jeudi 30 septembre 2010

Lumière automnale

Tout d'abord, des nouvelles de mon acuité auditive. Je suis fière de signaler un retour à la normale ce matin. Plus d'empêchement donc à ce que j'assiste à d'autres shows de métal.

Un bon point de réglé. Passons maintenant à la partie pédestre de cette chronique.

Je vous dis que c'est pas évident de s'entraîner ces jours-ci. Mon sang de mercure (si vous ne comprenez pas l'allusion, c'est que vous n'êtes pas un fidèle lecteur et c'est bien dommage pour vous) n'en peut plus de toute cette eau qui ne cesse de tomber. Ce matin, je sors sur le pas de la porte habillée d'espadrilles en cap pour ma marche de santé quand, oh! horreur, je vois sur les marches de ciment de petits ronds mouillés. Je rage intérieurement. J'hésite. Je n'ai pas de manteau de pluie (je sais, je sais, c'est une honte pour la sportive que je suis. Je m'engage à remédier à la situation dans les meilleurs délais ((Wow! une double parenthèse pour vous dire que les trois derniers mots que je viens d'utiliser sont une formule consacrée dans la correspondance ministérielle. En gros, ça veut dire : Espère pas une solution trop vite parce que ton problème n'est pas notre priorité.))) Vous avez vu? Je crois bien qu'il fallait que je fasse une triple parenthèse ici, soit deux pour fermer celle qui a été intercalée et une pour celle qui a commencé. Comme j'y perds mon latin et mes règles de ponctuation, je change de paragraphe.

Je disais donc que j'ai hésité à affronter les éléments de Dame Nature mais n'écoutant que mon courage et mon envie folle de mettre mes oreilles à l'épreuve en écoutant du métal pour la première fois depuis lundi soir, j'ai enfilé mon coton ouaté non imperméabilisé et mon chapeau avec des têtes de mort et je suis partie. Ahhhhh! Il faisait bon vous savez parce que la température était douce. Et puis, c'était juste un crachin que je sentais à peine. J'embarque dans le cliché automnal pour insister sur la beauté des couleurs en ce moment. Le jaune éclatant, le rouge explosif et l'orange vif font en sorte qu'il n'y a pas vraiment de temps gris. Même sous les nuages, le paysage éclate de mille feux. Et les odeurs. J'adore le parfum de l'automne. Ça sent l'humus et la décomposition, la vie qui meurt avant de revenir.

Bref. Malgré l'ondée, j'ai eu l'énergie pour faire mon mini-parcours de joggeuse amateure. Oui, j'ai réussi pour une deuxième fois à me rendre jusqu'au bout de la rue. Et j'ai accompli mon exploit sur la merveilleuse chanson de As I Lay Dying intitulée The Blinding of False Light. Pour vous dire la vérité, j'adorais la musique et je ne comprenais pas vraiment les paroles. Je sentais seulement qu'il y avait un message important dans les intonations utilisées. Comme d'habitude, pour votre plus grand plaisir, j'ai trouvé le texte et je suis maintenant estomaquée par l'intelligence du propos. Jugez vous-même grâce à cet extrait :

I see now... I see through the veil of expectation.
I see now... I see that conformity is betrayal.

Betrayal of those who are forgotten, yet vision alone furthers our blame.
Unless followed by transformation, it is pointless to be given sight.
Without the hope of our reaction, we overlook the purpose of our eyes.

Vous comprenez pourquoi je trippe autant sur le métal. C'est tout simplement brillant!

Je termine en vous laissant sur cette expression que quelqu'un a utilisé aujourd'hui pour m'aider à définir comment je me sens quand je fréquente le Pusher, le Fils et ses amis et la Fille bien sûr : des coachs de liberté. C'est beau non? Me sentir enfin libre dans ma tête. C'est mon virage à 180 degrés. Et voici la fin de la chanson :

With empty eyes I looked ahead,
With clarity I now look back...
Now is our chance to breathe without tyranny, released from the blinding of false light.

