lundi 27 septembre 2010

Avant-match

Bon, ben me voilà dans la grande ville à quelques heures d'assister à mon premier show de métal d'envergure. Vous dire que j'attends avec impatience de voir en vrai des groupes que j'écoute en parcourant mes trottoirs urbains est près de la vérité. Mais la vérité vraie, c'est que j'attends plutôt avec anxiété de vivre cette nouvelle expérience.

Vous connaissez mon sens du drame et mes tendances à la panique inutile. Aujourd'hui ne fait donc pas exception à ma règle. J'ai hâte mais... J'ai peur notamment de me faire refuser l'entrée à cause de mon âge avancé. Peut-être que les organisateurs vont craindre de ne pas avoir prévu de couches jetables ou encore regretter de ne pas avoir téléphoné aux responsables de l'Ambulance Saint-Jean pour prodiguer les premiers soins aux spectateurs vieux à l'enthousiasme trop délirant qui feront une crise cardiaque à l'apparition de leurs idoles.

Je m'inquiète aussi de l'endroit où ça se passe. En face d'une crèmerie où se ramassent régulièrement de nombreux motards. C'est sûr que ma récente expérience à Wildwood avec Roar to the Shore devrait me permettre de me sentir tout à fait l'aise dans ce milieu. Et puis, le Métropolis n'est pas très loin non plus des Foufounes électriques. Une autre raison pour que me sente tout à fait à ma place!!

J'ai pensé aussi à la possibilité que je me fasse fouiller. Ne me demandez pas pour quelle raison on voudrait passer au crible les spectateurs d'un show de métal! Je m'imagine seulement que certains pourraient avoir sur eux... que sais-je... de la boisson, de la drogue, des armes de poing, des bouteilles d'eau! Je sais, je sais, je cède aux préjugés et le Pusher ne serait pas content de constater que, même après avoir frayé avec les amateurs de cette extraordinaire musique et avoir assisté à deux spectacles dans mon coin de pays, je réagis encore comme une personne de mon âge, soit avec étroitesse d'esprit et manque de tolérance.

Mon âge, justement. Je devrais m'en ficher. J'ai quand même posé la question au Fils et au Pusher : "Croyez-vous que je vais rencontrer des gens aussi vieux que moi à ce spectacle?" Réponse unanime : "Ce serait étonnant car le metalcore, c'est récent et ça attire davantage les jeunes." Seul espoir pour moi, selon le Fils : "À moins que la mère d'un des gars soit dans la salle... on sait jamais." Je ne sais pas pourquoi mais je crois qu'il s'est moqué de moi.

En tout cas, je suis prête. Je porte mon chandail de Mortör (vous saurez qu'il faut toujours porter le chandail d'un groupe métal quand on va à un show) et j'ai choisi des vêtements foncés (le noir étant la couleur privilégiée par les amateurs). J'ai aussi mes protecteurs d'oreille. Encore là, selon le Fils, il y a moins de risques pour moi de devenir sourde étant donné que je suis vieille et qu'il me reste moins de cellules auditives à perdre que lui! Et vlan! Mais, ce que je retiens surtout, c'est le conseil du Pusher : "Profite du show au max. Personne n'est là pour juger personne. Tu fais ce que tu as envie de faire et tu jouis de ta soirée."

Pour connaître la fin de l'histoire, il faudra me lire mercredi. Pas avant. Car j'ai promis au Pusher d'attendre qu'il ait lui aussi vu le spectacle avant d'en parler. Prenez donc votre mal en patience et une p'tite bière à ma santé!
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Notes pédestres : Qu'il était agréable ce matin d'arpenter les trottoirs montréalais. Il faisait bon. Il y avait, incroyable mais vrai, du soleil. Les couleurs étaient magnifiques sur le bord de l'eau. C'était une de ces journées d'automne qui nous inspirait jeunes quand il fallait rédiger une composition sur cette saison. C'était le temps d'utiliser l'expression usée à la corde : "J'ai marché sur un tapis de feuilles multicolores."

samedi 25 septembre 2010

Castafiore : Vers un nouveau destin

Finalement, ça n'a pas été si difficile d'attraper la petite chatte grise. J'étais assise dans le salon au début de l'après-midi quand je l'ai aperçue qui arrivait trottinant à pas rapides sur le trottoir en direction des plats de nourriture sur le balcon. Je me suis levée immédiatement pour aller chercher dans le frigo le plat rempli de morceaux de thon que je garde toujours en réserve pour nourrir mes trois lurons.

