mercredi 17 novembre 2010

Des plumes font leur Devoir

Je voudrais vous parler du numéro d'aujourd'hui du journal Le Devoir. Pour souligner l'ouverture du Salon du livre de Montréal, il a été rédigé par trente-trois écrivains. Le résultat est fort intéressant. Je ne pensais pas "lire" une grosse différence puisque la qualité d'écriture des journalistes de ce quotidien se situe déjà, selon moi, à un niveau bien supérieur à celui que l'on retrouve notamment dans les canards de PKP. Mais j'ai quand même noté un petit quelque chose dans la façon dont les écrivains manient la plume. Bien qu'ils commentent l'actualité, ils ne le font pas comme les journalistes. L'information est là, les faits sont exposés, la nouvelle est présentée, mais avec disons... plus de panache. Je crois que c'est ça.

Je trouve notamment que leurs premières phrases sont plus percutantes. Prenez Robert Soulières qui traite d'une exposition d'oeuvres d'art consacrée au jeu vidéo Assassin's Creed. Il débute ainsi : "Écrire le mot "assassin" en anglais ou en français, c'est déjà un exploit en soi, surtout pour les enfants de la réforme : asaçin, assasaint ou hasassceint? Enfin, je vous épargne les multiples appellations incontrôlées pour vous parler d'une exposition d'oeuvres d'art liées au troisième opus de la série Assassin's Creed produite par Ubisoft-Montréal." Avouez que c'est joliment tourné.

Voici un autre exemple, fourni cette fois par Jean-Claude Germain qui discute de l'échangeur Turcot : "Au Québec, un viaduc peut vous tomber inopinément sur la caboche. C'est arrivé! D'ailleurs, on s'y préparait depuis longtemps. Dans ma jeunesse, chaque fois qu'une voiture s'approchait d'un pont qui enjambait une route, on s'empressait de demander aux enfants de baisser la tête et de ne la relever qu'une fois la zone dangereuse franchie." C'est rafraîchissant. Ça se lit comme on entre dans une histoire. Et ce n'est pas étonnant. Après tout, n'est-ce pas ce que les écrivains font tous les jours... raconter des histoires?

Je retiens plus particulièrement le commentaire de Christian Nadeau, intitulé Harper, les écrivains et le monde, où il déplore le fait que notre premier ministre n'a, de toute évidence, jamais suivi les conseils de lecture de Yann Martel. Cela lui aurait permis, à lui et à ses acolytes, d'avoir une vision un peu plus large du monde. Comme le fait très justement remarquer M. Nadeau en citant moult ouvrages rédigés par des écrivains de différents pays, rien ne vaut de prendre connaissance d'une situation à partir des propos des acteurs se trouvant directement sur le terrain. Cela évite de porter des jugements trop rapides ou mal étayés ou encore de prendre des décisions sans vraiment comprendre toutes les facettes d'une problématique. Rien n'est aussi noir et blanc que notre gouvernement veut souvent nous le laisser croire. Conclusion de M. Nadeau : "Des idées et des valeurs, les conservateurs n'en manquent pas. Ce qui leur manque, c'est d'être confrontés à celles des autres." Et j'ajouterais que c'est aussi d'être prêts à les remettre en question et même, ô horreur pour ces biens-pensants, à les changer quand elles n'ont plus de sens.

Je termine ce trop long message sur "l'éclat" de Wajdi Mouawad à propos des "estis d'intellectuels" où il nous enjoint entre autres de nous libérer de la dictature du bruit, celle qui nous fait dire en entrant dans une librairie : "Wow! Tous ces livres que je n'ai pas encore lus!" Et voilà le vent de panique qui nous emporte dans une course effrénée à l'assimilation du plus grand nombre de bouquins possible dans le but pas toujours conscient de pouvoir nous apposer enfin l'étiquette d'intellectuel! L'important ici n'est pas le nombre de livres qu'on lit, mais la conscience qu'on met dans l'acte de lire.

La conscience... faut jamais la perdre de vue si on ne veut pas perdre LA vue.

4 commentaires:

  1. Super idée le journal par les écrivains :). Il pourrait y avoir un cahier permanent écrit par des littéraires (du moins rédigé, parce qu'il faut avoir conscience qu'il y a tout un travail de recherche dans l'acte de journalisme, pas seulement de la rédaction!)
    Par contre, pour faire suite à l'hasçacina de la réforme, je viens enfin de mettre le doigt sur ce qui m'énerve dans les commentaires désobligeants à son propos (de la part de gens qui n'ont probablement pas pris la peine d'essayer de comprendre vraiment avant de parler). Il me semble que ça ressemble à de la jalousie. "Nous, on a dû se forcer à apprendre des affaires plates de manière plate, c'est ça le travail, nos enfants doivent faire pareil." Ben oui, peut-être que les générations qui nous ont précédées (qui, laissez-moi vous le dire, contiennent leur lots de représentants ne sachant pas orthographier correctement!) savent assassiner de la manière prescrite et appropriée, mais laissez une chance à la réforme, et les jeunes sauront utiliser les outils de révision de texte pour rendre claires et lisibles les idées originales qu'ils auront eues en utilisant leurs compétences transversales. Ils sauront changer de métier quand ce sera nécessaire et, au lieu de se taire de peur de commettre une erreur qui profanerait notre sacro-saint français, ils vont oser parler ou écrire. Celui qui écrit le plus mal, c'est celui qui n'écrit pas.