Je n'ai rien à rajouter.

mercredi 29 septembre 2010

As I lay... dying and hard of hearing

Au moment où je vous écris ce blog, j'ai toujours l'oreille gauche bouchée victime d'acouphène. Et pourtant... j'ai porté mes protecteurs presque tout le temps. Sauf pour les dernières chansons du groupe As I Lay Dying parce que je ne me pouvais plus de les voir là, devant moi, et de les entendre hurler et jouer à se défoncer. C'était écoeurant, comme je n'arrêtais pas de le répéter au Fils toutes les deux secondes et demie.

Mais revenons en arrière. À 17 h et des poussières, le Fils et moi faisions la file pour m'assurer d'une place assise. Comme cela m'arrive quand le Pusher m'invite à trinquer avec lui, je me sentais comme une intruse. Pour commencer, il y avait presque exclusivement des gars. Et des jeunes gars. Plus jeunes que le Fils, c'est vous dire. J'aurais donc pu être leur mère à tous. Et, bien évidemment, je ne voyais pas âme qui vive dans mon groupe d'âge soit, pour citer Pierre Lapointe, l'âge avancé du rebelle attardé! Mais j'arrivais tout de même à me fondre un peu dans le décor avec mon gilet noir de Mortör et mon coton ouaté avec capuchon. Selon le Fils, j'avais plutôt l'air d'être sa blonde puisque nos airs de dissemblance ne pouvaient pas logiquement permettre de conclure que j'étais sa mère. Alors, la rebelle attardée branchée sur la chair fraîche s'est finalement amenée à l'entrée du Métropolis. Mes rides aidant, je n'ai pas eu droit à une fouille très poussée de mon sac et j'ai même eu un "Bonsoir Madame" en guise de salutation pendant qu'un des gros "bouncers" déchirait mon billet en me dévisageant tout de même un peu.

Qu'importe. J'étais maintenant dans le saint des saints. Tout comme le Fils, j'ai acheté mon gilet de la tournée de As I Lay Dying. Nous sommes ensuite montés au balcon et nous sommes assis sur des tabourets situés juste en face de la scène. C'était l'endroit parfait pour une vieille métalleuse. Scott Awesome nous a ensuite rejoints. Bien calée entre mes deux gardes du corps, j'ai sorti mes protecteurs d'oreille! Le show pouvait commencer.

Carnifex a été le premier groupe à faire son entrée sur scène. Et là je vous dis tout de suite que, même si j'adore cette musique, je n'ai pas les connaissances pour vraiment évaluer une performance. Je laisse ça au Pusher. Mes observations sont donc uniquement basées sur les sensations éprouvées au niveau de mes tripes. Alors, Carnifex, c'était très bien. Scott Awesome a vraiment beaucoup aimé. Le Fils et moi un peu moins. C'est que, pour ma part, j'attendais le rythme qui me fait entrer dans ma bulle et ce n'est pas venu. Ça ne défonçait pas assez à mon goût. Tout a changé cependant avec Unearth que je pensais ne pas aimer mais que j'ai finalement adoré. Tous les musiciens bougeaient super bien et le chanteur savait comment aller chercher la foule. Je trouve qu'ils ont donné un merveilleux coup d'envoi pour All That Remains. Ici, je me confesse. La rebelle attardée amateure de chair fraîche en a eu pour son argent. Le chanteur avait un corps d'enfer et comme il a enlevé son chandail après la première chanson, il exposait sa poitrine musclée à tout venant. J'ai trippé quand j'ai reconnu This Calling et je ne portais plus à terre quand le groupe a terminé avec Two Weeks.

Ensuite, ce fut la pièce de résistance. La raison de notre présence. Et nous avons été magistralement servis. Des éclairages bien pensés. Et un son du tonnerre. Des musiciens en super forme qui avaient l'air content d'être là et qui semblaient apprécier la foule. Le chanteur principal était en voix et savait comment se déplacer pour ajouter encore plus d'effet à sa prestation. (Aparté : même avec la camisole, il avait lui aussi un corps d'enfer. Dur, dur à regarder mais faut faire des sacrifices dans la vie. Fin de l'aparté.) Le groupe a principalement enfilé les tounes de son dernier album, ainsi que d'autres de ses chansons les plus connues. Chaque chanson provoquait un véritable délire. Tout le monde en voulait encore. Je n'en revenais pas. J'étais là depuis plus de quatre heures et moi aussi j'en redemandais. Si j'avais encore le moindre petit léger doute sur mon engouement pour le métal, je ne peux plus le nier maintenant : je suis une fan finie. Me reste à espérer maintenant que ma surdité n'est que passagère et que je pourrai très bientôt retourner voir un autre show.

