mercredi 31 mars 2010

Je ne sais rien mais je dirai tout

Il y a de ces choses, quand on arrive au moment fatidique d'entrer dans la dernière phase de notre vie - je parle ici bien sûr de la retraite, qui perdent un peu, pour ne pas dire totalement, de leur importance, et deviennent par le fait même d'une incroyable futilité.

Je vous donne un exemple. Je reçois ce matin un courriel du gestionnaire de la sécurité du Ministère m'apprenant ce qui suit : "Nos dossiers indiquent que votre cote de sécurité de niveau "Secret" doit être mise à jour. Veuillez remplir le Formulaire d'autorisation de sécurité et le Formulaire de vérification de sécurité, de consentement et d'autorisation du personnel et nous les retourner." Je clique sur les liens indiqués et je vois apparaître à mon écran les fameux formulaires en question. Oh! que je les reconnais même si, depuis mon entrée au gouvernement, ils ont été mis à l'ordre du jour informatique. C'est le genre de formulaire qui donne de l'urticaire, celui qui vous fait presque regretter les déclarations d'impôt. C'est vous dire!

Voyez-vous le gouvernement fédéral ne prend pas la sécurité à la légère. En fait, il ne l'a jamais fait. Je me rappelle ainsi avoir dû assister à un breffage de sécurité avant de m'envoler vers la Chine pour aller chercher la Fille. Pour l'occasion, j'ai été obligée de me taper les conseils de deux messieurs forts sérieux qui m'ont expliqué de long en large ce que je devais faire pour ne pas révéler de secrets d'État aux espions chinois que je ne manquerais sûrement pas de rencontrer pendant mon séjour. J'ai bien essayé de dérider un peu l'atmosphère. Peine perdue. Tout ce que j'ai réussi à faire c'est de prolonger mon calvaire puisque mon attitude désinvolte me rendait suspecte et laissait même croire que je pourrais être une proie facile pour l'ennemi. J'ai donc eu droit à la totale. Ça a été long et plate et je n'en suis pas ressortie plus convaincue que j'allais au-devant d'une "mission impossible".

Ce n'est pas que je ne crois pas à l'importance de la sécurité. Mais il faut quand même exercer un peu de jugement. De un, je n'ai jamais occupé de ma vie de fonctionnaire un poste névralgique au sein de l'appareil gouvernemental, et de deux, j'allais adopter un enfant. Mes chances de rencontrer des représentants des services secrets étaient minces. M'enfin. J'imagine que tout cela faisait partie d'une stratégie névralgique élaborée par plus fin finaud que moi.

Mais permettez-moi de revenir aux formulaires plus haut cités. Ils ne sont pas compliqués à remplir. Que non! Mais ça n'en finit plus. Il faut inscrire nos adresses des cinq dernières années, tous les détails sur notre famille immédiate, laquelle inclut les enfants, les frères et soeurs, les parents, et toutes les autres personnes avec qui on a des liens résultant d'unions (merci l'Homme pour tes sept frères et soeurs et leurs conjoints, alouette, ah!), les coordonnées du dernier établissement d'enseignement fréquenté (dans mon cas, aussi bien dire que ça remonte à Mathusalem!), les emplois occupés depuis les quinze dernières années, bref, notre vie! J'aurais tant aimé ne pas avoir à refaire cet exercice avant de quitter pour un avenir meilleur. En tout cas, les responsables de la sécurité ne sont pas très au courant de l'état des lieux sinon ils sauraient déjà que, ces temps-ci, mes chances de rencontrer un document secret avant que je ne tire ma révérence sont aussi inexistantes que celles de rencontrer un document tout court!

lundi 29 mars 2010

Une histoire de mouton pascal

Eh! je suis à court d'inspiration. C'est rare que ça m'arrive, moi qui ai toujours quelque chose à dire sur tout et sur rien. J'ai pensé me taire en attendant le souffle créateur. Mais il ne vient pas. Alors j'ai décidé de saisir quand même mon clavier à bras le corps et de voir ce qui va en sortir.

