dimanche 21 novembre 2010

Coup de poing

Avis : Ce texte pourrait choquer. Tant pis.

Hier après-midi, j'ai fait quelque chose de vraiment le fun. Quelque chose qui m'a aussi bouleversée. Je vais essayer de vous expliquer.

J'ai passé deux heures dans le sous-sol du Pusher à écouter de la musique métal. Un pur délice! J'en suis ressortie avec une nouvelle marchandise choisie, pour la première fois, en collaboration. Le Pusher, il est tellement cool. J'avais été acheté six bières, un sac de chips au jalapeno (c'est sa sorte) et des crottes de fromage (sur lesquelles j'ai manqué m'étouffer pour de bon... mourir bleue sur des notes de métal, y a pire!). Assise sur son divan à l'écouter me parler de chacun des groupes qu'il me faisait jouer, à me faire remarquer les changements de rythme, à s'extasier sur les performances vocales de certains des chanteurs, je n'avais plus 55 ans... 15 ou 16 tout au plus.

J'aurais tellement voulu savoir à cet âge-là que le musique un peu fuckée de mon temps ne comportait pas plus de danger que les ritournelles de Robert Demontigny ou de Michel Louvain. J'aurais voulu savoir que les jeunes qui aimaient cette musique n'étaient pas tous des drogués, des maniaques sexuels, des drop-out finis, des bums. J'aurais voulu faire confiance à des gars qui ressemblent au Pusher avec de longs cheveux jusqu'au milieu du dos, une barbichette à la Viking, un perçage vous ne saurez pas où et un tatouage sur la jambe. Mais non. Comme bien d'autres jeunes de mon époque, j'ai été élevée dans la peur. Et pour ceux et celles d'entre nous qui étaient le moindrement impressionnables, les effets, pervers, ont été désastreux.

Tous les préjugés véhiculés contre ce qui allait à l'encontre de l'ordre établi, de la religion surtout, faisaient que mes congénères et moi passions à côté de nos vies. Quand je pense à certains partys où je ne suis pas allée uniquement dans la crainte qu'il y ait un semblant de fumée suspecte! Quand je pense au nombre de verres refusés juste au cas où je commencerais à être feeling et à avoir du fun! Le fun... c'était défendu. Parce qu'avec le fun, venait la perte de contrôle. Avec le fun, venait le péché. Et il fallait rester pure... je ne sais plus trop pourquoi... ah! oui, pour les bondieuseries.

Et les gars. Et mon côté rebelle. Je l'ai toujours eu, même à cette époque. Mais comme je l'ai refoulé. Comme je l'ai nié. Comme je me suis fait croire qu'il n'avait pas besoin d'exister. Je sais que c'est dur à imaginer mais, du dehors, j'avais l'air d'une fille pas déniaisée. Vous avez pas idée, par contre, comme ça bouillonnait en-dedans. J'écrivais des poèmes... osés. Voyez plutôt ces vers rédigés en 1972 (j'avais dix-sept ans et le cul brûlant de toute évidence) :

J'aime qu'on m'aime
mais personne ne m'aime
J'aime qu'on me caresse
mais aucun n'a assez de tendresse
Pour répondre à mes désirs,
pour répondre à mon plaisir

Je désespérais de satisfaire mes hormones. Entourée d'une couche de graisse que je m'étais fabriquée pour mieux éloigner les quelques rares représentants masculins qui auraient pu être tentés de découvrir ma vraie nature, je m'étonnais de ne pas avoir de chum. Me restait l'écriture. Et mes pulsions :

Quand pourras-tu te rassasier
De mon corps qui ne demande qu'à te satisfaire
Quand pourras-tu me désirer
Sans craindre les représailles qu'on a l'habitude de faire

Étonnamment, au cégep, un gars que je considérais comme vraiment cool, m'invitait régulièrement à aller le rejoindre avec ses amis pour prendre une bière dans une brasserie du coin. Qu'est-ce que je trouvais cool en lui? Son air nonchalant. Sa façon de répondre aux profs. Son attitude de je-m'en-foutisme assumé. Son sourire narquois qui semblait saisir en moi ce que moi-même je me refusais de voir. Bref, je n'ai jamais répondu à ses invitations. Trop peur que la boisson nous enivre et nous entraîne dans la débauche la plus sordide. J'exagère à peine. 

Quelques années plus tard, à l'université, qui c'est qui frappe à la porte de ma chambre à la résidence étudiante? Mon gars cool. Il s'intéresse encore à moi. Étrange, mais pas désagréable du tout car je le trouve encore cool. Un soir, on se donne rendez-vous à la discothèque. On danse. Enfin, c'est un slow. Il me colle pas mal. Et là, me semble que je sens quelque chose de dur qui s'appuie contre mon pelvis. Ayoye! Qu'est-ce qui me revient en mémoire? Pas mes vers cochons et mes hormones au plafond. Non. Le message de ma mère : "Avec les gars, faut toujours s'assurer de ne pas se rendre au point de non retour." Ce fameux point, qui était peut-être le point G finalement, je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où il se situait. Je sais seulement que ma mère m'avait répété à des milliers de reprises qu'une fois rendu à ce point, plus moyen de faire comprendre au gars qu'on ne voulait pas aller plus loin. On devenait automatiquement entraîné dans la spirale du désir. Et là, on sait bien ce qui arrivait. On devenait enceinte et on accouchait d'un bébé qu'on élèverait toute seule parce que le gars avait depuis longtemps foutu le camp heureux de s'être rassasié sans responsabilité. Alors, j'ai fait la seule chose que je savais faire : rester pure. Je l'ai donc flanqué là, sur la piste de danse. Sans aucune explication. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui.

Faut dire à ma décharge de fille stuck up que, dans le temps, la pilule commençait tout juste à entrer dans les moeurs. Et, justement en parlant de moeurs, il était alors bien vu de dire et de  penser que si une fille demandait à prendre la pilule, c'est qu'elle prévoyait mener une vie de dévergondée et s'envoyer en l'air avec tout ce qui bougeait. Fallait avoir une tête solide, libre de toute interférence, pour s'aventurer sur cette voie. Je ne l'avais pas.

C'est ça qui me trotte dans la tête depuis hier. Il y a les regrets, bien sûr, qui ne servent cependant à rien. Plus important, il y a maintenant la révélation que le côté obscur n'est pas nécessairement celui que l'on croyait. Reste à savoir comment on vit la révélation à partir du moment où elle nous est jetée en pleine face.

1 commentaire:

  1. Ce fut un plaisir de te voir et d'avoir ta compagnie pour l'apres-midi, juste jaser de tout et de rien tout en écoutant du bon métal a fond :). Nous allons devoir faire sa plus souvent, c'était vraiment très bien et il ne faut pas attendre aussi longtemps entre chacunes de nos rencontres. Je te souhait une excellenete semaine et j'espère être capable de lire le blog plus souvent, je trouves sa plate ne plus avoir bcp de temps pour le lire, je vais essayer de me pointer le nez plus souvent :). Donc sur ce, aurevoir et on se reparle bientot, j'espere que tu vas bien déguster ta dernière dose de métal :)

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