dimanche 26 décembre 2010

Entre-deux

C'est drôle. J'ai réalisé aujourd'hui que nous étions dans un entre-deux. Entre la fin d'une année et le début d'une autre. Entre le réveillon du 24 veille de Noël et le réveillon du 31 veille du Jour de l'An. Entre deux partys. Pour certains, entre deux brosses. Pour d'autres, entre deux magasins. Entre un écoeurement de trop plein de bouffe et une anticipation des festins encore à venir.

Je n'aime pas particulièrement le fait d'être assise entre deux chaises. De ne plus savoir sur quel pied danser ou à quel saint me vouer. De même ignorer quelle journée on est. Ça me fait un effet bizarre en dedans. Je ne sais plus si je suis fatiguée ou si j'ai pris du temps pour me reposer. Je ne sais plus si je dois rire ou si je dois encore des larmes verser. Faut que je vous dise pour expliquer ce dernier entre deux émotions que j'ai eu des nouvelles de la Fille hier. Elle était toujours à Madrid. Me semble. En tout cas, ce qui m'a surtout dérangée c'est qu'elle ne se sentait pas bien. Elle avait sa voix de petite fille malade. Elle faisait de la fièvre. Bref, elle filait un mauvais coton. Et moi qui suis à des kilomètres et des kilomètres et qui ne peux rien faire pour prendre soin d'elle. Je suis maternellement préoccupée. L'Homme dit qu'il est indifférent (ce qui n'est absolument pas vrai!). Alors j'oscille entre l'inquiétude lancinante et l'espérance folle. Je voudrais qu'elle revienne tout de suite et je souhaite qu'elle puisse terminer son aventure comme elle a décidé de la vivre. C'est vraiment épuisant ce jeu de yoyo intérieur.

Tant qu'à être dans le mode confidence, j'ai le goût de vous dire que j'ai vécu la plus belle Messe de Minuit depuis longtemps. Dans ce domaine-là aussi, c'est le règne de l'entre-deux. Est-ce qu'on continue à croire dans l'Église ou est-ce qu'on privilégie le Message? Est-ce qu'on a envie de préserver des valeurs spirituelles dans notre vie ou est-ce qu'on jette tout par-dessus bord? En tout cas, dans la cathédrale où je suis allée, des gens semblaient avoir pris position. Plein, plein de gens. Je n'avais pas vu une telle affluence dans une église depuis belle lurette, toutes messes de Noël confondues. Des familles, des enfants, des ados, des jeunes, des vieux. Ils étaient partout. Dans les jubés, derrière l'autel, dans le choeur et, bien évidemment, dans la partie centrale. Il faut dire que le célébrant est un prêtre extraordinaire que nous avons connu quand le Fils et la Fille étaient au primaire. Nous allions alors dans sa paroisse uniquement pour garder notre progéniture intéressée par la chose religieuse.

Je vous disais donc que la messe a été dite par un homme de passion. Un homme vrai. Un homme franc. Un homme qui proclame le Message de façon magistrale. Un homme qui vit intensément et ça se sent. Un homme qui a déjà averti ses ouailles qu'il ne fallait pas venir à la messe pour lui mais plutôt pour Lui. Ce qui est bien différent, c'est vrai. Mais, en même temps, lui est tellement Lui qu'on a juste envie de le suivre, de les suivre en fait. Il a encore une fois réussi à me brasser l'entre-deux religieux. Il m'a donné le goût de me rapprocher de Lui pour partager davantage, pour être assoiffée de justice, pour devenir un artisan de paix, pour cultiver la bonté et l'amour. Il nous a laissé comme message principal : "Garder du sacré dans votre vie".

Ça fait deux jours. Et je suis encore remplie de la joie intense que j'ai ressentie à me retrouver en communauté, à écouter ce pasteur formidable, à chanter du gospel pour mieux prier. Dans mon âme, au moins, il n'y a plus d'entre-deux. J'ai choisi Lui et j'ai laissé au Diable les autres!
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Notes pédestres : J'ai quand même trouvé le temps avec la soeur Psy d'aller m'entraîner deux fois dans cet entre-deux. Les trottoirs sont absolument pas bien déblayés mais la température est absolument agréable pour marcher. Et, vraiment, entre deux abus, prendre l'air ne peut qu'être bénéfique.

mardi 21 décembre 2010

Réveillez-moi après minuit

Par où commencer? Où est le fil conducteur de cette satanée troisième journée avant le fameux réveillon du 24? Je ne sais trop. Je sais seulement que le mal de cou que je traîne depuis le départ de la Fille en septembre ne s'est pas amélioré aujourd'hui.