La politique, qui constitue l'un de mes chevaux de bataille préférés, ne m'émeut guère ces temps-ci puisque les foutaises se suivent les unes après les autres. Le Parlement a finalement déposé des documents au sujet de la torture des prisonniers en Afghanistan, documents qui ont été tellement censurés qu'ils ne servent à rien... plein de pages noircies. Ce n'est pas avec ça qu'on va connaître la vérité mais cela a permis à notre cher gouvernement de montrer patte blanche. Du côté provincial, ce n'est pas plus reluisant avec le dépôt d'un projet de loi visant à régler le problème des accommodements raisonnables. Pour moi, ce n'est pas assez car cela n'affirme pas suffisamment nos valeurs. De toute façon, si on se tenait debout, on ne serait même pas obligés de légiférer. Ici, on se promène à visage découvert, partout. Me semble que c'est clair et pas difficile à comprendre. Ici, les femmes font tout ce que les hommes font (parfois mieux même - je ne peux pas m'empêcher ce petit salut à mon sexe d'appartenance) : par conséquent, oui on peut se faire arrêter par une femme police et oui on peut se faire accoucher par une femme médecin. Et du côté municipal, je ne peux dire grand-chose de Gatineau où il ne se passe à peu près rien et où il n'y a rien de déposer, ça c'est sûr! On aurait peut-être besoin nous aussi d'un Clotaire Rapaille pour nous donner notre "code". Il ne coûte pas si cher que ça après tout, ce bullshitteur devant l'éternel : un petit 300 000 $ ça doit se trouver dans les poches des contribuables. En plus, je viens d'apprendre en dernière heure qu'il est maintenant disponible puisque M. Labeaume vient de sortir de son rêve éveillé.

Avouez que tout cela manque singulièrement d'inspiration. Du côté familial, j'ai bien eu une attaque de mère-outrée-se-sentant-abandonnée-par-ses-enfants en fin de semaine. Le Fils est débordé par ses études et frémit devant la fin de session qui approche trop vite. La Fille veut s'avancer le plus possible dans ses projets avant son départ pour le Cambodge samedi prochain. Et moi dans tout ça? Moi j'essaie de préparer une fête de Pâques qui nous permettra de tous nous retrouver. Mais c'est sûr que mes problèmes de logistique au sujet du menu que je devrais concocter, des décorations que je pourrais peut-être installer et du jour d'arrivée de mes invités ne font pas le poids devant les graves préoccupations de ma progéniture. Je comprends mieux maintenant la déception de mon papa la fois où j'ai complètement oublié son anniversaire. C'était justement en avril. J'étais à l'université, en fin de session moi aussi, et amoureuse comme c'était pas possible. Alors, le 13 avril a filé sans même que je m'en rende compte. Quand j'ai réussi à retrouver un bref moment de lucidité, je me suis précipitée sur le téléphone pour faire amende honorable. Ce fut pour le moins ardu. Je ne comprenais pas pourquoi mon papa acceptait si mal mes excuses. Il me semble pourtant qu'elles étaient valables et hautement recevables... pour moi... à 22 ans. Désolée mon papa. Je n'ai jamais réalisé avant aujourd'hui à quel point j'ai pu te faire de la peine. Je sais bien que ton grand coeur de papa a passé l'éponge. N'empêche. Que disait Saint-Exupéry déjà sur son mouton? Ah! oui : "Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé." Et il n'y a rien de plus facile à apprivoiser qu'un coeur de mère. Mais après? Après, il ne faut pas oublier de le nourrir de temps en temps si on ne veut pas lui faire rater un ou deux battements!
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Notes ovines : Parlant de moutons apprivoisés, j'ai rencontré le monsieur à qui je donne parfois des sous en allant prendre l'autobus ce soir. Je ne l'avais pas revu depuis les Fêtes. Nous avons échangé un peu. Il avait l'air bien même s'il semblait au bout de ses ressources en attendant d'avoir son chèque. Il m'a dit merci. Et il y avait un petit minou noir devant ma porte quand je suis arrivée à la maison. Il attendait que je remplisse les plats. On aurait dit le frère ou la soeur de Mignonne mais en tout magané. Il a dit miaou.

mercredi 24 mars 2010

Surtout ne pas mettre la barre trop haute

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Voilà. Je bats ma coulpe ce soir. Je n'ai pas le choix. Les techniciens du bureau d'aide ont réglé mon problème. Ce matin, leur représentant est quand même d'abord resté bouche bée devant l'impossibilité de personnaliser lui-même ma barre d'outils. Après quelques essais infructueux, il a dû déclarer forfait. Il est donc reparti mais en promettant qu'il allait revenir.