Le Pusher avait raison. Un show live, c'est vraiment là que ça se passe!

mardi 28 septembre 2010

Breaking Bad... too too bad!

Eh! bien, mon séjour à Montréal s'achève. Dans quelques heures, je serai dans l'autobus qui me ramènera à mes pénates. J'ai bien aimé mon séjour même si je n'ai pas été particulièrement gâtée par la température. Ainsi, ce matin, c'est la pluie, donc pas d'entraînement pour la Marcheuse urbaine. Heureusement, quand on se promème dans les transports en commun dans la grande ville, on obtient une séance d'aérobie gratuite : longs, longs escaliers à grimper ou à descendre, longs, longs couloirs à parcourir et, parfois, longues, longues rues à enfiler parce que le Fils a décidé que c'était pas si loin que ça le resto. M'enfin... c'est plutôt bien parce ça garde sa femme en forme!

Alors, alors, j'ai donc pris le temps de visiter l'exposition sur Otto Dix. C'est pas là que je me suis remontée le moral. Oh! que non. Le pauvre artiste a vécu la Première Guerre mondiale comme soldat, dans les tranchées. Il en est revenu avec des images, ma foi, fortes et sans équivoque sur les horreurs de ce terrible conflit. Quand est arrivé le Troisième Reich, il a été déclaré, comme bien d'autres de ses semblables, "artiste dégénéré" par un expert en la matière, soit Hitler lui-même. Certaines de ses oeuvres ont alors été détruites et donc perdues à tout jamais. Il s'est recyclé dans les paysages et les saints. Faut c'qui faut pour pas déplaire à l'ordre établi!

J'ai aussi parcouru le Quartier chinois hier après-midi. Comme toujours, c'était fascinant parce qu'on se trouve soudainement transporté dans un autre univers. La Fille disait justement dans son dernier message en provenance de Padoue, en Italie, que chaque ville possède son Quartier chinois. Elle commence d'ailleurs à être une source digne de ce nom puisque, après Paris, elle s'est rendue à Milan, à Padoue et, en ce moment, à Bologne. Pour en revenir à mon propre petit périple, j'ai observé pendant un long moment deux vieilles femmes qui s'adonnaient à la pratique du Falun Dafa, qui est associé au Falun Gong, une religion bannie en Chine parce qu'elle ne place pas l'idéologie communiste au-dessus de la croyance en Dieu. J'étais estomaquée par la souplesse de ces femmes qui exécutaient à répétition une série de mouvements exigeant une très bonne forme physique. Je crois que bien de nos centres pour personnes âgées profiteraient des bienfaits de cette méthode qui vise l'entraînement du corps et de l'esprit. Me semble que ça remplacerait avantageusement les clowns, non?

Pendant que les femmes se mettaient en forme, les hommes étaient attablés à une minuscule terrasse et prenaient le thé. Devrais-je mentionner que l'un d'eux avait retiré son soulier et que, pied nu, il se curait le nez avec ostentation? Je sais, je sais, c'est écoeurant. Pour échapper à cette image, je me suis donc engouffrée bien vite dans un marché d'alimentation juste pour le plaisir de regarder les produits proposés. Il y avait de la seiche congelée, des oeufs de canards enveloppés dans une espèce de membrane brunâtre, le déliceux dessert à l'aloès que j'ai déjà eu le plaisir de goûter et qui, à mon avis, est infect, des bocaux remplis de morceaux d'ananas qui n'étaient plus vraiment jaunes, des champignons séchés aux formes inconnues. Mais c'est toujours l'odeur qui nous reste aux narines qui nous fait revenir... ou éviter.