Étrangement, pour une fois, elle ne semblait pas trop apeurée. C'était inhabituel pour elle puisque je n'avais jamais réussi jusqu'à maintenant à même m'en approcher suffisamment pour pouvoir la caresser. Je dépose le plat. Elle recule juste un peu et revient tout de suite pour commencer à manger. Je décide de changer le bol d'eau. Je réussis à le prendre sans qu'elle s'enfuie et je reviens le déposer devant elle sans qu'elle bouge outre-mesure. Je prends alors le risque d'amorcer une tentative d'approche et je tends doucement la main pour lui flatter le dos. Elle reste là. Je m'enhardis et lui touche le cou que je commence à gratter légèrement. Elle ronronne. Je suis estomaquée. Est-ce que quelqu'un d'autre que moi aurait réussi à l'amadouer? Après tout, pendant mon absence de deux semaines, c'est fort possible qu'un amateur de petits chats ou encore un enfant ait pu convaincre les minets de faire confiance aux humains.

Je m'assois sur le balcon et continue à la flatter. Elle n'a que la peau et les os. Je suis étonnée car elle semblait plus rondelette il y a quelques semaines. Elle mange à peine. Je tente le tout pour le tout et je la prends dans mes bras. Elle se laisse faire et ronronne toujours. Je fais alors l'ultime tentative. J'ouvre la porte d'entrée et l'installe dans le vestibule, non sans avoir pris la précaution de fermer la porte coulissante qui le sépare du salon. Castafiore ne semble pas énervée. Pas comme Mignonne l'était l'année dernière en tout cas. Je la dépose doucement sur le tapis. Je rentre les plats à l'intérieur et je vais chercher un peigne pour tenter de la toiletter un peu car son poil est vraiment plein de noeuds. Elle se laisse faire sans broncher. Comme elle ne sent pas très bon, je décide d'apporter une bassine avec de l'eau et du savon. C'est sûr qu'elle n'aime pas se retrouver le derrière dans l'eau mais j'arrive facilement à la maîtriser sans même qu'elle tente de sortir ses griffes.

Je l'installe comme un pacha sur une grosse serviette et la recouvre en partie d'une autre. Elle reste là. Elle semble épuisée. Et si maigre. J'ai peur qu'elle soit malade. J'annonce à l'Homme qu'il n'est pas question que je la remette dehors. Son calvaire doit avoir une fin. Et nous commençons les appels. La première SPCA que nous rejoignons n'a pas de place pour accueillir un autre chaton abandonné. Le vétérinaire ne fait pas de bureau le samedi après-midi. Heureusement, l'Homme joint une collègue qui bénévole à l'autre SPCA du coin. Celle-ci lui apprend qu'il doit sans doute être possible d'aller y déposer Castafiore. Je vais chercher la cage. J'y mets doucement mon bébé chat sur sa grosse serviette. Elle semble si minuscule. Et elle ne dit rien. Dans la voiture, je la sors pour la prendre sur moi. Immédiatement, elle se blottit dans mon coude et c'est là qu'elle va rester jusqu'à ce que nous arrivions. Je continue à la caresser en pleurant. J'espère tellement que je suis en train de lui donner une nouvelle vie. J'ai beau tourner tout ça dans ma tête, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. Admettons que je veux la garder. Je pars demain pour Montréal pour presque trois jours. Je ne peux demander à l'Homme de s'occuper d'un bébé chat, surtout qu'il retourne travailler lundi. Si je ne la garde pas et qu'elle est malade, je ne peux pas la remettre dans la rue. Elle a besoin de soins. Et si elle est en bonne santé, elle a besoin d'un foyer.

Nous sommes arrivés. Les adieux sont rapides. Je transfère Castafiore dans une petite cage verte en plastique. On m'assure que, si elle passe le bilan de santé, elle pourra être adoptée. Je la caresse une dernière fois et lui murmure que tout va bien se passer. Et je sors.