La Fille. Parlons-en justement. Elle a téléphoné ce matin à la maison. C'est le Fils qui a répondu. Elle lui a appris qu'elle avait été volée. Son passeport. Son portable. Sa carte de crédit. Elle va bien cependant. Elle était à l'ambassade du Canada à Madrid où elle tentait de récupérer son identité. Évidemment, je redeviens utile dans ce genre de situation. Qui c'est qui a fouillé pour retrouver les originaux des papiers dont elle a besoin pour régler les formalités administratives découlant de sa mésaventure? Oui, c'est bibi. Et qui c'est qui va faire la file demain au bureau des passeports pour présenter les papiers en question, fournir le numéro de télécopieur où envoyer les renseignements demandés et donner l'adresse de courriel de l'agente responsable du dossier de la Fille en Espagne? Oui, qui? Je vous le demande. C'est encore bibi. Pas grave. Je dois bien ça à la partie de ma progéniture qui choisit de fêter Noël loin de la famille. Sentez-vous mon désarroi? Ma peine. Ma légère irritation. En tout cas, mon cou les sent ces émotions et ça fait vraiment mal.

Je n'ai pas hésité, malheureusement pour eux, à partager ma frustration maternelle avec l'Homme et le Fils qui tentaient vainement tous deux de me faire voir le bon côté des choses. Après avoir rempli un seau de larmes, j'ai repris courage et je suis retournée popoter avec le Fils qui avait commencé la confection des raviolis chinois. C'est Noël après tout! Et l'Homme, pour me faire plaisir, décide d'aller dehors pour déplacer légèrement vers la droite le projecteur qui éclaire le Petit renne au nez rouge installé près de l'étang et un pot de plantes avec des poinsettias en plastique. Eh! oui, je ne suis pas contente de l'installation depuis ses débuts. Je veux à la fois voir le cervidé et l'étang. L'Homme s'empare d'une espèce de pieu en métal qu'il compte enfoncer dans le sol pour pouvoir ensuite y planter le fameux projecteur. En même temps, il prend une de mes casseroles qu'il remplit d'eau chaude pour faire fondre la glace qui se forme constamment autour du fameux bulleur destiné à oxygéner les participants d'Occupoisson Double, version hivernale sous-marine.

Le bulleur. Parlons-en justement. Vendredi dernier, il a complètement cessé de fonctionner. Panique dans la demeure. J'étais seule à la maison. Désespérée, j'ai installé deux casseroles pour m'assurer que les barracudas auraient un trou assez grand pour respirer pendant que je m'activais sur la Toile pour tenter de savoir quoi faire avec un bulleur récalcitrant. Devinez quoi? J'apprends que le tube de plastique qui constitue l'arrivée d'air peut être victime de condensation. Vraiment? Ce minuscule tube qui court sous la neige peut étouffer sous les gouttelettes? Vous m'en direz tant. J'ai donc tout défait et rentré le vilain appareil au chaud. Le soir, quand l'Homme a tout remis en place, les bulles ont repris de plus belle et les barracudas ont organisé un party d'avant Noël.

Alors, l'Homme et sa casserole. L'Homme et son pieu. Ils sont dehors pendant que le Fils et moi replions notre soixante-quatrième ravioli et que les carrés aux dattes ayant fait l'objet d'une demande spéciale de la soeur Psy sont au four. Nous trouvons que l'absence de l'Homme se prolonge un peu mais voit-on vraiment le temps passer quand on remplit des ronds de pâte? Finalement, l'Homme rentre, l'air piteux. Il nous regarde et brandit un pieu de métal maintenant sectionné en deux parties. "Le sol était gelé en profondeur. Je pensais que le pieu serait plus solide. Je n'ai même pas réussi à bouger le projecteur", qu'il nous dit. "Voyons, c'est pas grave", que je lui réponds, magnanime. "Tu regarderas ça demain, à la clarté du jour." Je vois bien que ma compréhension de la situation ne semble pas lui apporter de soulagement. "C'est que j'ai eu un autre problème", qu'il nous dit. "J'avais laissé la casserole sur la glace pendant que je tentais de déplacer le projecteur et quand je me suis retourné pour voir si la glace avait fondu, j'ai vu que la casserole était en train de couler à pic dans le bassin. J'ai juste eu le temps de la récupérer mais j'ai perdu le couvercle dans le fond de l'eau. J'ai essayé de le rattraper mais j'ai seulement réussi à mouiller complètement mes gants et à me geler les mains." Effectivement, ses mains étaient rougies par le froid et elles tenaient une casserole dorénavant privée de son chapeau.