Et j'ai assisté à mon show de métal. Comme promis, le compte rendu est pour demain. Alors, où vais-je avec mon titre? C'est une série télé que le Fils m'a fait découvrir. Il y est question d'un prof de chimie atteint d'un cancer qui décide, pour payer ses traitements, de devenir un dealer de drogues dures. En fait, il fabrique tout ça lui-même. Faut bien que ses connaissances en chimie servent à quelque chose, non? C'est extrêmement bien fait et les acteurs sont extraordinaires. Mais vous dire l'ambiance... Sombre, sombre. Avec scènes de violence incluses, bien entendu. C'est trop tard pour moi maintenant. J'y suis accro comme je l'ai été pour Prison Break auparavant. Je crois en avoir enfilé trop d'épisodes de suite chez le Fils. Cette fois, je ne m'imagine pas suivie par les membres d'une "organisation" pour le moins "dégénérée", mais par des pushers qui ont autre chose en tête que le métal. Décidément, les goûts du Fils sont pour le moins... surprenants. Faut-il que je m'en étonne cependant? Après tout, quel fils dans la vingtaine peut affirmer qu'il a amené sa mère à un show de métal?

Wow! J'trouve tellement que mes enfants sont cool!!

lundi 27 septembre 2010

Avant-match

Bon, ben me voilà dans la grande ville à quelques heures d'assister à mon premier show de métal d'envergure. Vous dire que j'attends avec impatience de voir en vrai des groupes que j'écoute en parcourant mes trottoirs urbains est près de la vérité. Mais la vérité vraie, c'est que j'attends plutôt avec anxiété de vivre cette nouvelle expérience.

Vous connaissez mon sens du drame et mes tendances à la panique inutile. Aujourd'hui ne fait donc pas exception à ma règle. J'ai hâte mais... J'ai peur notamment de me faire refuser l'entrée à cause de mon âge avancé. Peut-être que les organisateurs vont craindre de ne pas avoir prévu de couches jetables ou encore regretter de ne pas avoir téléphoné aux responsables de l'Ambulance Saint-Jean pour prodiguer les premiers soins aux spectateurs vieux à l'enthousiasme trop délirant qui feront une crise cardiaque à l'apparition de leurs idoles.

Je m'inquiète aussi de l'endroit où ça se passe. En face d'une crèmerie où se ramassent régulièrement de nombreux motards. C'est sûr que ma récente expérience à Wildwood avec Roar to the Shore devrait me permettre de me sentir tout à fait l'aise dans ce milieu. Et puis, le Métropolis n'est pas très loin non plus des Foufounes électriques. Une autre raison pour que me sente tout à fait à ma place!!

J'ai pensé aussi à la possibilité que je me fasse fouiller. Ne me demandez pas pour quelle raison on voudrait passer au crible les spectateurs d'un show de métal! Je m'imagine seulement que certains pourraient avoir sur eux... que sais-je... de la boisson, de la drogue, des armes de poing, des bouteilles d'eau! Je sais, je sais, je cède aux préjugés et le Pusher ne serait pas content de constater que, même après avoir frayé avec les amateurs de cette extraordinaire musique et avoir assisté à deux spectacles dans mon coin de pays, je réagis encore comme une personne de mon âge, soit avec étroitesse d'esprit et manque de tolérance.

Mon âge, justement. Je devrais m'en ficher. J'ai quand même posé la question au Fils et au Pusher : "Croyez-vous que je vais rencontrer des gens aussi vieux que moi à ce spectacle?" Réponse unanime : "Ce serait étonnant car le metalcore, c'est récent et ça attire davantage les jeunes." Seul espoir pour moi, selon le Fils : "À moins que la mère d'un des gars soit dans la salle... on sait jamais." Je ne sais pas pourquoi mais je crois qu'il s'est moqué de moi.