Si vous saviez à quel point je déteste parfois les humains. Ils me lèvent le coeur. Castafiore va peut-être avoir une deuxième chance. Je veux tellement y croire. Mais quand je prends un léger recul, je ne peux m'empêcher de penser aussi à tous ces enfants que les parents mettent littéralement à la porte parce qu'ils n'en peuvent plus. Parce qu'ils ne savent plus quoi faire et qu'ils sont à bout de nerfs. Des enfants de 5 à 17 ans qu'on empêche d'entrer dans la maison et qui doivent appeler les services sociaux pour qu'on leur trouve un abri pour la nuit. C'est honteux. Vous ne me croyez pas? Allez lire La Presse d'aujourd'hui. C'est édifiant.

Je déteste parfois les humains. Ils me lèvent le coeur.

vendredi 24 septembre 2010

À chacun son angoisse

Parcourir la chronique de Josée Blanchette dans Le Devoir d'aujourd'hui a fait tomber sur moi le voile de l'angoisse. C'est qu'elle parle d'un livre écrit par une jeune publicitaire atteinte d'un cancer foudroyant au cerveau. Il s'agit de Véronique Lettre et son bouquin s'intitule Plus fou que ça... tumeur!

Vous devinez déjà que cette combattante a choisi de faire face à la musique en utilisant comme remède l'humour décapant. Son livre fait d'ailleurs l'objet d'une campagne de publicité tout aussi décapante grâce à des slogans du genre "Chimiothérapie par le rire" ou "Faut être malade pour écrire ça". Je trouve que c'est formidable et je voue une admiration réelle aux personnes qui sont capables de relativiser ce qui leur arrive même quand c'est la catastrophe. En fait, je suis en pâmoison parce que ces personnes illustrent à merveille le virement à 180 degrés que je nous crois tous aptes à faire et auquel j'aspire tant.

Mais voilà où le bât me blesse. Je ne suis pas du tout certaine que je serais capable de déclarer "Le cancer du cerveau, c'est entre les deux oreilles que ça se passe" si j'apprenais une aussi terrible nouvelle. Trouverais-je la force de prendre les interventions chirurgicales, les traitements, les malaises, les douleurs avec un grain de sel? Je panique pour deux points de suture. Vous ne m'avez pas vue ce matin quand j'ai enlevé mon "gros" pansement. Je n'osais même pas regarder. Heureusement que l'Homme était là pour me rassurer : "Ouais, c'est bien le résultat de la boucherie."

Et comme si ce n'était pas suffisant. J'angoisse aussi à l'idée que je devrai peut-être me taper deux ou trois livres de recettes si j'ai à traverser l'épreuve de la maladie. Vous savez ce que c'est. Dans ces moments-là, il y a toujours un bon samaritain pour vous conseiller LE livre qui va vous aider à comprendre ce que vous vivez et vous donner les étapes à suivre pour naviguer sereinement dans les eaux tumultueuses où vous avez été précipité. Moi je déteste ce genre de livre. Je ne dis pas que les propos ne sont pas intéressants ni qu'ils ne peuvent pas répondre à un besoin. C'est juste que je voudrais que la recette soit facile à comprendre et surtout rapide d'exécution. Comme en cuisine. Je ne choisis jamais une recette qui comporte plus de trois étapes. J'aime préparer la bouffe mais cela doit se faire dans un minimum de temps et avec un maximum de saveur.

J'imagine que, même sans l'écrire, chacun en vient à développer sa propre recette pour réagir aux coups durs. Faut croire aussi que l'inspiration vient au moment où l'on s'y attend le moins ou, mieux encore, au moment où on en a le plus besoin. Je garde donc le cap mais en continuant de virer à tribord.

Pendant ce temps, à l'autre bout du spectre, l'angoisse du Fils. Elle découle de notre plus récente visite à Belle-Maman dans son centre avec clowns compris. L'Homme et moi avons raconté à notre progéniture que nous nous étions retrouvés à notre corps défendant bénévoles d'un jour à cette occasion puisque nous étions arrivés en pleine séance de musicothérapie. Nous connaissions un peu l'intervenante que nous avions déjà rencontrée lors d'une précédente visite et nous connaissions surtout les belles chansons françaises qu'elle interprétait en jouant de la harpe. Oui, vous avez bien lu, de la harpe. C'est inusité mais ça marche. Bref, en nous voyant entrer dans le petit salon où était Belle-Maman et en constatant avec quel entrain nous pouvions l'accompagner, elle nous a rapidement inclus dans son mini-spectacle. C'était super chaleureux et sympathique d'entendre les voix chevrotantes ou hésitantes des personnes âgées qui retrouvaient, grâce à ces vieilles mélodies, des souvenirs de leur passé. Nous avons quand même étonné l'intervenante qui nous trouvaient bien jeunes pour savoir les paroles de toutes ces chansons. Et c'est là que nous avons déclenché l'angoisse du Fils.