Les barracudas vont être contents. Depuis le temps qu'ils rêvaient d'une batterie Lagostina. Ils ont maintenant le premier morceau!

dimanche 19 décembre 2010

Le Noël des femmes

Vous connaissez Denise Bombardier? Journaliste, écrivaine et grande admiratrice de notre Celine "pas d'accent aigu" nationale. Elle tient chronique dans le journal La Presse la fin de semaine. Je la trouve pédante, hautaine, prétentieuse. Elle semble toujours vouloir abreuver de ses connaissances et de son savoir infini le pauvre peuple, c'est-à-dire nous, ignorants lecteurs. Je n'aime pas particulièrement son attitude d'intellectuelle "après moi le déluge". Voilà pourquoi je ne la lis pas régulièrement.

Hier, toutefois, je suis pour une fois tombée d'accord avec une partie de sa réflexion sur la fête de Noël. Denise prétendait donc que la naissance de l'Enfant et, surtout, toutes les célébrations et les ripailles qui l'entourent, tombent inévitablement sous la responsabilité des femmes. Ce sont elles qui prennent charge des rencontres de familles, de celles qui réussissent comme de celles qui échouent lamentablement. Ce sont elles encore qui se passent le flambeau de grands-mères à mères, de mères à filles, avec les recettes qui viennent avec l'art de recevoir.

Quand j'ai lu ça, il y a eu comme un déclic dans ma tête. Je me suis dit : "C'est drôlement vrai que c'est à nous, les femmes, qu'incombe de rendre ce temps de l'année féérique et magique." Toute une responsabilité. Et nous la prenons sur nos épaules sans trop nous en apercevoir. Au début, on aide simplement notre mère. On participe à la confection des recettes, au service à la table, à la décoration de la maison, à l'envoi des cartes de Noêl, à l'emballage des cadeaux. Puis, un jour, on fait tout ça et on s'occupe en plus de choisir les recettes, d'acheter les ingrédients, de cuisiner les plats, de décider du contenu et du nombre de cadeaux à acheter, de renouveler l'art d'envelopper les présents et de jouer à Houdini pour les cacher des enfants jusqu'à la Grande Nuit, d'organiser le réveillon, de lancer les invitations, de planifier la disposition des places autour de la table jamais assez grande, de penser à offrir un petit quelque chose à tous ceux pour qui on devrait le faire en vertu de conventions qu'on ne connaît pas mais qu'on apprend à maîtriser sur le tas, de choisir les vêtements que toute la famille va porter pendant les festivités et de magasiner au besoin pour remplacer le pantalon propre devenu trop petit ou la paire de souliers trop usés, d'assister aux spectacles des enfants à la garderie et à l'école, aux récitals de piano ou de danse, de préparer la maison pour recevoir les invités, et de faire bien plus encore sans jamais avoir trop le droit de se plaindre et d'être fatiguée.

"Un instant!", s'est insurgé l'Homme quand j'ai commencé ma litanie, "ce n'est pas vrai que tu fais ça toute seule. Je t'aide continuellement." C'est vrai, je le reconnais. Et c'est justement de ça dont je m'ennuie parfois. Simplement aider. Comme je le faisais avec ma mère quand c'est elle qui voyait à tout. Mais comme je ne me rendais pas compte à ce moment-là des innombrables détails entourant la logistique de cette grande fête! Cela semblait si facile. Un coup de baguette magique de la fée de la maison et ça y était : le sapin brillait et trônait tel un pacha au-dessus d'une montagne de cadeaux enrubannés, et tout le monde s'amusait en se bourrant la face dans la bonne bouffe de saison.