En tout cas, je suis prête. Je porte mon chandail de Mortör (vous saurez qu'il faut toujours porter le chandail d'un groupe métal quand on va à un show) et j'ai choisi des vêtements foncés (le noir étant la couleur privilégiée par les amateurs). J'ai aussi mes protecteurs d'oreille. Encore là, selon le Fils, il y a moins de risques pour moi de devenir sourde étant donné que je suis vieille et qu'il me reste moins de cellules auditives à perdre que lui! Et vlan! Mais, ce que je retiens surtout, c'est le conseil du Pusher : "Profite du show au max. Personne n'est là pour juger personne. Tu fais ce que tu as envie de faire et tu jouis de ta soirée."

Pour connaître la fin de l'histoire, il faudra me lire mercredi. Pas avant. Car j'ai promis au Pusher d'attendre qu'il ait lui aussi vu le spectacle avant d'en parler. Prenez donc votre mal en patience et une p'tite bière à ma santé!
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Notes pédestres : Qu'il était agréable ce matin d'arpenter les trottoirs montréalais. Il faisait bon. Il y avait, incroyable mais vrai, du soleil. Les couleurs étaient magnifiques sur le bord de l'eau. C'était une de ces journées d'automne qui nous inspirait jeunes quand il fallait rédiger une composition sur cette saison. C'était le temps d'utiliser l'expression usée à la corde : "J'ai marché sur un tapis de feuilles multicolores."

samedi 25 septembre 2010

Castafiore : Vers un nouveau destin

Finalement, ça n'a pas été si difficile d'attraper la petite chatte grise. J'étais assise dans le salon au début de l'après-midi quand je l'ai aperçue qui arrivait trottinant à pas rapides sur le trottoir en direction des plats de nourriture sur le balcon. Je me suis levée immédiatement pour aller chercher dans le frigo le plat rempli de morceaux de thon que je garde toujours en réserve pour nourrir mes trois lurons.

Étrangement, pour une fois, elle ne semblait pas trop apeurée. C'était inhabituel pour elle puisque je n'avais jamais réussi jusqu'à maintenant à même m'en approcher suffisamment pour pouvoir la caresser. Je dépose le plat. Elle recule juste un peu et revient tout de suite pour commencer à manger. Je décide de changer le bol d'eau. Je réussis à le prendre sans qu'elle s'enfuie et je reviens le déposer devant elle sans qu'elle bouge outre-mesure. Je prends alors le risque d'amorcer une tentative d'approche et je tends doucement la main pour lui flatter le dos. Elle reste là. Je m'enhardis et lui touche le cou que je commence à gratter légèrement. Elle ronronne. Je suis estomaquée. Est-ce que quelqu'un d'autre que moi aurait réussi à l'amadouer? Après tout, pendant mon absence de deux semaines, c'est fort possible qu'un amateur de petits chats ou encore un enfant ait pu convaincre les minets de faire confiance aux humains.

Je m'assois sur le balcon et continue à la flatter. Elle n'a que la peau et les os. Je suis étonnée car elle semblait plus rondelette il y a quelques semaines. Elle mange à peine. Je tente le tout pour le tout et je la prends dans mes bras. Elle se laisse faire et ronronne toujours. Je fais alors l'ultime tentative. J'ouvre la porte d'entrée et l'installe dans le vestibule, non sans avoir pris la précaution de fermer la porte coulissante qui le sépare du salon. Castafiore ne semble pas énervée. Pas comme Mignonne l'était l'année dernière en tout cas. Je la dépose doucement sur le tapis. Je rentre les plats à l'intérieur et je vais chercher un peigne pour tenter de la toiletter un peu car son poil est vraiment plein de noeuds. Elle se laisse faire sans broncher. Comme elle ne sent pas très bon, je décide d'apporter une bassine avec de l'eau et du savon. C'est sûr qu'elle n'aime pas se retrouver le derrière dans l'eau mais j'arrive facilement à la maîtriser sans même qu'elle tente de sortir ses griffes.