Permettez-moi cet aparté et vous allez mieux saisir l'ensemble de la question. Le Fils n'a pas l'oreille musicale. Il a traversé toute sa maternelle en ne répétant aucune comptine et en ne fredonnant aucune ritournelle. D'après ses dires, comptines et ritournelles ne faisaient pas partie du programme scolaire... jusqu'à ce que la Fille fasse ses premiers pas à l'école. Contrairement au Fils, elle babillait sans arrêt et chantait constamment. Cela a eu pour effet de susciter régulièrement du Fils des déclarations du genre : "Eh! j'la connais cette chanson-là. Répète pour voir. Oui, oui, ça me dit quelque chose." Fin de l'aparté.

Vous comprenez mieux l'inquiétude ressentie par le Fils à la suite de notre aventure chez Belle-Maman. "Comment je vais faire moi, quand je vais être vieux? Vous savez que je suis incapable de me rappeler les mots d'une chanson, encore moins de fredonner un air quelconque", nous a-t-il déclaré, un peu paniqué. "T'en fais pas", que je lui ai répondu, "dans ton temps, c'est du métal qu'on va faire jouer. T'auras juste à crier et ce sera parfait!"

jeudi 23 septembre 2010

Quand ce n'est pas le chat qui est botté

Ahhhhhh! C'est ça les vacances. Pouvoir parcourir mes trottoirs chéris à toute heure du jour ou, plutôt, à l'heure qui me convient le mieux. Même si les sorciers de la météo annoncent de la pluie depuis deux jours, il y a quand même plus de nuages que de gouttelettes. Et c'est tant mieux puisque cela permet de faire des activités à l'extérieur, dont ma marche quotidienne.

Je me trouvais plus sportive que d'habitude cet après-midi pendant que j'arpentais mes carrés de béton. Je sais que vous allez sans doute trouver que c'est ridicule, mais c'était à cause de mon gros pansement sur le côté de mon mollet gauche. Vous savez bien... le résultat de la "boucherie" d'hier. Mon legging mi-jambe n'arrivant pas à camoufler ma blessure de guerre, j'avais l'air courageux d'un athlète se remettant d'un accident de parcours. "Voyez comme elle est brave et comme elle a un pas cadencé malgré cet énorme bandage qui lui recouvre une partie du mollet. Et quel mollet! On voit tout de suite qu'il s'agit d'un mollet d'athlète supersonique." Bon, j'exagère un peu. C'est que j'ai jamais eu de blessure sportive moi parce que je n'ai jamais été sportive. J'étais la boulotte que l'on choisissait toujours en dernier et quand j'étais malgré tout laissée sur la ligne de touche (avec deux ou trois autres compagnes de mon acabit), c'est le prof de gym qui désignait l'équipe chargée d'encaisser le handicap que je représentais.

Alors voilà. Maintenant je m'entraîne. Et j'aime ça. Et je veux croire que je commence à avoir au moins un peu le physique de quelqu'un qui fait de l'exercice. Je vous ai déjà parlé de la fermeté de mes mollets et de mes cuisses, je n'y reviendrai donc pas.

Laissez-moi plutôt vous dire que j'ai poursuivi aujourd'hui mes activités palpitantes de vacancière en me rendant chez l'orthésiste. Vous savez, quand on est sportive comme moi, c'est important de soigner ses pieds. En tout cas. J'ai été obligée de poireauter une demi-heure dans la salle d'attente. Paraîtrait que l'orthésiste éprouvait des difficultés à ajuster une botte militaire! Comment pouvais-je mesurer mon petit problème d'oignon naissant à la nécessité pour un vaillant combattant d'avoir le pied confortable dans sa chaussure de spartiate? J'ai donc pris un magazine sur la table et je me suis instruite.