Je ne peux tout de même pas briser la tradition. Aujourd'hui, j'ai ajouté une douzaine de muffins aux bleuets avec garniture streusel aux amandes, cinquante biscuits aux deux chocolats et une quarantaine de bouchées au fromage au boeuf bourguignon, aux carrés au citron et aux fèves au lard déjà dans le congélo. J'ai eu l'aide de l'Homme pour la vaisselle... et pour la dégustation des desserts. Après tout, il ne faudrait pas empoisonner un invité. Et, à partir de demain, je m'adjoins l'aide du Fils qui va confectionner avec moi les raviolis chinois. Je demeure en charge des manoeuvres mais, au moins, j'ai du renfort!
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Notes pédestres : Il faisait ce temps d'hiver où on pourrait rester dehors indéfiniment. Tout naturellement, les gens s'attardaient d'ailleurs à échanger plus longuement que le simple bonjour rapide des périodes froides de la saison. Les trottoirs n'étaient cependant pas dégagés et la sloche rendait les pas plus ardus. D'un autre côté, l'entraînement n'était que plus méritoire.

samedi 18 décembre 2010

Une production signée Corée-Chine-Québec

En plus de me plonger dans le temps des fêtes, le mois de décembre me fait couler dans mes souvenirs. 1987. 1990. Deux années qui ne vous disent peut-être rien. Pour moi, elles ont marqué mon coeur car elles m'ont permis de devenir une maman.

Le 12 décembre 1987. Lieu : l'aéroport de Dorval. Présents : papa nerveux, maman qui ne se peut plus, grands-parents paternels en émoi, couple d'amis sur le bord des larmes. Finalement le voici, le Fils tant attendu. Il dort dans son petit pyjama à rayures blanches et bleues. Il est tout ce que nous voulions, tout ce que nous espérions. Nous le prenons dans nos bras comme un trésor précieux, nous l'embrassons en essayant de ne pas l'effaroucher. Mais rien n'ébranle le calme de notre angelot. Nous ne savions pas encore que nous venions d'hériter de l'incarnation du calme Bouddha.

En arrivant dans notre maison, l'Homme a d'abord pris le Fils pour lui faire visiter les lieux. Il lui nommait chacune des pièces, lui expliquait à quoi elles servaient et ce qu'on y trouvait. Les yeux grand ouvert, aussi grand que ses petits yeux bridés le lui permettaient, le Fils regardait partout sans dire un mot. Il observait. Il n'a pas changé. Il a gardé la curiosité de savoir comment tout fonctionne. Dans quelques mois, il sera ingénieur. Mais, mieux encore, il est surtout un homme accompli, un frère protecteur et présent, un fils aimant et respectueux. Merci la Corée!

Le 18 décembre 1990. Lieu : l'aéroport de Dorval. Présents : Fils énervé de voir le bébé-soeur promis, grands-parents paternels en émoi, amis sur le bord des larmes, soeur Psy qui a bravé la tempête de neige. Finalement nous voici, avec la Fille tant attendue. Elle est bien réveillée. Elle regarde tout le monde. Elle tend ses petites mains vers le Fils qui lui touche doucement le visage. Je pleure. Je suis fatiguée de ce long voyage mais si heureuse d'avoir ma famille autour de moi.

Deux jours après son arrivée, la Fille, cette battante, livre un autre combat. Elle entre à l'hôpital où elle sera éventuellement opérée. Heureusement, c'est une histoire qui finit bien. Elle sort le jour de Noël. Il y a quelques flocons qui tombent. Je respire car je la sais maintenant hors de danger et prête à commencer, cette fois pour de bon, sa nouvelle vie.

La Fille aussi n'a guère changé. Elle est encore déterminée et décidée. Dans son cas, c'est de la fougue du Dragon dont nous avons hérité. De sa combativité aussi puisque la Fille n'a de cesse de vouloir réaliser ses projets envers et contre tout et tous. C'est un pigeon voyageur qui, pour l'instant, ne se pose jamais longtemps. Mais, mieux encore, c'est une femme brillante et créatrice, une soeur admirative et complice, une fille enjôleuse et pleine de surprises. Merci la Chine!

mercredi 15 décembre 2010

Fascination pédestre

J'aime tellement mes pieds. Ils m'amènent partout. Ils me permettent de ne dépendre d'aucun véhicule à moteur quand je dois me déplacer dans un rayon raisonnable. Et puisque je suis de plus en plus en forme, ce rayon s'étend constamment.