Je l'installe comme un pacha sur une grosse serviette et la recouvre en partie d'une autre. Elle reste là. Elle semble épuisée. Et si maigre. J'ai peur qu'elle soit malade. J'annonce à l'Homme qu'il n'est pas question que je la remette dehors. Son calvaire doit avoir une fin. Et nous commençons les appels. La première SPCA que nous rejoignons n'a pas de place pour accueillir un autre chaton abandonné. Le vétérinaire ne fait pas de bureau le samedi après-midi. Heureusement, l'Homme joint une collègue qui bénévole à l'autre SPCA du coin. Celle-ci lui apprend qu'il doit sans doute être possible d'aller y déposer Castafiore. Je vais chercher la cage. J'y mets doucement mon bébé chat sur sa grosse serviette. Elle semble si minuscule. Et elle ne dit rien. Dans la voiture, je la sors pour la prendre sur moi. Immédiatement, elle se blottit dans mon coude et c'est là qu'elle va rester jusqu'à ce que nous arrivions. Je continue à la caresser en pleurant. J'espère tellement que je suis en train de lui donner une nouvelle vie. J'ai beau tourner tout ça dans ma tête, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. Admettons que je veux la garder. Je pars demain pour Montréal pour presque trois jours. Je ne peux demander à l'Homme de s'occuper d'un bébé chat, surtout qu'il retourne travailler lundi. Si je ne la garde pas et qu'elle est malade, je ne peux pas la remettre dans la rue. Elle a besoin de soins. Et si elle est en bonne santé, elle a besoin d'un foyer.

Nous sommes arrivés. Les adieux sont rapides. Je transfère Castafiore dans une petite cage verte en plastique. On m'assure que, si elle passe le bilan de santé, elle pourra être adoptée. Je la caresse une dernière fois et lui murmure que tout va bien se passer. Et je sors.

Si vous saviez à quel point je déteste parfois les humains. Ils me lèvent le coeur. Castafiore va peut-être avoir une deuxième chance. Je veux tellement y croire. Mais quand je prends un léger recul, je ne peux m'empêcher de penser aussi à tous ces enfants que les parents mettent littéralement à la porte parce qu'ils n'en peuvent plus. Parce qu'ils ne savent plus quoi faire et qu'ils sont à bout de nerfs. Des enfants de 5 à 17 ans qu'on empêche d'entrer dans la maison et qui doivent appeler les services sociaux pour qu'on leur trouve un abri pour la nuit. C'est honteux. Vous ne me croyez pas? Allez lire La Presse d'aujourd'hui. C'est édifiant.

Je déteste parfois les humains. Ils me lèvent le coeur.

vendredi 24 septembre 2010

À chacun son angoisse

Parcourir la chronique de Josée Blanchette dans Le Devoir d'aujourd'hui a fait tomber sur moi le voile de l'angoisse. C'est qu'elle parle d'un livre écrit par une jeune publicitaire atteinte d'un cancer foudroyant au cerveau. Il s'agit de Véronique Lettre et son bouquin s'intitule Plus fou que ça... tumeur!

Vous devinez déjà que cette combattante a choisi de faire face à la musique en utilisant comme remède l'humour décapant. Son livre fait d'ailleurs l'objet d'une campagne de publicité tout aussi décapante grâce à des slogans du genre "Chimiothérapie par le rire" ou "Faut être malade pour écrire ça". Je trouve que c'est formidable et je voue une admiration réelle aux personnes qui sont capables de relativiser ce qui leur arrive même quand c'est la catastrophe. En fait, je suis en pâmoison parce que ces personnes illustrent à merveille le virement à 180 degrés que je nous crois tous aptes à faire et auquel j'aspire tant.

Mais voilà où le bât me blesse. Je ne suis pas du tout certaine que je serais capable de déclarer "Le cancer du cerveau, c'est entre les deux oreilles que ça se passe" si j'apprenais une aussi terrible nouvelle. Trouverais-je la force de prendre les interventions chirurgicales, les traitements, les malaises, les douleurs avec un grain de sel? Je panique pour deux points de suture. Vous ne m'avez pas vue ce matin quand j'ai enlevé mon "gros" pansement. Je n'osais même pas regarder. Heureusement que l'Homme était là pour me rassurer : "Ouais, c'est bien le résultat de la boucherie."