Comme je suis heureuse de ne jamais prendre le temps de lire ces articles insignifiants. Cette fois, c'était un magazine anglophone (n'oubliez pas que j'habite en terrain conquis), mais ça ne changeait strictement rien à la vacuité des propos. J'ai ainsi appris comment agrandir mon espace en séparant une pièce en deux grâce à l'ajout d'un rideau ou d'un paravent. Simple, n'est-ce pas? L'art de transformer un deux et demi en trois et demi en un tour de main! Mais peut-on vraiment parler d'agrandissement dans ce cas?  Et j'ai aussi pu prendre connaissance de l'art de planifier un repas pour six en dix étapes faciles. Tout est prévu. Ce qu'il faut faire deux jours avant la date de la rencontre, par exemple acheter le poulet et le mettre au frigo. Une journée avant, on épluche les patates et on coupe les légumes. En après-midi, on fait le gâteau. Le lendemain matin, on cuit notre pain. Cinq heures avant, on met la table. Deux heures avant, on cuit quelque chose, je crois. Puis la sonnette se fait entendre et on est pas prêt, AHHHHHHH!

La réceptionniste a levé la tête. "Désolée, je crois que je me suis transformée en Martha Reine-de-la-Maison pour quelques minutes. Hum... à propos, comment va la botte? Militaire, je veux dire." Elle était finalement ajustée. Je l'ai vue sortir. Et c'était une botte féminine à part ça. Si vous saviez seulement tous les mauvais jeux de mots qui me sont passés par la tête avec cette saprée botte! Tenez, je vous laisse avec cette devinette que j'ai posée un jour à ma mère en rentrant de l'école, je devais avoir neuf ou dix ans, et que je n'ai compris que beaucoup, beaucoup plus tard :

Qu'est-ce qui est mieux qu'un soulier au soleil?
Réponse : une botte au clair de lune!

Vous auriez dû voir la tête de ma mère!

mercredi 22 septembre 2010

"Sang" coup férir

Je suis toujours en vacances. Et mon impatience ne s'améliore pas vraiment quoique... hier, je suis allée voir l'acupuncteure pour le changement de saison (il semble qu'il faut se faire ajuster l'énergie quatre fois par année en prévision de chaque saison à venir; ainsi, me voici prête pour l'hiver, et ce, sans avoir changé de pneus!), et mon chaman a cru bon me planter quelques aiguilles en surplus pour la colère. Je ne sais trop ce qui lui a donné cette idée. Faut croire qu'elle a senti un déséquilibre dans ma force vitale.

En tout cas. Ça n'a rien changé au fait que j'ai dû me rendre ce matin pour une chirurgie mineure au bureau de la dermatologue. Ouais... j'suis assez d'accord avec vous. Quelles occupations passionnantes pour passer le temps en vacances! Mais ne vous découragez pas pour moi. Je m'en vais à Montréal dimanche et là, il n'y aura ni aiguille, ni scalpel.

Que disais-je? Ah! oui. Cette chirurgie. Malgré mon ardent désir d'effectuer un virage à 180 degrés dans ma façon de gérer mon anxiété, je dois dire que je n'avais pas passé une très bonne nuit. Disons que je m'étais réveillée assez souvent et que j'avais terminé ce sommeil non réparateur par un rêve-cauchemar mettant en vedette l'Ami, le Fils et Scott Awesome. Il y était entre autres question de bandes de motards (!!), de séquestration, de violence, d'actes sanglants, d'armes de destruction massive, bref, de scènes pas du tout bucoliques. N'en pouvant plus d'alterner constamment entre le sommeil et le réveil, et de faire le décompte du nombre d'heures qu'il restait avant le rendez-vous fatidique, j'ai décidé de me lever pour de bon afin de prendre la dernière douche du condamné. Je pensais en effet que ça ferait plus de bon goût de m'étendre sur la table en montrant des jambes nettes et rasées de près. Au fait, vous ai-je précisé que le tailladage aurait lieu sur ma jambe gauche?

Finalement, l'Homme et moi arrivons au bureau du bourreau. Pendant que mon accompagnateur chargé de me remonter le moral s'installe dans la salle d'attente en ouvrant le cahier des sports de La Presse, j'attends que la réceptionniste se pointe le bout du nez. J'ai compris plus tard qu'elle cumulait également les fonctions d'aide-infirmière pour la dermatologue. Entre deux téléphones, elle recueillait les débris sanglants coupés par le médecin pour les déposer dans des petits pots de verre remplis d'un liquide transparent. Ouache!