Non, mais, combien d'hommes ont dit ça à une femme? Pouvais-je le croire? Devais-je le croire? En fait, avais-je le choix de le croire? Il avait une bonne bouille sympathique. Il était patient et gentil. Il me faisait penser au Fils. Je suis tombée dans le panneau comme la majorité de la gent féminine le fait trop souvent. Et je me suis mise à espérer et à attendre.

Pour patienter jusqu'à son éventuel retour, je me suis remise à la tâche. Pour faire exprès, j'avais du travail aujourd'hui. Chaque fois que je devais faire un clic de trop dans Word parce que je n'avais pas ma barre d'outils d'avant, mon coeur se serrait. S'il fallait que je ne la revois jamais, ni elle, ni ce gentil technicien entre les mains duquel j'avais remis mon sort informatique. Mais je ne voulais pas m'appesantir inutilement, ni sombrer dans les affres du désespoir.

J'ai abattu du bon boulot tout l'avant-midi. C'est sûr que, de temps en temps, je quittais l'écran des yeux parce qu'incapable de supporter l'absence de la barre chérie. À d'autres moments, mes pensées voguaient vers le technicien-messie qui avait promis de venir me sauver de la Géhenne (non, mais, dans mon temps, on avait des cours de religion à l'école - ça paraît tu?). Je me demandais alors s'il était torturé par le problème que je lui avais présenté. Peut-être cherchait-il désespérément une solution quêtant avis et conseils auprès de ses collègues, d'experts d'autres ministères, d'anciens professeurs... ou googlait-il simplement sur la Toile? Peu importe en autant que je ne l'entraînais pas lui aussi dans mon enfer.

L'heure du lunch est arrivée. Je n'avais pas beaucoup faim. Je repassais sans cesse dans ma tête des images de ma vie d'avant. Comme j'étais heureuse avec ma barre d'outils. Elle et moi, on faisait deux! Toujours prête à m'aider, elle n'exigeait rien. C'est bien là le malheur. Je la prenais pour acquise. Certains jours, je l'ignorais en fait parce que je lui parlais à peine, oubliant même parfois de la saluer. C'est toujours quand elles ne sont plus là qu'on apprécie le plus nos barres d'outil. M'enfin. Les regrets étaient inutiles. Elle était partie et je devais envisager la possibilité de réaménager ma vie sans elle.

Vers 14 h, qui vois-je devant mon cubicule? Oui, le technicien-messie était de retour. Comme il l'avait promis. Je me suis frottée les yeux de peur d'être victime d'une hallucination. Non, c'était bien lui. Et il tenait dans la main la clé USB du problème m'a-t-il annoncé triomphalement. Incrédule, je le regarde insérer la clé et s'asseoir à ma chaise. Un écran noir apparaît. "Est-ce normal?", que je lui demande en tremblant. "Oui. Maintenant il faut attendre qu'il se passe quelque chose", répond-il. Les secondes s'égrènent. L'écran noir est toujours là. Mon sauveur bouge sur la chaise. Il a l'air un peu nerveux. Le noir perdure, puis, soudainement, l'écran revient au beau fixe. Aussitôt, le technicien-messie ouvre Word et me demande les icônes dont j'ai besoin pour recréer ma barre d'outils. Ça semble marcher. Maintenant, le test ultime : fermer Word et le redémarrer pour voir si la barre d'outils va rester. Je regarde d'un oeil seulement. J'ai trop peur que ça ne fonctionne pas. Victoire! Ma barre d'outils, que j'avais perdue, est revenue! Je suis tellement contente que je me tourne vers mon sauveur et lui déclare : "Si je ne me retenais pas, je t'embrasserais". C'était sans compter sur ma chère collègue voisine, vous savez celle qui ne regarde pas les hommes. Du fond de son cubicule, je l'entends "voiler" mon enthousiasme : "Attention-là, vous n'êtes pas tout seuls". Grrrr... je me suis contentée d'un merci très, très chaleureux. Il a rougi. Il est parti. Et j'ai repris ma vie en l'appréciant encore plus.

mardi 23 mars 2010

J'ai crashé!!