Aujourd'hui, comme je m'en étais fais la promesse hier soir, je me suis ainsi rendue partout grâce à mes extraordinaires pieds! J'ai marché environ une heure et demie pour me présenter à l'hôpital pour l'écrasement annuel de mes excroissances mammaires. Au moins, j'avais eu le temps d'emmagasiner suffisamment d'oxygène pour être en mesure de retenir mon souffle six fois pendant que le plateau transformait mes bonnets D en minuscules A moins. Ouf!

J'ai tout détesté de mon bref séjour à l'hôpital. De la construction qui fait en sorte que l'on doit passer par les urgences pour se rendre à la radiologie, à la jaquette bleue pâle avec des motifs que j'ai décidé d'associer à des étoiles pour m'encourager et faire plus de saison, jusqu'à la présence honnie du quotidien de PKP dont j'ai détourné mon regard même lorsque j'ai constaté que ce vil représentant d'une victoire patronale abjecte représentait la seule lecture disponible. En tout cas, je suis bonne pour une autre année. Je me croise juste les doigts dans l'attente des résultats qui, je l'espère, auront été établis par un radiologiste fiable. Je vous dis que la vie d'une hypocondriaque n'est pas facile par les temps qui courent. Quand je pense que je ne peux même plus être rassurée par un diagnostic favorable. Et s'il s'agissait d'une erreur d'interprétation? Des heures d'angoisse en perspective...

Bon, j'ai quand même réussi à retrouver la sortie, le soleil, l'air frais de cette magnifique journée d'hiver. Un autre vingt minutes de marche pour aller rencontrer l'Homme pour le lunch. Ce dernier ne pouvait évidemment s'éterniser à notre petit resto préféré, mais moi oui. J'ai donc pris un deuxième café et j'ai lu pendant presque une heure. C'était tellement relaxant d'avoir le temps. Ça m'a fait rêver à la retraite. Je suis certaine que je pourrais facilement adopter ce rythme. Plus lent.

Je n'y suis toutefois pas encore. J'avais prévu faire aussi des courses au centre commercial. Une autre demi-heure de marche (merci mes pieds mignons!) et j'y étais. Je ne sais pas si je dois attribuer ma déconcertante facilité à trouver ce dont j'avais besoin au bien-être ressenti par mon corps revigoré par le plein air, mais j'aime à le croire. En une heure et demie à peine, j'avais complété mes achats. J'ai même eu le temps de me trouver des pantalons et de les faire ajuster. Pas mal bien, non?

À 16 h 30, je quittais les lieux pour me diriger vers le magasin où l'Homme travaille. Une autre demi-heure de jouissance à regarder mes adorables pieds, littéralement infatigables, me transporter jusqu'à mon point d'arrivée. J'avais quitté la maison ce matin sous un soleil resplendissant. Il faisait maintenant noir. Tu parles d'une sacrée belle journée!

mardi 14 décembre 2010

Moyen transport!

Que du quotidien et rien d'autre. Aujourd'hui, le voyage de retour dans le wagon à bestiaux tenait du pur exploit. Vingt minutes de retard dès le point de départ. Avouez que ça commençait mal. Et un trafic à vous donner envie de marcher jusqu'à la maison, même si mort s'ensuit. Car tout était bloqué. Partout.

Seul bonheur dans mon sombre horizon : j'étais assise. Ce coin de ciel bleu fut cependant de courte durée. En effet, le chauffeur, prévoyant sans doute la randonnée qui s'éternise, avait décidé de garder ses bestiaux au frais. J'avais les pieds gelés. À l'imprudence (ou devrais-je plutôt dire ici l'impudence) que j'avais eue d'enlever mon chapeau, j'ai dû bien vite remédier avant que mon cerveau ne prenne en glace.