Je ne peux plus longtemps échapper à mon destin et c'est moi qu'on appelle. Même si j'ai été prévenue que la procédure était moins longue et plus agréable qu'une visite chez le dentiste, j'ai quand même réussi à embarquer dans les délires de mon cerveau. Je me voyais déjà, souffrant d'une allergie soudaine au liquide chargé de geler la région opérée, en train de paralyser et d'être incapable de marcher POUR LE RESTE DE MA VIE! Ensuite, parce que j'avais eu le temps de lire une feuille sur le bureau du médecin en attendant la réceptionniste aide-infirmière, j'ai pensé que ma plaie serait de celle qui saignerait ABONDAMMENT, ce qui ferait en sorte que je devrais être transportée de toute urgence À L'HÔPITAL. Je vous passe les détails sur les images qui défilaient sans arrêt dans ma tête montrant des plaies profondes et béantes, et des scalpels-poignards triturant ma pauvre jambe. C'est sûr,  JAMAIS je ne pourrai continuer à m'entraîner puisque je vais maintenant boiter lamentablement sur les trottoirs. C'est pas une orthèse qui va régler ça. Oh! non.

Quoi? C'est fini? Mais j'ai seulement senti le pincement de l'aiguille au début. Deux points de suture? J'ai deux points de suture! Et un gros pansement que je devrai enlever dans quelques jours. Je me lève triomphalement de la table et je me tourne vers l'Homme, mon accompagnateur chargé de me remonter le moral, pour lui déclarer : "Wow! Tu as vu ça? C'est terminé. J'ai passé au travers." Lui, lève la tête de son journal, me regarde à peine et laisse tomber : "Ouais. C'était une véritable boucherie!"

lundi 20 septembre 2010

Liberté 55

Je suis en vacances. J'ai tout mon temps. Mais je n'ai pas de patience. Et je ne sais pas pourquoi. Je m'essaie à une vaine tentative d'explication : c'est parce que je fais maintenant partie du club 5/15. Oui, il semble que je suis entrée dans ce club sélect le 13 septembre dernier, jour où j'ai atteint l'âge vénérable de 55 ans (permettez-moi ici de reprendre une joke irrésistible de l'Homme - Oui! ça vit vieux un singe!). J'attends que les rires s'éteignent et je reprends mon propos.

Alors, selon le compagnon de la Soeur du milieu, j'ai donc joint les rangs des privilégiés de la société qui peuvent affirmer sans ambages, de préférence à leur employeur, la tonnante vérité suivante : "Tu m'écoeures 5 minutes et j'suis partie dans 15!". J'adore. En même temps, force m'est de constater que cette maxime ne laisse pas beaucoup de place à la tolérance. C'est clair. Ça signifie que les minutes passées à entendre des discours insignifiants et de belles paroles inutiles sont maintenant comptées. Et elles ne s'éternisent pas. Je compte jusqu'à cinq et je crisse mon camp!

Bon, bon. L'Homme n'aime pas quand je sacre. Ça ne fait pas dans la distinction paraît-il. Peut-être mais ça soulage en maudit par exemple! Voilà que je m'emporte à nouveau. Vous voyez ce que je voulais dire en vous avouant plus haut mon impatience nouvelle. Chus pu capable. Je me sens comme un prisonnier qui a inscrit sur son mur des centaines et des centaines de traits pour indiquer la durée de sa sentence. Et là, il s'apprête à tracer ses derniers bâtonnets. Pourtant il lui semble qu'il n'y arrivera pas. Il est devenu vieux. Et fatigué. Le doute l'étreint parfois et il se demande ce qu'il va faire de cette liberté qu'il a tant espérée. C'est ça qui arrive quand tu as été soumis pendant de longues années à un horaire qui n'est pas le tien : tu t'habitues à fonctionner selon les besoins des autres. Tu en viens même à ne plus savoir que toi aussi tu as des besoins. Pas le temps. Plus tard. Un jour.