Et comme si ce n'était pas suffisant. J'angoisse aussi à l'idée que je devrai peut-être me taper deux ou trois livres de recettes si j'ai à traverser l'épreuve de la maladie. Vous savez ce que c'est. Dans ces moments-là, il y a toujours un bon samaritain pour vous conseiller LE livre qui va vous aider à comprendre ce que vous vivez et vous donner les étapes à suivre pour naviguer sereinement dans les eaux tumultueuses où vous avez été précipité. Moi je déteste ce genre de livre. Je ne dis pas que les propos ne sont pas intéressants ni qu'ils ne peuvent pas répondre à un besoin. C'est juste que je voudrais que la recette soit facile à comprendre et surtout rapide d'exécution. Comme en cuisine. Je ne choisis jamais une recette qui comporte plus de trois étapes. J'aime préparer la bouffe mais cela doit se faire dans un minimum de temps et avec un maximum de saveur.

J'imagine que, même sans l'écrire, chacun en vient à développer sa propre recette pour réagir aux coups durs. Faut croire aussi que l'inspiration vient au moment où l'on s'y attend le moins ou, mieux encore, au moment où on en a le plus besoin. Je garde donc le cap mais en continuant de virer à tribord.

Pendant ce temps, à l'autre bout du spectre, l'angoisse du Fils. Elle découle de notre plus récente visite à Belle-Maman dans son centre avec clowns compris. L'Homme et moi avons raconté à notre progéniture que nous nous étions retrouvés à notre corps défendant bénévoles d'un jour à cette occasion puisque nous étions arrivés en pleine séance de musicothérapie. Nous connaissions un peu l'intervenante que nous avions déjà rencontrée lors d'une précédente visite et nous connaissions surtout les belles chansons françaises qu'elle interprétait en jouant de la harpe. Oui, vous avez bien lu, de la harpe. C'est inusité mais ça marche. Bref, en nous voyant entrer dans le petit salon où était Belle-Maman et en constatant avec quel entrain nous pouvions l'accompagner, elle nous a rapidement inclus dans son mini-spectacle. C'était super chaleureux et sympathique d'entendre les voix chevrotantes ou hésitantes des personnes âgées qui retrouvaient, grâce à ces vieilles mélodies, des souvenirs de leur passé. Nous avons quand même étonné l'intervenante qui nous trouvaient bien jeunes pour savoir les paroles de toutes ces chansons. Et c'est là que nous avons déclenché l'angoisse du Fils.

Permettez-moi cet aparté et vous allez mieux saisir l'ensemble de la question. Le Fils n'a pas l'oreille musicale. Il a traversé toute sa maternelle en ne répétant aucune comptine et en ne fredonnant aucune ritournelle. D'après ses dires, comptines et ritournelles ne faisaient pas partie du programme scolaire... jusqu'à ce que la Fille fasse ses premiers pas à l'école. Contrairement au Fils, elle babillait sans arrêt et chantait constamment. Cela a eu pour effet de susciter régulièrement du Fils des déclarations du genre : "Eh! j'la connais cette chanson-là. Répète pour voir. Oui, oui, ça me dit quelque chose." Fin de l'aparté.

Vous comprenez mieux l'inquiétude ressentie par le Fils à la suite de notre aventure chez Belle-Maman. "Comment je vais faire moi, quand je vais être vieux? Vous savez que je suis incapable de me rappeler les mots d'une chanson, encore moins de fredonner un air quelconque", nous a-t-il déclaré, un peu paniqué. "T'en fais pas", que je lui ai répondu, "dans ton temps, c'est du métal qu'on va faire jouer. T'auras juste à crier et ce sera parfait!"

jeudi 23 septembre 2010

Quand ce n'est pas le chat qui est botté

Ahhhhhh! C'est ça les vacances. Pouvoir parcourir mes trottoirs chéris à toute heure du jour ou, plutôt, à l'heure qui me convient le mieux. Même si les sorciers de la météo annoncent de la pluie depuis deux jours, il y a quand même plus de nuages que de gouttelettes. Et c'est tant mieux puisque cela permet de faire des activités à l'extérieur, dont ma marche quotidienne.

