mercredi 1 juin 2011

Des signes qui en disent long

Mesdames, si vous faites partie de celles sur le passage desquelles on se retourne, tant mieux pour vous. Ce n'est pas mon cas. L'Homme déteste quand je parle de ça prétextant que j'en fais une obsession. Je ne trouve pas. C'est juste que je note de façon tout à fait réaliste que je ne suis pas membre du cercle des femmes qui attirent l'attention. Pour ménager sans doute ma féminité blessée, l'Homme prétend que je suis regardée plus que je ne le pense. C'est juste que, selon lui, les représentants du sexe fort qui osent jeter un oeil sur moi sont très discrets. Ouais.

Pourquoi je vous parle de ça maintenant? C'est que ce soir, en me rendant prendre l'autobus, j'avais devant moi tout un pétard. Une jeune femme, très mince, vêtue d'une jupe assez courte laissant dépasser de belles et longues jambes juchées sur des talons vraiment hauts. Même si je trouvais qu'elle semblait avoir de la difficulté à marcher avec ce genre de chaussure, je dois avouer que cela lui donnait un balancement de hanches très sexy. Pendant que j'appréciais cette vision de la beauté féminine en tentant d'éviter toute comparaison avec ma propre silhouette, j'ai remarqué que la Femme fatale et moi allions bientôt devoir passer devant un homme assis sur un banc en train de fumer. Comme j'étais derrière, j'ai eu tout le temps de noter le regard soudain allumé du mâle en question. Il n'a pas trop zieuté quand elle arrivait près de lui, mais il s'est furieusement repris dès qu'elle l'a eu dépassé. Il s'étirait le cou pour mieux apprécier et a carrément tourné la tête pour la suivre des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'intérieur de l'immeuble. Évidemment, pendant qu'il perdait ainsi son temps de voyeur, il ne pouvait prêter attention à la jolie personne qui suivait la Femme fatale, c'est-à-dire Bibi portant chemisier sans intérêt parce que sans dévoilement de craque, pantalon capri non moulant et souliers plats conçus pour la marche et le confort. Je n'ai même pas eu un soupçon d'idée que je pouvais soutenir la compétition. J'ai décidé de mettre ça sur le compte de l'âge. Une nymphette ou une femme bientôt à la retraite? Le choix est facile. Je sais, je sais. C'est une piètre excuse, mais elle me permet de sauver la face.

Sur un tout autre registre, j'ai reçu hier un signe non équivoque sur le caractère opportun de mon départ imminent de la fonction publique. Si j'avais encore des doutes, là, c'est fini. Je vous raconte. Comme tous les matins depuis bientôt trente-quatre ans, je me dirige vers la cuisine pour préparer mon café. Lubrifiant par excellence du cerveau du fonctionnaire qu'on veut éveillé et réveillé, il m'accompagne chaque jour dans les premiers balbutiements de ma présence devant l'ordi. Je prépare donc l'élixir divin (parenthèse pour l'Amie yogini - je sais que je devrais réserver cette expression au thé que nous aimons tant toutes les deux, mais en l'utilisant ici je confesse mon faible pour le liquide brun à l'arôme irrésistible et surtout au goût fort éloigné du gazon fraîchement tondu - fin de la parenthèse) et je pèse sur le bouton de mise en marche de la cafetière. Je quitte la pièce quelques minutes pour aller porter mon sac de café à mon bureau et y prendre ma tasse. Mes habitudes sont tellement ancrées que je sais pratiquement à la goutte près le temps dont je dispose pour réaliser l'aller-retour entre mon bureau et la cuisine.

Je reviens donc sur les lieux dispensateurs de caféine et, machinalement, je saisis le récipient en verre censé contenir mon énergie vitale. Il est étrangement léger. Et pas chaud du tout. Voilà également que, dans un effort surhumain de prise de conscience avant prise de café, je me rends compte qu'il n'y a rien dans le récipient en question. Cela suffit pour me faire enfin réagir. Je m'exclame, dépitée, devant d'autres fonctionnaires essayant eux aussi de se mettre en train : "Qu'est-ce qui arrive? On dirait que ma cafetière a rendu l'âme. La plaque chauffante ne fonctionne pas. L'eau ne s'écoule pas du réservoir. Il y a bien le bouton rouge de mise en marche qui est allumé mais il ne se passe rien." Les observateurs témoins de ma déconvenue me suggèrent de brasser l'appareil déficient, de lui donner des coups quoi! Vous trouvez peut-être qu'il s'agit là de conseils peu intelligents. Je vous rappelle, au cas où vous n'auriez pas été attentifs à mes propos, que nous n'avions pas encore pris notre café!

Peu importe. Rien n'y fit. J'ai dû me rendre à l'évidence : ma cafetière avait décidé de prendre sa retraite avant moi. Si ça, ce n'est pas un signe, je me demande ce que ça vous prend.

1 commentaire:

  1. Ah! Quel bijou de texte, j'ai ri aux éclats! En plus, la présence d'une poulette amènera peut-être une deuxième vague de lecteurs curieux, qui sait?

    Je vous avoue que j'aime bien, moi aussi, un petit espresso bien tassé ou un latté crémeux à l'occasion. Mais le gazon frais exerce sur moi un effet irrésistible!

    l'Amie yogini

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