Eh! bien, eh! bien, l'effet bienfaisant de la drogue s'est malheureusement dissipé aujourd'hui. Journée de merde du début à la fin. Surtout journée où la technologie informatique est venue m'exaspérer plus d'une fois. On a remplacé mon ordinateur ce matin. Comme toutes les fois où j'ai eu à subir cette mutation, j'ai évidemment perdu mes préférences. Il paraît que c'est impossible de faire autrement. Et après ça, on essaie de nous faire croire que la technologie est à notre service! Impossible, impossible, mon oeil! Si c'était pour leur usage personnel, les techniciens du bureau d'aide travailleraient jour et nuit pour trouver une solution. Mais un simple usager qui s'inquiète de la disparition de sa barre d'outils, il n'y a pas là de quoi s'énerver les bits!

Alors, quand le technicien est parti, j'ai pris mon courage à deux mains non sans m'être d'abord frappée la tête contre la cloison (c'est mou, ça ne fait pas mal) et j'ai commencé à recréer ma barre d'outils dans Word. Comme ce n'est pas quelque chose que je fais tous les jours, j'ai encore une fois cherché comment on fait pour programmer une touche et où se trouve la fameuse fonction "Recherche de fichiers". Après plus d'une heure de sueur, j'y suis arrivée. J'avais même réarrangé les marges et remplacé les centimètres par des pouces. Pour voir si tout allait bien, j'ai fermé Word et l'ai rouvert pour constater que...

Ouais, y avait plus rien. Tout était revenu comme c'était avant l'heure et quelque que j'ai perdue et que je ne retrouverai plus jamais. Complètement frustrée, je compose le numéro du bureau d'aide. Je suis mise en attente parce que mon appel est important. Enfin, on me répond. J'explique ce qui m'arrive et là j'apprends qu'avec Windows XP, nous ne sommes plus "admin" de notre ordinateur ce qui fait que nous ne pouvons plus rien faire même pas personnaliser notre barre d'outils. Merveilleux! Encore une fois des épais qui décident pour nous sans nous consulter. C'est sûr que comme ils n'utilisent pas Word d'une étoile à l'autre, ils se satisfont de la barre d'outils standard.

Moi je ne suis pas standard. Et je n'en peux plus qu'on me mette devant les faits accomplis sans me laisser la chance de donner mon opinion. Seule façon d'avoir la barre d'outils que je veux : un technicien doit venir sur place, à mon ordi, et créer la barre avec moi. Du délire! Payé pour faire glisser une icône d'un endroit à un autre. Wow! Je suis impressionnée. J'ai surtout hâte de voir la patience qu'il va démontrer à mon égard.

En tout cas, je suis fatiguée. J'ai aussi perdu une boucle d'oreille. Mais la Reine-Marguerite ronronne à côté de moi. Et, tout à l'heure, j'ai brossé Mignonne qui offrait sa bedaine à cajoler. Qu'est-ce qu'ils disent toujours les techniciens du bureau d'aide? Ah! oui, ça me revient : Fermez votre ordi et rebootez-le. J'suis pas mal certaine que ça marche aussi avec le cerveau. À demain!

lundi 22 mars 2010

Retour... sur le voile

Ce fameux bout de tissu continue de faire parler de lui. Il a même déclenché toutes sortes d'attaques entre le Québec et le ROC. Il suscite des débats, et ce, même au bureau. Aujourd'hui, j'essayais d'expliquer à une collègue, comme je l'avais déjà fait dans ce blog, que je ne comprenais pas pourquoi les femmes seules étaient objets de tentation. Pourquoi est-ce que les hommes ne devraient-ils pas eux aussi se soustraire à notre regard? "Qu'est-ce que tu dis là? C'est sûr que les femmes sont toujours là pour tenter les hommes. Et les hommes regardent toutes les femmes, tout le temps, avec un seul objectif en tête : avoir des relations sexuelle avec elles", m'a-t-elle répondu outrée de mes propos.

Alors, voilà messieurs, que cela vous plaise ou non, il semble que votre cause soit entendue, du moins pour certaines. Je n'ai évidemment pas pu m'empêcher d'en rajouter en lui répliquant : "Voyons donc, tu ne me feras pas croire que tu ne regardes jamais les hommes". Apparemment non. Et comme elle semblait surprise que moi je le fasse, j'ai surenchéri : "Ce n'est pas parce que je regarde que je veux leur sauter dessus. Mais je suis certainement capable d'apprécier un beau mâle quand j'en vois un".