Comble de malheur, je suis tombée de façon évidemment involontaire sur un autobus rempli de bibliothécaires! Un silence de mort régnait. Pour une fois que j'avais envie d'entendre les potins insignifiants, mais parfois juteux, du wagon, personne ne soufflait mot. À côté de moi, une étudiante ou une fonctionnaire zélée noircissait une tablette lignée. Elle était jeune. Ça faisait drôlement longtemps que je n'avais pas vu un spécimen de cette génération avec un crayon à la main. D'habitude, ce sont plutôt tous les bidules électroniques que ces moins de trente ans manipulent allégrement.

Alors, rien d'intéressant à babord. Voyons ce qui se passe à tribord. Zut! Un gros endormi. Ce n'est pas ce soir que je vais agrandir le cercle de mes amis. Que faire? Que faire! Je ne voulais pas me brancher moi-même étant donné que je prévoyais aller marcher en arrivant à la maison et que je ne voulais pas souffrir d'une surdose de métal. En plus, ma batterie était pratiquement à plat. J'ai tout de même tenté d'écouter la radio. Oui, j'ai découvert il y a quelques jours, et cela par totale inadvertance, que mon lecteur mp3 était muni de la radio. Du moins, c'est ce que je crois mais je n'ai aucune preuve à l'appui puisque je n'ai pas réussi à écouter quoi que ce soit. Je pense avoir réussi à programmer un poste, sans plus. Tout ce que j'entendais, c'était des grichements. J'avais espéré au moins apprendre la raison pour laquelle nous nous retrouvions ainsi enlisés en plein coeur de la ville.

J'ai dû prendre mon mal en patience. Comme tout semblait vouloir se liguer contre moi, je n'éprouvais pour faire exprès aucune envie de tomber, même pour pas longtemps, dans les bras de Morphée. Faut dire que la pauvre avait déjà un lourd fardeau. Ça parle peut-être pas des bibliothécaires, mais ça somnole en masse et en groupe.

Plus d'une demi-heure après mon entrée dans le tombeau roulant, je constate que nous avançons un peu plus normalement. On dirait que le trafic se dégage sur l'autoroute. C'est pas trop tôt. Je me préparais à réveiller tout le monde et à caller un set carré. Et swing la baquaise dans l'fond d'la boîte à bois! Je ne sais pas si j'aurais eu du succès mais j'aurais eu le mérite, au moins, de proposer une activité de saison.

Finalement, une heure et des poussières plus tard, je mets le pied sur le trottoir familier. Il fait noir. Il fait froid. Ce n'est à peu près pas déblayé. Je suis écoeurée. J'éprouve beaucoup de difficulté ces temps-ci à me motiver pour m'entraîner le soir justement à cause de ces voyages épuisants en transport commun. Depuis plusieurs semaines, à cause des zones sinistrées du boulevard, nous n'en finissons plus d'effectuer un retour bien mérité dans notre "maison sucrée maison" (une expression de l'Homme qui s'amuse à traduire les dictons de l'autre solitude - vous aurez reconnu ici "Home Sweet Home"). J'ai donc sauté dans mon pyjama plutôt que dans mes espadrilles. Heureusement qu'il y avait yoga ce midi. D'ailleurs, je suis certaine que vous aviez déjà noté la zénitude qui m'habitait tout au long de ce trajet vers l'abattoir.

Demain je suis en congé. Je fais tout à pied. Je ne veux même pas voir l'ombre de l'apparence d'un quelconque véhicule à moteur.

dimanche 12 décembre 2010

C'est Noël :) C'est Noël :(

J'hésite à vous entretenir de mes émois des derniers jours. C'est que j'ai vécu des moments en dents de scie, des moments plus ou moins intéressants et, pour qui suit le blog un peu régulièrement, des moments où j'ai de nouveau brassé de vieilles affaires.

Ces temps-ci, j'aime imputer mes états d'âme à mon identité de baderne. À mon âge avancé, les hormones ne jouent pas toujours aussi bien leur rôle. Parlez-en à l'Homme qui endure depuis deux jours des crises de larme, des démonstrations d'euphorie et des déclarations d'amour intempestives. Il ne sait plus à quel saint (remarquez bien ici, jeunes produits de la réforme, l'orthographe du mot précédent. Il a un homonyme. Ce n'est pas de celui-là dont je parle.) se vouer. S'il essaie de comprendre, je le rabroue. S'il ne parle pas, je pleure. S'il tente de me raisonner, je tente de l'assassiner. Bref, un véritable test pour le couple. Je vous annonce que nous avons survécu jusqu'à maintenant. L'Homme écoute un film de James Bond et... je blogue.

