jeudi 10 mars 2011

Accoucher d'une souris

Les raisons pour s'insurger contre ceux et celles qui nous gouvernent, disons pour les besoins de ce blog d'un océan à l'autre à l'autre, sont multiples et continuelles. C'est un fait qui ne se dément pas. Chaque jour, les élus actuellement au pouvoir nous donnent des occasions de remettre sérieusement en question la place qu'ils occupent. Je vous présente des exemples que j'ai recueillis ce matin seulement dans le journal Le Devoir.

Pour la troisième fois en un an, titre le quotidien, le gouvernement Harper est déclaré coupable d'avoir brimé les privilèges des parlementaires. Comment? D'abord il refuse de fournir les documents et les explications demandés au sujet du coût qu'entraîneraient pour les systèmes judiciaires et carcéral les multiples projets en matière de justice qu'il veut mettre de l'avant. Du même souffle, il ne veut pas non plus dévoiler le véritable coût des baisses d'impôt qu'il s'apprête vaillamment et joyeusement à accorder aux grosses entreprises. Le deuxième affront touche la saga qui a opposé la ministre de la Coopération internationale aux membres de l'opposition concernant son refus de financer l'organisme Kairos. Elle a carrément menti en Chambre en niant qu'elle était la responsable de l'ajout du mot "not" à la recommandation pourtant favorable de financement formulée par les représentants de son ministère. Évidemment, pour les conservateurs, il est nettement plus approprié de donner des sous aux groupes qui distribuent des bibles dans les pays en voie de développement plutôt qu'à ceux qui facilitent l'avortement, notamment dans des cas de viols, ou, ô horreur suprême, qui fournissent de l'information sur les méthodes de contraception. Pour les besoins de la cause, je vous rappelle que le premier blâme adressé au gouvernement touchait les documents sur les détenus faits prisonniers en Afghanistan. Au bout du compte, un comité composé des différents partis avait été mis sur pied pour étudier les montagnes de documents en question afin de s'assurer que ce qui serait éventuellement divulgué ne puisse pas mettre en péril la sécurité de notre pays ou des opérations des forces armées. Avez-vous entendu parler récemment des travaux de ce comité? Moi non plus.

En voulez-vous plus? Je sais que c'est difficile à croire mais le Parti conservateur n'a pas l'intention de rembourser au trésor fédéral le montant d'environ 200 000 $ qu'il a encaissé en dépenses électorales frauduleuses selon Élections Canada. Il attend à cet égard que la Cour Suprême se prononce. Parions que nous ne reverrons pas de sitôt la couleur des billets verts en question.

Vous croyez que cela serait suffisant pour nous mobiliser, pour fouetter notre sang de citoyens indignés et écoeurés d'être remplis comme les cruches que nous sommes trop souvent. Pas vraiment. Ce ne sont pas là des causes qui soulèvent notre ire, certainement pas l'ire québécoise en tout cas. Non. Pendant que nos concitoyens d'origine écossaise jubilent parce que le tartan dit "feuille d'érable" a été élevé hier au rang de symbole officiel du Canada (pourquoi pas la ceinture fléchée un coup parti!), nous, les Québécois, sommes entièrement monopolisés par des affaires plus pressantes. Des affaires sportives, donc éminemment importantes. Après notre marche dans les rues pour réclamer un amphithéâtre à Québec avec l'équipe nationale de hockey qui va avec, nous voilà outrés (avec raison quand même) de l'attaque vicieuse dont a été victime notre cher Pacioretty. Souffrant d'une commotion cérébrale et d'une fracture d'une vertèbre, il a été sorti sur une civière lors du match des Canadiens contre les Bruins il y a deux jours. Voilà enfin prétexte à révolte et à soulèvement populaire. Qu'est-ce que nous faisons pour faire entendre haut et fort nos voix unanimement en colère? Nous inondons d'appels le centre d'urgence 911 du Service de police de la Ville de Montréal pour déposer une plainte contre le joueur des Bruins. Ça, Mesdames et Messieurs, c'est ce qui s'appelle de l'engagement citoyen!

Et puisque nous sommes dans la petitesse d'esprit, permettez-moi de vous donner les plus récentes nouvelles de la gent trotte-menu qui partage notre habitat. Ce matin, en prenant le café au salon, j'ai noté que Mignonne avait un comportement inhabituel. Au lieu de se précipiter dans son bol de nourriture comme elle le fait quand elle entend le doux bruit des garnottes, elle se tenait obstinément derrière le système de son où elle ne cessait de jouer avec les nombreux fils électriques. Je mentionnai son manège à l'Homme en lui disant que je ne serais pas étonnée que Mimi la souris soit la cause de ce comportement étrange. "Cesse de me parler de cette foutue bestiole. Je suis sûr qu'il n'y a aucun petit animal à moustaches qui habite ici", me répond-il en reprenant sa lecture du cahier "Sports" de La Presse.

Je décide de laisser filer et continue de vaquer à mes occupations matinales. Tout d'un coup, de la cuisine, j'entends un léger "hihihi" ou quelque chose d'approchant. Je me précipite au salon juste à temps pour constater que Mignonne se trouve maintenant dans l'entrée. "As-tu entendu?", que je hurle à l'Homme. "Ça ressemblait au cri d'une souris." "Je n'ai rien entendu du tout. De toute façon, tu es constamment en train d'entendre des choses ou de sentir des odeurs que tu es la seule à percevoir", me lance-t-il impatiemment en calculant mentalement à voix haute l'écart de stature qui séparait Pacioretty et Chara. Dépitée mais convaincue que mon intuition de propriétaire de félins de trente ans ne pouvait pas me tromper, je jette un coup d'oeil en direction de Mignonne pour me rendre compte qu'il y a quelque chose qui dépasse de sa gueule. "C'est Mimi! C'est Mimi! Mignonne a attrapé Mimi. Je ne veux pas qu'elle la tue. C'est un combat inégal. Mignonne est un véritable monstre et Mimi est si minuscule. Fais quelque chose tout de suite", que j'ordonne en me tournant vers l'Homme.

Exaspéré parce que, malgré son sexe, pas du tout doté d'une nature chasseresse, l'Homme délaisse pour un instant la chose sportive et se dirige à contrecoeur vers les deux protagonistes. Au même instant, ne faisant ni une ni deux, Mignonne dépose Mimi dans la botte d'hiver de la Fille. Sans le savoir, elle venait par ce geste de perdre l'occasion d'améliorer son ordinaire. Après l'avoir rapidement éloignée, j'ouvre la porte donnant sur le balcon et enjoint à l'Homme de se saisir de la botte pour redonner à Mimi sa liberté. J'imagine que Mimi devait s'agripper de toute la force de ses petites griffes car l'Homme a dû secouer la botte contre le mur de la maison pour arriver à la faire sortir du piège félin. Dès qu'elle a atterri sur le balcon, Mimi a aussitôt pris la poudre d'escampette. Nous pouvions la voir, de la fenêtre du salon, courir à toute vitesse sur le banc de neige.

Je crois qu'elle cherchait un téléphone pour composer le 911.

1 commentaire:

  1. Chere marcheuse urbaine, je devais te contactez par ici car je n'ai plus mon ancien email et je n'ai plus mes contacts, donc je te donne mon nouveau email yolin.lafreniere@hotmail.com

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