Après, je ne sais pas pourquoi la conversation a dévié sur le fait qu'elle ne croit pas qu'il soit possible pour un gars et une fille d'être seulement des amis. Je pense que c'était pour prouver qu'un gars ne peut faire preuve d'amitié pure étant donné qu'il est constamment en train de poursuivre sa proie. Comme l'heure de mon cours de yoga arrivait, j'ai dû interrompre cette palpitante conversation.

Quand je suis revenue, ma collègue était dans son bureau, concentrée devant son ordi. Encore une fois, parce que j'aime bien la brasser un peu, je me suis plantée devant elle en lui disant : "C'était super mon cours de yoga. Je me sens tellement plus relax. Le seul problème, c'est que j'ai eu un peu de difficulté à rester dans ma bulle parce que je n'arrêtais pas de voir des gars défiler dans ma tête". Elle m'a regardée, interloquée, et m'a répondu : "Tu devrais te poser des questions si tu as ce genre de pensées".

Bon, d'accord. La première qui me vient à l'esprit c'est celle-ci : Pourquoi vouloir à tout prix voiler ses désirs? Moi j'aime bien les regarder en face!

dimanche 21 mars 2010

"Death to All but Metal"

Expérience fascinante en fin de semaine. J'ai assisté à la soirée Metal Meltdown organisée par le cabaret/bar?! Flixx à Aylmer. Si vous n'avez pas encore deviné ce que je suis allée faire là, c'est que vous n'êtes pas un habitué du blog. Pour les autres qui savent toujours tout, eh! oui, je m'y suis rendue pour entendre Mortör, le groupe du Pusher.

L'Homme a bravement décidé de m'accompagner. Pour lui, c'était une première expérience. Alors vous imaginez sa surprise quand nous sommes arrivés à l'entrée pour nous mettre en file derrière les gens qui attendaient. "Ouais, nous venons de faire dramatiquement monter la moyenne d'âge", me dit-il en se rendant bien compte qu'il n'y avait que des jeunes à la porte. De mon côté, je m'étais déjà préparée mentalement au rôle de badernes du metal que nous serions inévitablement appelés à jouer étant donné mon expérience antérieure avec l'Ami dans un autre spectacle de Mortör. Pour éviter que l'Homme ne recule, je me suis rapidement engouffrée dans l'antre en lui répondant : "Demande-moi ce que ça me fait. Je m'en fous". Et nous voilà devant deux très jeunes guichetiers qui nous souhaitent "Bon spectacle!" en nous tendant nos billets. Je ne peux pas dire que j'ai vu de sourire en coin. Ils pensaient sans doute que nous étions les parents d'un des membres des groupes qui allaient jouer.

Nous entrons dans la salle en adoptant l'air détaché de ceux qui connaissent "la game". Je ne sais pas si nous aurions pu continuer longtemps mais, heureusement, la super blonde du Pusher nous a sauvés en venant tout de suite à notre rencontre pour nous inviter à la table des fans de Mortör. Wow! Je trouve qu'on faisait un peu plus cool mais ça n'enlevait pas le fait que nous pouvions toujours être les parents d'un des musiciens. M'enfin, c'est pas grave parce que le Pusher s'est assis avec nous et nous a donné rapidement ses impressions sur les groupes qui jouaient ce soir-là. Nous avons ainsi appris que Mortör se présenterait en troisième et qu'il ne fallait absolument pas manquer le groupe qui le suivait. Bon, nous étions déjà plus branchés. Pour nous donner une contenance, nous sommes allés au bar. Une bière, c'est une bière, peu importe où tu la bois!

Nous sommes retournés nous asseoir et le premier groupe a fait son entrée. Pour ses membres, c'était aussi une première. Je dois dire qu'ils ont quand même bien tiré leur épingle du jeu. Le chanteur avait une bonne voix et, selon le Pusher, le guitariste était vraiment bien. Ils avaient aussi beaucoup de fans, très jeunes, qui étaient venus les voir. Je trouvais que ça fessait pas mal et, comme ce n'était que le premier groupe, je me suis mise à regretter amèrement de ne pas avoir apporté mes bouchons. Mes regrets sont devenus encore plus vifs quand j'ai constaté qu'il y avait plein de monde cool autour de nous qui en portait. Je les voyais les enlever quand quelqu'un leur parlait. Le Pusher vient alors me demander ce que j'ai pensé du premier groupe. J'en profite pour lui faire part de mes inquiétudes par rapport à mon avenir auditif. "Tu n'as qu'à te mettre du papier de toilette dans les oreilles. Ça va faire comme des bouchons", m'informe-t-il le plus sérieusement du monde. "Voyons donc, de quoi vais-je avoir l'air?" que je lui rétorque. "Regarde bien, il y a plein de gens qui le font." Et il repart. Je me penche vers l'Homme pour lui transmettre mon nouveau savoir. Il semble prêt à me suivre dans ma quête pour la préservation de notre ouïe. Comme je n'arrive pas à me décider à aller chercher du papier de toilette, j'ai la bonne idée de sortir mon paquet de kleenex. J'en déchire des morceaux et je les tends à l'Homme. "Nous sommes prêts pour la suite", que je lui crie parce qu'il n'entend plus rien.