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  2. Chère Nièce littéraire,
    je ne crois pas que la réforme de l'orthographe éveille la jalousie des vieilles générations comme la mienne. Dans mon cas, elle suscite plutôt un découragement en constatant, une fois de plus, que l'on choisit le nivellement par le bas. Me semble que ça ne demande pas un si gros effort que ça, si l'on n'est pas certain du dédoublement d'une consonne ou de l'utilisation d'un tréma, d'ouvrir un dictionnaire. On peut même trouver ça sur l'ordi en quelques clics seulement. Moi je crois que c'est probablement l'usage de plus en plus généralisé du jargon des réseaux sociaux qui entraîne ce mouvement de la simplification à l'extrême. Poukoi fair kompliqé kan on peu fair simple?
    Et je ne crois pas que tant de personnes que ça se sont abstenues d'écrire par crainte de mal orthographier. Il suffit pour cela de lire les affiches dans les magasins, les titres de certains journaux, les notes laissées un peu partout. Quand ça relève du privé, ça ne me dérange aucunement puisque, si je lis le courriel envoyé par un ami par exemple, je ne suis pas en train de jouer à la réviseure. Par contre, quand c'est du domaine public, il me semble qu'il faut adopter plus de rigueur. Après tout, le terme fautif sera vu par un grand nombre de personnes qui risque de reproduire l'erreur à leur tour.
    Voilà pour mon éditorial du jour... à mon tour!

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  3. Hehe, j'aime cette conversation! Mais tu ne fais que prouver mon point: est-ce les jeunes sur les bancs d'école qui rédigent les affiches et les annonces? On condamne avant d'avoir laissé la chance au coureur. La réforme ne promeut pas la paresse, elle apprend à utiliser les outils, comme tu l'as si bien dit. Ouvrir le dictionnaire (électronique) lorsqu'on rédige une communication publique, qui est accessible sur son smart phone par exemple. Je parlais de la réforme de l'éducation (à laquelle le chroniqueur semblait faire référence puisqu'il parlait des bancs d'école)
    Mais si on parle de la réforme de l'orthographe...! (qui n'est en rien décidée par la nouvelle génération qui écrit en sms) ... alors c'est une autre question! Vous me ferez jamais écrire pié pour pied! (ok, c'est une très vieille proposition tombée en désuétude! mais on comprend le principe!) D'un autre côté, la langue est une chose qui évolue, et qui a évolué pour se rendre au niveau de complexité où elle est maintenant. Il semblerait que le "ph" de nénuphar n'avait rien à voir avec l'étymologie réelle du mot. Pourquoi conserver une erreur? Bah, parce qu'elle est entrée dans l'usage! Alors pourquoi ne pas entrer des simplifications dans l'usage? Débat éternel. Mais je suis loin d'être d'accord avec tous les éléments de la réforme orthographique!

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  4. Bon, si on parle de la réforme avec un R majuscule, je dois dire que je suis plus contre que pour. Pas en raison des buts visés ou des outils proposés mais surtout parce qu'elle défavorise, selon moi, tous les enfants. En voulant notamment éviter le redoublement, on traîne des jeunes qui ne maîtrisent pas tous les apprentissages. Résultat : première cohorte de "réformés" dans les cégeps cette année, les profs sont inquiets et se demandent s'ils ne devront pas revoir les exigences des programmes.

    Autre défaillance : l'intégration de tous les enfants dans les classes sans que la formation appropriée ait été donnée aux profs et sans que les professionnels nécessaires soient présents pour vraiment aider les enfants. Résultat : tout le monde perd. Les élèves doués s'emmerdent, les élèves en difficulté n'ont pas ce qu'il faut pour progresser et les élèves moyens surnagent. Il y a eu tout un débat à ce sujet récemment à la suite de la consultation tenue par la ministre de l'Éducation. Les profs sont épuisés, les parents découragés et/ou blâmés, les enfants perdus.

    J'étais bien contente que le Fils et la Fille soient rendus assez loin dans leurs études pour ne pas être touchés par cette réforme dont le R majuscule signifie pour moi Ratage plutôt que Réussite. Quand va-t-on vraiment reconnaître l'importance de l'éducation et lui accorder toute l'attention qu'elle mérite?

    Un débat à suivre...

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