Et là, le jour arrive. Tu ne pensais plus le voir poindre à ton horizon. Wow! C'est beau. Et épeurant. Va falloir que tu te grouilles et que tu consultes les innombrables listes que tu as dressées au fil des années afin de trouver très vite ce que tu voulais tant faire une fois que tu aurais du temps pour toi. Quoi? Tu as oublié! Arrête-moi ça tout de suite. C'est surtout pas le moment d'être atteint d'Alzheimer. Tu me tapes sur les nerfs avec ton amnésie soudaine. Ça ne devrait pas être si difficile que ça de ramener à ton esprit les merveilleux projets que tu comptais réaliser une fois que tu serais libre. Tu ne voulais pas voyager? Me semble que tu avais parlé de la possibilité de te mettre enfin à l'écriture? Non, non, tu voulais te dévouer pour tes semblables et faire du bénévolat. À moins que je confonde avec la fois où tu mentionnais ton envie de juste rien faire et de te laisser vivre.

Qu'importe ce que tu vas décider. Le chronomètre est parti. Tu as un peu plus de 5 minutes... mais pas vraiment beaucoup plus.

samedi 18 septembre 2010

Près et loin du bercail

Eh! Je suis de retour à la maison. Ce matin, je suis allée m'entraîner avec la brume comme décor. J'étais heureuse de ce paravent car je dois avouer que j'avais perdu un peu la forme après deux semaines. Finalement, c'est très différent de déambuler sur le bord de la mer et d'arpenter les trottoirs urbains même si je me berçais de l'illusion que je m'exerçais aussi fort. C'est sûr que ma marche matinale en compagnie de la soeur Psy revêtait un cachet particulier. L'odeur iodée de la mer et les délires de deux soeurs en vacances constituaient un mélange gagnant! Je crois que c'est surtout les derniers jours à Québec qui ont nui à mon tour de taille. Trop de bonne bouffe... mais je ne regrette rien.

Imaginez-vous que j'ai retrouvé mes barracudas dont j'avais fait le deuil parce que l'expertenbassin était supposé les récupérer pendant mon absence. D'après le compte que j'ai fait à mon lever, la faune aquatique est au complet, nénuphars et laitues d'eau y compris. J'ai fait un super ménage dans la journée pour enlever les innombrables feuilles tombées de mon érable roi de la cour. C'est l'automne paraît-il...

Et les chatons? Ils étaient là hier soir pour un passage trop bref. Je crois qu'ils ont trouvé d'autres plats où aller se sustenter puisque mes mangeoires étaient remplies à intervalles très irréguliers. J'ai acheté des sardines et du thon cet après-midi. Je vais tenter une approche demain. J'ai eu le temps de me rendre compte en les voyant qu'ils avaient grandi mes petits. Si je veux leur trouver un foyer, va falloir que je me grouille.

Et Mignonne et la Reine-Marguerite? Elles se sont ennuyées. Je le sais au nombre de fois où j'ai dû les flatter depuis que je suis revenue. Dès que je passe près de l'une d'elles, j'entends un miaulement qui n'admet aucun refus. Je dois prendre le temps d'aller caresser la féline en manque d'affection. Bon, bon. Moi aussi j'étais en manque de contacts poilus et de ronronnements apaisants.

Enfin, je ne sais plus si je veux ou non avoir des nouvelles de la Fille. C'est que, ô surprise, elle se manifeste quand même très régulièrement depuis son départ pour "lèzuropes", Facebook aidant. Ce qui devait avoir pour but de rassurer l'anxiété maternelle semble vouloir prendre la tournure contraire. Après seulement une dizaine de jours à Paris, elle nous a appris qu'elle avait la bougeotte et qu'elle avait décidé de prendre le train pour Milan. C'est là qu'elle vit en ce moment sur le "couch" d'un Italien soi-disant très, très hospitalier. Je ne sais plus trop si je dois m'inquiéter du charme de l'hôte présent ou du côté rebelle de l'Australien ex-chanteur de rock reconverti en chanteur d'opéra qui lui a payé un billet de théâtre et un verre de vin ou de la beauté ténébreuse de l'Iranien étudiant à Paris qui l'invite à lui rendre visite aux Pays-Bas et même à séjourner chez ses parents en Iran ou encore de l'inconnu du Louvres qui lui a offert un repas??? J'en perds mon latin et je trouve que je mène une vie pas mal plate. En tout cas, si les voyages forment la jeunesse, j'en connais une qui va nous revenir avec le statut de professionnelle!