Je passe sous silence le deuxième groupe. Il était franchement mauvais. Et il a réussi à vider la place.

Enfin, c'est le tour de Mortör. Je dis à l'Homme que je veux être debout plus près de la scène pour mieux voir. Je m'approche en prenant soin de me tenir quand même à distance sûre du mosh pit, cet endroit où les gens se bousculent, se poussent et laissent aller leur trop-plein d'énergie. Encore une fois, la super blonde du Pusher m'aide à trouver ma place en me proposant de me tenir près des amis du groupe. Je vous le dis, elle est vraiment extra cool. Je n'avais pas revu Mortör depuis l'année dernière. Le groupe a un nouveau batteur et il se prépare à sortir son premier CD. J'ai trouvé que les deux chanteurs étaient en superbe forme. Ils ont principalement interprété leurs nouvelles chansons qu'ils ont rendu avec énormément d'intensité. Le Pusher s'est même suspendu au plafond à un moment donné et il n'a pas hésité, lui, à se précipiter dans le mosh pit. Les spectateurs ont embarqué à plein. Je trouve qu'ils n'ont pas leur pareil pour réchauffer une salle. J'ai adoré, évidemment, quand ils ont lancé les premières notes de Roots Bloody Roots de Sepultura. Ils l'ont interprétée avec brio et je vous assure que je suis objective! Ils ont quitté sous les applaudissements nourris de leurs fans.

Pause. Ajustements de son. Tests de voix. Les membres de Dark Century se préparent. Comme il n'y a plus beaucoup de monde, je me risque à m'approcher davantage de la scène. Et là, ça part. Je suis é-b-l-o-u-i-e. J'ai toujours aimé la batterie et leur batteur est absolument extraordinaire. J'oublie cette fois définitivement que je ne fitte peut-être pas dans le décor, je me prends un banc au bar et je m'installe pour observer le batteur. Le chanteur a aussi une voix magnifique. Je dois avouer cependant que je n'ai saisi aucun mot tout au long de sa performance (désolée cher Pusher, mais j'ai encore besoin de pratique à ce niveau-là) mais je m'en foutais éperdument. De toute façon, la voix est un instrument de musique elle aussi et elle fait corps avec tout le reste. Là j'ai compris ce que le Pusher voulait dire quand il affirme qu'il n'y a pas d'expérience plus prenante que d'assister "live" à un spectacle de metal. À un moment donné, j'étais tellement prise par le rythme et l'énergie qui se dégageaient du groupe que les larmes me sont montées aux yeux. La musique me rentrait dedans les tripes. Je ne pensais plus à rien sauf au plaisir infini de me laisser imprégner toute entière de ces notes, de ces cris, de ces rythmes, de cette incroyable musique qu'est le metal.

J'ai passé la journée d'aujourd'hui sur un "high". J'ai marché deux heures hier, j'ai donc écouté du metal pendant tout ce temps. Je suis allée ensuite au spectacle en soirée et j'ai baigné dans le metal. Et cet après-midi, j'avais encore le goût de marcher et d'écouter du metal. J'ai terminé mon parcours sur la chanson Last Drop of Innocence de Hevein. La musique faisait corps avec la nature. Et moi je volais. Pas mal comme drogue, non?

vendredi 19 mars 2010

Le monde au bureau

Bon, ce soir, j'avais au moins deux sujets en tête. C'est mieux que rien (référence subtile à un blog du début de la semaine). J'ai choisi de parler de ce qui m'avait vraiment fait du bien pendant la journée. En fait, je devrais dire de qui m'avait fait du bien.