Je me trouvais plus sportive que d'habitude cet après-midi pendant que j'arpentais mes carrés de béton. Je sais que vous allez sans doute trouver que c'est ridicule, mais c'était à cause de mon gros pansement sur le côté de mon mollet gauche. Vous savez bien... le résultat de la "boucherie" d'hier. Mon legging mi-jambe n'arrivant pas à camoufler ma blessure de guerre, j'avais l'air courageux d'un athlète se remettant d'un accident de parcours. "Voyez comme elle est brave et comme elle a un pas cadencé malgré cet énorme bandage qui lui recouvre une partie du mollet. Et quel mollet! On voit tout de suite qu'il s'agit d'un mollet d'athlète supersonique." Bon, j'exagère un peu. C'est que j'ai jamais eu de blessure sportive moi parce que je n'ai jamais été sportive. J'étais la boulotte que l'on choisissait toujours en dernier et quand j'étais malgré tout laissée sur la ligne de touche (avec deux ou trois autres compagnes de mon acabit), c'est le prof de gym qui désignait l'équipe chargée d'encaisser le handicap que je représentais.

Alors voilà. Maintenant je m'entraîne. Et j'aime ça. Et je veux croire que je commence à avoir au moins un peu le physique de quelqu'un qui fait de l'exercice. Je vous ai déjà parlé de la fermeté de mes mollets et de mes cuisses, je n'y reviendrai donc pas.

Laissez-moi plutôt vous dire que j'ai poursuivi aujourd'hui mes activités palpitantes de vacancière en me rendant chez l'orthésiste. Vous savez, quand on est sportive comme moi, c'est important de soigner ses pieds. En tout cas. J'ai été obligée de poireauter une demi-heure dans la salle d'attente. Paraîtrait que l'orthésiste éprouvait des difficultés à ajuster une botte militaire! Comment pouvais-je mesurer mon petit problème d'oignon naissant à la nécessité pour un vaillant combattant d'avoir le pied confortable dans sa chaussure de spartiate? J'ai donc pris un magazine sur la table et je me suis instruite.

Comme je suis heureuse de ne jamais prendre le temps de lire ces articles insignifiants. Cette fois, c'était un magazine anglophone (n'oubliez pas que j'habite en terrain conquis), mais ça ne changeait strictement rien à la vacuité des propos. J'ai ainsi appris comment agrandir mon espace en séparant une pièce en deux grâce à l'ajout d'un rideau ou d'un paravent. Simple, n'est-ce pas? L'art de transformer un deux et demi en trois et demi en un tour de main! Mais peut-on vraiment parler d'agrandissement dans ce cas?  Et j'ai aussi pu prendre connaissance de l'art de planifier un repas pour six en dix étapes faciles. Tout est prévu. Ce qu'il faut faire deux jours avant la date de la rencontre, par exemple acheter le poulet et le mettre au frigo. Une journée avant, on épluche les patates et on coupe les légumes. En après-midi, on fait le gâteau. Le lendemain matin, on cuit notre pain. Cinq heures avant, on met la table. Deux heures avant, on cuit quelque chose, je crois. Puis la sonnette se fait entendre et on est pas prêt, AHHHHHHH!

La réceptionniste a levé la tête. "Désolée, je crois que je me suis transformée en Martha Reine-de-la-Maison pour quelques minutes. Hum... à propos, comment va la botte? Militaire, je veux dire." Elle était finalement ajustée. Je l'ai vue sortir. Et c'était une botte féminine à part ça. Si vous saviez seulement tous les mauvais jeux de mots qui me sont passés par la tête avec cette saprée botte! Tenez, je vous laisse avec cette devinette que j'ai posée un jour à ma mère en rentrant de l'école, je devais avoir neuf ou dix ans, et que je n'ai compris que beaucoup, beaucoup plus tard :

Qu'est-ce qui est mieux qu'un soulier au soleil?
Réponse : une botte au clair de lune!

Vous auriez dû voir la tête de ma mère!