sinon qu'acquiescer à cette vérité de La Palice?

N'empêche. Même si on est à Hull et même si on mange des toasts, on mérite d'être reconnu pour ce que l'on est tous, même les plus importants d'entre nous : un être humain à part entière. Alors, je vous dis merci, chères dames de la caf, comme je me fais un point d'honneur de le faire toutes les fois que je vous croise. Sans vous, on mangerait nos toasts pas de beurre.

mercredi 13 janvier 2010

Verte de jalousie

J'ai pris connaissance aujourd'hui, par l'entremise d'une collègue, du blog d'une de ses collègues. Vous me suivez? Je l'espère car je viens tout juste de commencer. Alors, ce blog. Il est écrit par une jeune célibataire de trente ans environ qui y raconte ses déboires amoureux avec, parfois, des détails ma foi assez savoureux. Bon, bon, cessez de saliver. Je vais éventuellement vous en donner l'adresse... dans quelques lignes. Je n'ai quand même pas envie de perdre mon immense lectorat d'un seul coup!

Revenons donc à JolyJosie puisque c'est son nom. Cette fille m'a fait suer surtout lorsque j'ai appris qu'elle avait envoyé ses textes à quelques éditeurs et qu'elle avait reçu des commentaires quand même assez positifs. Du coup, j'en ai perdu mon latin, ma verve et mes espoirs de voir un jour mes écrits reconnus. Comme je vous l'ai déjà dit, et je suis certaine que vous ne m'avez pas crue et je vous en félicite, je n'écris pas nécessairement pour être publiée. Mais pour être lue par exemple. C'est pourquoi je déploie des trésors d'imagination pour renouveler, à chaque message, la façon dont je vous présente mes états d'âme. Je veux évidemment garder votre intérêt. JolyJosie, elle, n'a pas à se creuser les méninges pour dénicher un sujet passionnant, une anecdote amusante, un point de vue différent. Non. JolyJosie fait état sans pudeur ou presque de ses conquêtes et, croyez-moi, elle en a plusieurs. Ne vous en faites pas. Je n'ai pas oublié que je devais vous laisser l'adresse. Un peu de patience, tout de même, et de fidélité envers une bloggeuse décadente.

C'est sûr que si je me compare à JolyJosie, je me sens vieille et dépassée. La drague, ça fait un bout que je ne l'ai pas pratiquée. Et les techniques modernes me laissent pantoise. Les gars ne semblent pas avoir beaucoup changé par rapport au temps lointain où je les fréquentais plus assidûment mais ils ont renouvelé leur stock d'excuses stupides pour laisser tomber les filles. En faisant preuve d'une imagination débridée dans certains cas, ils abandonnent JolyJosie les uns après les autres. Je suis presque fatiguée pour elle.

Je ne pourrai jamais rivaliser avec JolyJosie. Ma vie me semble bien terne mais je suis assez fière de l'imagination, de l'émotion et de l'énergie que j'y investis pour la rendre suffisamment croustillante pour alimenter un blog presque quotidiennement. Allez, je vous ai fait assez languir. Voici l'adresse :

http://lesaventuresdejolyjosie.blogspot.com/


Régalez-vous!
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Notes pédestres : Observé pendant ma marche - Une stupide bonne femme, en train de nettoyer sa voiture, qui a laissé son chien sans surveillance. Le pauvre s'est retrouvé en plein milieu d'une rue fort passante, complètement désemparé, devant des automobilistes qui l'étaient tout autant. Pendant que je regardais autour pour voir si le propriétaire de la bête était dans les environs, j'aperçois la stupide qui regardait la scène sans trop s'en faire. Finalement, elle a rappelé son chien mais sans se donner la peine de l'attacher. J'ai poursuivi ma route pour ne pas commettre un meurtre.
Supporté pendant ma marche - J'en ai assez de contourner les voitures stationnées qui dépassent des entrées et qui se retrouvent en partie sur les trottoirs. Cela ralentit mon pas et me donne de l'urticaire.
Vous ne pouvez pas dire que ma vie n'est pas aussi palpitante que celle de JolyJosie!

mardi 12 janvier 2010

Des maux et des dents

Je suis allée chez le dentiste aujourd'hui. Une de mes activités préférées que je place pas très loin derrière la mammographie. Je plaisante. C'est évidemment moins pénible et moins douloureux la fraise du dentiste.