Tout a commencé tôt ce matin. Mon collègue ex-voisin-d'en-face, que je vois un peu moins souvent depuis que nous avons déménagé, a l'habitude d'aller chercher du café pour qui le veut bien à un Tim situé pas loin du bureau. Cela doit représenter une marche d'environ vingt minutes aller-retour. En tout cas, comme je ne suis plus assise près de son cubicule, je ne fais pas partie de sa tournée habituelle. Alors vous imaginez sans peine mon ravissement quand j'ai vu poindre le bout de sa tête pendant que j'enlevais mon manteau (je parle de sa tête parce qu'il est tellement grand qu'il peut voir par-dessus les cloisons en marchant dans les allées). Que voulait-il le fournisseur de café? Tout simplement s'enquérir de mon désir d'avoir un Tim (ça fait déjà deux fois que je mentionne ce nom... vais-je avoir droit à des redevances?). Après avoir énuméré les différents choix à ma disposition, il part remplir sa mission. C'est quand même un spectacle toujours incroyable de le voir revenir tenant le petit cabaret en carton dans lequel s'entassent six ou sept cafés. En plus, il vient livrer directement à notre bureau. Je ne sais pas si c'est ma dépendance à la caféine qui m'a fait apprécier son geste encore plus mais, grâce à lui, ma journée a pris une toute autre couleur. Je te salue donc bien bas E.

Un peu plus tard, c'est ma collègue scribe anglophone qui se pointe le nez (elle, elle est petite). Elle entre dans mon bureau, me regarde droit dans les yeux, et me dit : "Viens ici". Et elle ouvre grand ses bras pour me faire une magnifique et chaleureuse et adorable accolade. J'en étais toute secouée. Je la regarde et lui demande ce qui me vaut un geste spontané aussi bienfaisant. Elle me reparle alors de notre conversation d'hier où je m'étais laissée aller à exposer ma morosité des dernières semaines. De toute évidence, mes paroles n'étaient pas tombées dans un terreau infertile. Elle y avait repensé et décidé que j'avais besoin d'être réconfortée. Je n'en reviens pas encore. Sa sincérité, son encouragement, sa compréhension me sont allés droit au coeur. Là, ma journée devenait arc-en-ciel. Je t'embrasse à mon tour chère C.

Après, ce fut l'exception qui confirme la règle des derniers mois, soit l'arrivée d'une urgence soi-disant nationale qui m'a occupée pour le reste de l'avant-midi. Comme ma collègue réviseure anglophone avec qui je m'étais activée à sauver le pays se demandait si elle aurait finalement le temps d'aller acheter son lunch de l'autre côté de la rivière, curieuse, je lui ai demandé où exactement elle comptait se procurer de quoi se sustenter. Et là, elle a mentionné un petit déli allemand où j'avais mes habitudes quand je travaillais dans le ROC. Elle m'a proposé de me rapporter le sandwich jambon-fromage sur pain kaiser que je prenais tout le temps. Ça n'a pas de sens. Je venais de manger une salade mais je salivais en pensant à mon petit sandwich. Elle m'avait quand même avertie qu'il était possible qu'il n'en reste plus étant donné l'heure tardive à laquelle nous avions réussi à nous libérer. Angoisse. Finalement, la voilà qui revient avec le sandwich tant désiré. Elle n'a même pas voulu que je lui donne les sous que je lui devais. Je sais que vous n'allez pas me croire mais le sandwich avait exactement le même goût dont je me rappelais. Je suis retournée vingt-cinq ans en arrière. C'est fou mais j'avais presque oublié les merveilleux moments vécus dans mon premier emploi. Je crois que j'ai cassé la tête de ma collègue une partie de l'après-midi en ne cessant de la remercier et de lui dire à quel point ce sandwich avait nourri mon âme. Thanks a million dear V.

Quand je vais partir, et ça va venir plus vite que je ne peux l'imaginer, ce n'est pas du bureau dont je vais m'ennuyer mais du monde au bureau. C'est grâce à mes collègues que tout prend un sens.
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Notes pédestres : Que dire? Oui, que dire du plaisir de marcher quand il fait beau, quand le soleil rayonne, quand les trottoirs accueillent mes pas sans sourciller, quand l'air sent tellement bon que je n'en finis plus de le humer, quand la musique m'enveloppe au point où j'arrive à rester dans ma bulle? Simplement merci.