Pourquoi tant d'énervement de ma part? À cause de Noël, bien évidemment. Cette foutue période de l'année qui fait ressortir le meilleur et le pire de mon moi anxieux. Je suis constamment partagée entre la volonté de vivre de belles fêtes au présent et l'incapacité de faire fi des souvenirs. Je me hais quand je ne peux pas sortir une boule de la boîte des décorations de saison sans revoir le Fils et la Fille en train de nous aider à transformer la maison en royaume du kitsch de Noël. Pas grave. C'était beau parce que c'était fait en famille.

Tenez, cet après-midi, je cherchais si, par hasard, la gommette n'avait pas été malencontreusement placée dans le banc de piano quand je suis tombée sur un dessin que la Fille m'avait offert à un Noël ancien. On y voyait par une fenêtre le traîneau du père Noël, un enfant en train de patiner et, bien sûr, un chat se promenant sur un banc de neige. À l'endos, un poème intitulé Je t'aime. Sans doute que la Fille ne s'en souvient peut-être même plus mais, dans le temps, elle disait aimer cuisiner avec moi, voir des spectacles ensemble, jouer du piano en duo. J'ai oublié instantanément mes résolutions de mère cool qui est contente de voir son enfant s'épanouir à l'étranger et j'ai éclaté en sanglots. Les chattes m'ont regardée et Mignonne a fait "Rourou". J'ai pleuré plus fort.

C'est pas tout ça, j'ai une crèche et un village à installer. Je suis d'ailleurs heureuse de signaler que j'ai réussi cette année à ne pas égarer Saint-Joseph qui pourra occuper la place qui lui revient à côté de sa Vierge chérie. Pour ceux et celles intrigués par cette phrase, je vous encourage à lire le message du 18 décembre de l'année dernière, Ne crèche pas qui veut dans mon salon, afin de constater les dégâts parfois occasionnés par l'écoute du métal. Alors, alors. Je sors les petites maisons, les personnages, le papier imitation roches grises et les lumières. Je m'installe dans le fauteuil pour visser les ampoules de ce jeu de lumières qui ne sont pas de l'ère moderne et que je serai sans doute incapable de remplacer lorsqu'elles décideront de s'éteindre. L'Homme dort dans le divan d'à côté. Il est venu là pour me tenir compagnie m'a-t-il dit. C'est vrai. Il ne fait rien mais il est dans la même pièce que moi. Que disais-je? Ah! oui, les lumières. Un souvenir refait brusquement surface. Encore un. Je pense au Fils dont c'était toujours la tâche, quand on faisait l'arbre, de tester les fameuses ampoules. Il les vissait toutes, puis il les branchait sur la prise de la cuisinière (qui nous venait de mes parents et qui était munie d'une prise sur le devant en plein milieu des boutons servant à allumer les ronds placés judicieusement à hauteur de la taille... un véritable danger pour des enfants mais cela ne posait pas problème autrefois. C'était avant qu'on bouche les prises électriques avec des couvercles de plastique, qu'on installe des dispositifs pour empêcher l'ouverture des portes d'armoire et qu'on écoute avec un moniteur les signes vitaux de nos angelots.). Le Fils remplaçait donc les douilles qui étaient brûlées avant de donner les jeux à l'Homme qui avait, lui, la responsabilité de les mettre dans l'arbre. Les chutes du Niagara coulent à flots dans ma face. Je réveille l'Homme avec mes hoquets. Il ne comprend plus rien... encore une fois. Qui saurait l'en blâmer? Je ne me comprends plus moi-même!

En tout cas, nous avons réussi à terminer les décorations intérieures et extérieures. Il pleuvait à scieaux dehors mais l'Homme a vaincu les éléments en furie. Il pleuvait à scieaux dans mon coeur mais la crèche est belle entourée de son petit village illuminé. Et tous ces personnages qui lui font prendre vie. Tout à gauche, la maison rouge avec une mangeoire d'oiseaux en arrière, c'est la nôtre, celle qui représente notre famille. Sur un banc, l'Homme et moi prenons en café en regardant le Fils et la Fille qui s'amusent à faire un bonhomme de neige.

S'cusez-moi... j'dois aller me moucher.