Peu importe. Chaque visite dans ce cabinet me permet de pratiquer mes techniques de gestion du stress. Je ne sais pas pourquoi je dis ça puisque je n'en ai pas vraiment ou, pour être plus précise, je n'en ai aucune qui fonctionne. Je me suis donc retrouvée sur la chaise honnie avec le coeur qui battait tellement fort que je pensais qu'il était pour me sortir de la poitrine. Et il faut bien donner le change. Alors, à la question de l'assistante du dentiste qui s'enquérait de mon bien-être, j'ai évidemment répondu que j'allais très bien. Et avec un sourire à part ça. J'avais presque l'air sincère, vous savez. Presque.

N'empêche. Pendant que la gueule me gelait et que je me retrouvais seule sur la chaise honnie avant que la fraise ne se mette au travail, je ne sais pas pourquoi mais je me suis soudainement rappelée de mon premier dentiste. Jusqu'à cette heure où je vous écris, je n'ai pas encore réussi à me souvenir de son nom (je suis sûre que l'une des deux soeurs va pouvoir m'aider à combler cette perte de souvenance momentanée. La soeur Psy a déjà sans doute sa théorie à ce sujet. Mais je digresse, comme à l'habitude). Mon premier dentiste donc. Je ne me souviens pas de son nom mais je vois très bien sa face par contre. Il était vieux, du moins dans mes souvenirs embrouillés, et il avait une grosse verrue dans le visage. Ajoutez à cela qu'il fumait, qu'il avait les doigts jaunis par la nicotine et qu'il n'utilisait évidemment pas de gants avant de nous fouiller dans la bouche. Ce genre de protection n'était pas encore à la mode. J'aurais bien aimé en tout cas que le masque ait fait son entrée dans son bureau. Cela m'aurait évité bien des cauchemars!

Bon, bon, la fraise est à l'oeuvre. Que disais-je donc? Ah! oui, mes cauchemars dentaires. C'est que, en plus, je trouvais l'endroit où il pratiquait absolument sinistre. Je détestais le petit immeuble où il rangeait sa fraise (hum... il me semble que je fais dans un autre registre ici. Ce doit être le zigonnage des instruments dans ma bouche), un petit immeuble d'affaires des années 50, brun, en briques brunes laides (essayez de prononcer ces trois mots rapidement, c'est pratiquement impossible, surtout avec la gueule gelée). L'optométriste pratiquait dans le même immeuble, en briques brunes laides. Et je ne l'aimais pas plus que le dentiste, mais pour d'autres raisons.

Ça y est. On entame la partie que je trouve moins pénible, j'ai nommé le remplissage du trou (voilà que je change encore de registre. Vraiment, c'est devenu une manie). Mais je n'ai pas fini l'évocation de mon souvenir dentaire. Ce qui m'est surtout resté de la disposition des lieux, c'est le fameux lavabo rond en porcelaine blanche dans lequel il y avait un petit tuyau qui laissait continuellement échapper de l'eau et qui se trouvait à la gauche de la chaise. Quand le dentiste lâchait finalement sa fraise, il terminait invariablement par ses mots : "Crachez, s'il vous plaît". Et là, c'était l'humiliation à coup sûr. Car comment cracher correctement avec la gueule gelée? Je n'arrivais jamais à diriger convenablement ma salive vers le fameux lavabo et je dégoulinais de la bouche sur ma belle bavette en papier. Je vous le dis, l'humiliation. Une chance que ce dentiste était laid. Et vieux. Et qu'il avait une verrue.

C'est fini. J'ai été assise sur la chaise à peine une demi-heure. Mon nouveau dentiste est jeune. Il ne fume pas. Il n'a pas de verrue non plus. Ni de lavabo. Et sa fraise ne touche pas. Elle effleure. À peine. Je crois que je suis encore gelée. Ça aussi, ça devient une manie.